Vivre la foi de l’Évangile

« La foi peut rendre possible
ce qui est humainement impossible »,
Benoît XVI angélus, 5 février 2012

Ces réflexions sur la foi sont inspirées de « Porta Fidei », lettre apostolique du pape Benoît XVI pour la promulgation de l’année de la foi – un texte lu à la lumière des écrits des Fondateurs de l’Annonciade, sainte Jeanne de France (1464-1505) et du bienheureux père Gabriel-Maria (1460-1532) franciscain.

Selon Benoît XVI, le baptême nous a ouvert les « portes de la foi ». Il nous faut la franchir cette porte tout au long de notre vie grâce à l’écoute et à la mise en pratique de la Parole de Dieu, aux sacrements de l’Église, à notre docilité à la grâce de Dieu qui transforme de l’intérieur notre vie, grâce aussi à l’approfondissement du contenu de la foi. La foi nous met en chemin, creusant en nous un désir, celui de l’amitié divine.

Si Benoît XVI, en cette année de la foi, insiste sur l’importance de cette familiarité avec Dieu, les fondateurs de l’Annonciade également, par leurs écrits, certes, mais d’abord par leur exemple. Toute leur vie spirituelle s’épanouit en effet en cette amitié avec Dieu, avec le Christ et sa Mère, par le fait qu’ils sont habités par une seule idée celle de leur plaire, de faire ce qui leur est agréable.

Pour nous et pour ceux et celles qui vivent du charisme de l’Annonciade, le fait de désirer plaire à Dieu, à l’exemple de la Vierge, le fait de mettre en pratique dans notre propre existence les vertus de la Vierge Marie nous aide à franchir tout au long de notre vie les portes de la foi ; nous sommes en chemin, véritables pèlerins. « Le fondement de la foi ainsi posé » (Règle de vie de l’Annonciade, Prologue) au jour de notre baptême, fondement qui s’affermit tout au long de la vie, nous sommes désormais en chemin, sur la route de la familiarité avec Dieu, notre Père, animées du désir de « vivre dans la familiarité avec le Très Haut » (Titre de la Règle de vie de l’Annonciade), en prenant comme moyen les vertus de la Vierge. Tel est le pain qui soutient notre pèlerinage de la foi.

Le pain ? Ce n’est pas un terme pris au hasard. Les premières Annonciades ne demandaient-elles pas à sainte Jeanne, de leur donner « le pain de la Vierge » c’est à dire cette Règle des dix Plaisirs de Marie, Règle de vie de celles qui veulent vivre dans la familiarité de Dieu ? Si cette Règle des dix plaisirs de Marie est comparée à un pain, c’est qu’elle est apte à nourrir, à faire grandir dans cette familiarité du Très Haut, à l’exemple et à la ressemblance de la Vierge si disponible à écouter la parole, à y croire et à la mettre en pratique.

« Comme la Samaritaine, écrit Benoît XVI, l’homme d’aujourd’hui peut aussi sentir de nouveau le besoin de se rendre au puits pour écouter Jésus qui invite à croire en lui et à puiser à sa source jaillissante d’eau vive. » Pour le pape, on se rend « au puits » par la méditation de la Parole de Dieu, la contemplation de sa vie à travers l’évangile.

Cette image de la Samaritaine est une de celle utilisée par le père Gabriel-Maria pour parler de l’amitié avec le Christ. « La Samaritaine, écrit-il, trouva le Christ à la fontaine. Ainsi, devons-nous, en toute occasion, trouver Jésus. Nous ne pouvons chercher que lui, toutes nos actions doivent se faire pour lui, pour lui plaire, sans désirer aucune louange humaine. Ainsi, nous le trouverons. » Pour Gabriel-Maria, tout cela suppose le désir : « la samaritaine, écrit-il encore, prit une cruche pour puiser de l’eau. Nous aussi nous devons avoir cette cruche pour puiser l’eau vive. La cruche est le désir ardent de plaire à Dieu. » – un désir qui doit se transformer, toujours selon Gabriel-Maria, « en bonnes actions. »

Gabriel-Maria nous invite donc à mettre le Christ au centre de notre vie, de nos préoccupations les plus quotidiennes, de nos actions, à devenir son ami, plus encore, son épouse qui, familièrement, lui parle et lui pose des questions dans le cœur à cœur de la prière silencieuse. Il insiste même. Car le fait que, dans la Règle de vie de l’Annonciade, il parle, dès le début, de familiarité avec le Christ, y revenant à la fin, avec certes des termes différents mais qui la sous-entendent, montre à l’évidence l’importance qu’il donne à la familiarité avec le Christ. Car, il le sait bien, là, la foi s’intensifie, la foi se nourrit.

