Le Saint Nom de Marie

     « Le nom exprime quelque chose de la personne qui le porte ». Ainsi, les différents sens du nom de « Marie » dévoile divers aspects de la personne même de la Vierge. Elle est tout à la fois la Bien Aimée de Dieu, la Mère compatissante, et dans la nuit de notre condition humaine, elle est l’étoile qui éclaire et rassure. Nous allons méditer sur ces trois sens du nom de Marie en compagnie d’un saint qui a particulièrement aimé la Vierge Marie, saint Bernard.

     Qui d’entre nous n’a jamais invoqué le nom de Marie sans avoir ressenti en soi s’infiltrer doucement une paix, même au milieu des soucis de la vie ? Cela, saint Bernard en a certainement fait l’expérience, lui qui a tant parlé de Marie. On peut penser qu’en écrivant sur la Vierge, il nous livre sa propre expérience de vie mariale. Ainsi, dit-il : « qu’on ne parle plus de votre miséricorde, ô bienheureuse Vierge, s’il est un seul homme qui se rappelle vous avoir invoquée en vain dans ses besoins. » Si la Vierge est la Bien-Aimée de Dieu, selon un des sens de son nom, alors, nos prières qui passent par elle ne peuvent qu’être reçues par le Père, ne peuvent qu’atteindre le cœur de Dieu puisqu’elles lui viennent par les mains de celle en qui il a mis toutes grâces. En retour, par ses mains, les mains de Marie, la miséricorde de Dieu nous parvient ; elle nous est donnée. Écoutons encore saint Bernard : « Nous, vos petits serviteurs, nous vous félicitons de vos autres vertus, mais nous nous félicitons nous-mêmes de votre miséricorde. Nous louons votre virginité, nous admirons votre humilité, mais pour les malheureux que nous sommes, votre miséricorde a plus douce saveur, plus précieuse valeur, elle revient plus souvent à notre mémoire, plus fréquemment dans nos invocations. »

     En effet, par les mains de la Vierge, nous est donnée la Miséricorde en la personne du Christ, son enfant. Elle est la Mère de la Miséricorde, tout comme elle est la Mère de Compassion, autre sens de son nom. Si tant de bienfaits peuvent nous parvenir en nos vies, quand on invoque son nom, c’est bien sûr à cause du Christ, auquel elle est toute relative. Elle est là, près de Lui, comme à Cana, le cœur à la fois ouvert à nos détresses et tourné vers le Christ, lui murmurant : « Ils n’ont plus de vin » (Jn 2, 1). La sollicitude de la Vierge s’étend à tous, sans exception. Sa miséricorde se fait charité, se fait compassion. Alors, dit encore saint Bernard, « c’est ainsi que votre toute-puissante et très miséricordieuse charité se montre aussi magnifique dans sa compassion que dans son pouvoir secourable. »

     Il faut croire au « pouvoir secourable » de la Vierge car elle est la Mère de celui qui peut nous donner tout secours. Encore une fois, elle est toute relative au Christ. Elle est sa première disciple, elle qui, avec d’autres, le suivait sur les routes de Palestine, elle qui retenait et méditait sa Parole pour la mettre en pratique, comme nous le laisse supposer ce passage de saint Matthieu : « Comme il parlait encore aux foules, voici que sa mère et ses frères se tenaient dehors, cherchant à lui parler. A celui qui l’en informait Jésus répondit : « Qui est ma mère et qui sont mes frères ? » Et tendant sa main vers ses disciples, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là m’est un frère et une sœur et une mère. » (Mt 12, 46-50). En effet, qui plus que Marie a été attentive à la Parole de Dieu, elle, qui a donné au monde le Verbe éternel? Donc, certains de son « pouvoir secourable », comme nous y invite saint Bernard : « que notre âme altérée coure donc à cette source, que notre misère puise avec ardeur à ce trésor de miséricorde » qu’est la Vierge bénie entre toutes les femmes.