Mais comment pouvons-nous concrètement mettre le Christ au centre de nos existences, comment « puiser les sublimes vertus » qui nous disposerons à recevoir « en cette vie l’eau vive de la divine grâce » et, ainsi, goûter la saveur de son amitié ?

Gabriel-Maria indique cinq seuils à passer, non pas des seuils successifs mais des seuils qui sont plutôt des avancées en eau profonde. Le premier, c’est la conversion du cœur qui nous fait choisir le bien, une conversion qui nous pousse à nous éloigner de tout mal et de tout péché, afin que, notre conscience étant pure, « l’âme, dit-il, puisse devenir l’épouse de Jésus », devenir sa véritable amie. Cela conduit à la paix – qui est le second seuil – à la douceur du cœur, cette « douceur que trouve et expérimente l’âme en Jésus. Car, dit-il, tout ce qu’on trouve en Jésus est pure douceur et amabilité. » Cette douceur intérieure n’est pas sans effet sur le comportement, sur la vie de relation. Selon Gabriel-Maria, qui la goûte en soi-même devient « aimable et doux envers le prochain ». La conversion au Christ et à son Évangile est toujours une conversion pour un aimer toujours mieux.

Un autre seuil ou un autre pas à faire est la contemplation de la vie du Christ, de sa Passion, dans la méditation et la prière contemplative. Là, toujours selon Gabriel-Maria, on prend conscience de notre pauvre amour, « de notre faible amour envers Dieu », envers le Christ et le Christ crucifié. C’est alors que Gabriel-Maria nous invite à la compassion envers le Christ. Mais comment compatir ? « En pensant continuellement à lui », nous dit-il. C’est le « bouquet de myrrhe » que l’on pose sur son cœur, le souvenir de l’aimé. La pensée du Christ et de sa vie aura pour conséquence, selon lui, de nous rendre capable d’accueillir l’Esprit Saint, cet Esprit Saint qui, toujours pour Gabriel-Maria, est « le vin de l’amour fort et ardent ».

Alors, tout naturellement, l’accueil de l’Esprit Saint, nous ouvre à un quatrième seuil celui de « la charité envers Dieu comme envers le prochain ». La charité, vertu infuse en nous au jour de notre baptême, « facilite, nous dit Gabriel-Maria, les opérations de l’âme et la remplit de toutes les vertus. Car la charité perfectionne toutes les vertus » ; elle est la mère de toutes les vertus. Elle nous dispose à la communion intime avec Dieu et le prochain, elle nous dispose à la véritable connaissance de Jésus Christ, elle nous dispose à respirer « le doux parfum du Christ ». Cette communion avec Dieu, avec le Christ est le dernier seuil à passer ou le dernier pas à faire. On arrive à la source de tous les biens. Pour lui, cette communion intime et familière avec le Christ est comme une fontaine et, dit-il, « cette fontaine est d’un goût délicieux : plus on y puise et plus on s’y désaltère, plus on la désire. »

Traduit-il là sa propre expérience, ou bien celle de sainte Jeanne dont il a reçu tant de confidences ? Quoi qu’il en soit, tel est le chemin de l’amitié divine, de la vie toute familière avec le Christ qu’il nous propose. Il nous donne ainsi le moyen de témoigner de l’évangile et de participer, ainsi, à notre humble mesure, au renouveau de l’Église. Car le « renouveau de l’église passe aussi à travers le témoignage offert par la vie des croyants » (Benoît XVI), des croyants que nous sommes.

Sainte Jeanne par toute sa vie a écrit une page d’évangile toute mariale. Gabriel-Maria en témoigne : « Elle s’efforçait de suivre la glorieuse Vierge Marie en ses dix vertus et plaisirs au plus près qu’il lui était possible. Car, si on regarde bien sa vie et si j’avais le temps de vous l’exposer, vous verriez bien que toutes les dix vertus de la Vierge Marie brillaient en elle. » Et cela, grâce à la vie de foi. Jeanne est une femme de foi. C’est la foi qui l’a fait tenir debout, aux heures sombres de son existence, la foi qui l’a fait aller de l’avant. Elle a vécu ce que Benoît XVI écrit dans Porta Fidei. Grâce à sa foi, et « dans la mesure de [sa] libre disponibilité, [sa] mentalité et [son] comportement [se sont] lentement purifiés et transformés… »

En effet, la vie de foi transfigure l’existence par le dedans. Il se fait au-dedans de soi un long et lent travail de purification qui n’est pas sans incidence sur nos pensées, nos sentiments, nos manières de vivre, de se comporter avec notre prochain et face aux événements, face aux choix de société proposés. Plus on fait des actes de foi, plus la lumière du Christ éclaire notre conscience, plus on se fortifie. En d’autres termes, on se fortifie en croyant. Nous grandissons dans la foi en croyant.