     Nous voici maintenant arrivé au troisième sens du nom de Marie : étoile de la mer. On a besoin de repère dans la vie. On a besoin de sécurité. On a besoin de sens. À une époque où tout est flou, se mélange et se relativise, on a besoin d’accrocher nos vies à une étoile qui nous indique le bon chemin, le vrai chemin. La Vierge est cette étoile. L’invoquer, répéter son nom, égrener son nom au fil de nos journées nous garde, je le pense, dans la vérité de cœur, de paroles et d’actions, c’est à dire, que nos pensées, nos paroles et nos actions, selon notre pouvoir, veulent être en harmonie avec l’Évangile du Christ. Pour cela, nous avons besoin d’être aidés car nous sommes de pauvres pécheurs. On a besoin de lumière, d’exemple. La Vierge peut être cette lumière exemplaire puisque sa lumière ne vient pas d’elle mais de Celui qui est à la fois le Dieu vrai et l’homme en sa vérité même, le Christ qu’elle a porté et qu’elle a donné au monde. Son exemple donc, pourvu qu’on le regarde, peut influencer notre vie, notre comportement. Elle nous tire vers le vrai, vers le beau, vers le bon.

     « Parlons un peu de ce nom dit encore saint Bernard, qui signifie « étoile de mer » et qui convient admirablement à la Vierge Mère. […] Elle est cette splendide étoile qui se lève sur l’immensité de la mer, brillant par ses mérites, éclairant par ses exemples. » Bernard nous invite à regarder la Vierge, à invoquer le nom de Marie, et cela, dans n’importe quelle situation où nous pouvons nous trouver. Quelles sont-elles ces situations que saint Bernard énumère ? Au cœur même des tentations de ce monde – tentations du pouvoir, du savoir et de l’avoir ; au cœur des épreuves physiques ou morales ; au cœur même de notre péché, il nous invite à invoquer le nom de la Vierge très sainte. Ainsi, « A toi qui te sens, loin de la terre ferme, emporté sur les flots de ce monde au milieu des orages et des tempêtes, ne quitte pas des yeux la lumière de cet astre si tu ne veux pas sombrer. Si le vent des tentations s’élève, si l’écueil des tribulations se dresse sur ta route, regarde l’étoile, appelle Marie. Si tu es ballotté par les vagues de l’orgueil, de l’ambition, de la médisance, de la jalousie, regarde l’étoile, appelle Marie….»

     Saint Bernard ne nous invite pas seulement à regarder, à invoquer Marie, mais aussi à penser à elle, à graver son souvenir dans notre cœur, surtout dans nos tristesses, nos angoisses de toutes sortes, nos doutes peut-être : « Dans les périls, les angoisses, les doutes, pense à Marie, invoque Marie. Que son nom ne s’éloigne jamais de tes lèvres, qu’il ne s’éloigne pas de ton cœur. »

     Mais il ne suffit pas pour saint Bernard d’invoquer le Nom de Marie, il faut aller plus loin, il faut aller jusqu’à mettre nos pas dans ceux de la Vierge, afin de suivre l’exemple de sa vie car on y puise la lumière, l’espérance, la force de rester dans le vrai. Ainsi, nous dit-il que « pour obtenir le secours de sa prière, ne néglige pas l’exemple de sa vie. En la suivant, tu es sûr de ne pas dévier; en la priant, de ne pas désespérer; en la consultant, de ne pas te tromper… »

     Ainsi, en invoquant le nom de Marie, en le gravant dans notre cœur, en vivant selon l’exemple tout évangélique de sa vie, on fait petit à petit l’expérience que la Vierge est véritablement cette étoile qui oriente nos vies dans le sens de ce qui plait à Dieu, dans le sens de ce que Dieu désire pour notre vrai et durable bonheur.

     Méditation à partir Des repères pour vivre les fêtes mariales, d’Anselm Grün, osb / Petra Reitz, Médiaspaul, 2001, p. 76-78

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