Cette foi, cependant, demande à être nourrie, entretenue. D’où l’importance de l’approfondissement du contenu de la foi telle que l’Église catholique et la Tradition nous la transmettent. Jeanne et Gabriel-Maria insistaient sur la rectitude de la foi de leurs filles. Ils voulaient qu’elles professent ce que croit « notre Mère la Sainte Église », ils désiraient les voir nourrir leur foi. Ainsi, dans le déroulement de leur journée monastique, ils avaient prévu un temps réservé pour la lecture car ils savaient que de bonnes lectures entretiennent la vive flamme de la foi. La Règle de vie de l’Annonciade précise que la mère Ancelle doit veiller à ce que les sœurs aient aux temps forts de l’année liturgiques des « sermons », nous dirions aujourd’hui des conférences, ou des commentaires, sur la Parole de Dieu car « la sœur qui est de Dieu écoute la Parole de Dieu». (Règle, chapitre de la foi)

L’approfondissement de la foi aide à toujours mieux s’ouvrir à la grâce de Dieu. Pour le Pape Benoît XVI, il y a une unité profonde entre le contenu de la foi auquel nous donnons notre assentiment, et l’acte par lequel je montre que je crois. La foi est une vie. Car savoir ce qu’enseigne l’église n’est pas suffisant ; il faut que le cœur s’ouvre à la grâce de Dieu, et la grâce de Dieu conduit au témoignage par la parole – la profession de foi – et par la vie – la mise en pratique. Il ne suffit par d’être « fortes dans la foi » mais il faut aussi « faire de bonnes œuvres », comme nous pouvons le lire dans la Règle de vie de l’Annonciade au chapitre de la foi. Les « bonnes œuvres », ou les bonnes actions témoignent de notre foi et en même temps elles sont une manière de donner au monde l’objet même de notre foi, le Christ. Comme le dit saint François d’Assise : « nous sommes les mères de Jésus lorsque nous le portons dans notre cœur et notre corps par l’amour, par la loyauté et la pureté de notre conscience, et que nous l’enfantons par nos bonnes actions qui doivent être pour autrui une lumière et un exemple « Lettre à tous les fidèles).

La foi se nourrit également par la recherche du Christ, de sa Vérité. Cette quête du vrai rejoint celle de ceux qui, non-croyants, cherchent néanmoins la vérité, le sens de leur existence. Nous sommes des pèlerins sur la terre, à la rencontre de Celui qui vient combler nos attentes. Pour les fondateurs de l’Annonciade, la recherche du Christ se maintient en éveil par la conversion du cœur et le sacrement de la réconciliation. Ainsi, dans la Règle de l’Ordre il est écrit que les sœurs doivent « se consoler s’il arrive que Dieu tarde un peu à les exaucer ou à se laisser trouver par elles ; qu’elles persévèrent alors à chercher Jésus pendant trois jours, c’est-à-dire par la contrition, la confession et la satisfaction. » La quête du Christ n’est pas une quête passive. Elle exige de se mettre en chemin. Elle engage la vie.

Il est donc utile parfois de s’arrêter pour relire l’histoire de notre vie de foi donnée au Christ et à son Église. Examen salutaire que recommandaient Jeanne et Gabriel-Maria : pour eux, c’est une prudence et une sagesse que de s’arrêter et de se demander si notre vie plaît à Dieu. Ainsi, il est écrit dans la Règle : « comme la sagesse et la prudence parfaites consistent à savoir comment plaire à Dieu et à se garder de tout péché, par lequel Dieu est offensé, les sœurs doivent examiner continuellement en leur cœur comment elles observent la Règle de la Vierge Marie et si leur vie se trouve pure et agréable au regard de Jésus. »

En ces moments de relecture, on repère en nos vies les pas de Dieu, on prend conscience de nos faux pas mais plus encore de sa miséricorde. On réveille sa foi.

Pour réveiller notre foi, l’exemple de témoins de la foi est également important. Ainsi, pour nous, l’exemple de sainte Jeanne et du bienheureux Gabriel-Maria. La lecture de la vie des saints est un profond stimulant pour la foi. Et pour la relancer, la charité, quant à elle, reste un puissant levier. Car la foi sans la charité ne sert à rien, « ne porte pas de fruit » (Benoît XVI) ; inversement, la charité sans la foi risquerait de rester au niveau du sentiment, de nos sentiments qui sont si fluctuants. Foi et charité, donc, se tiennent la main. C’est grâce à la foi, que nous pouvons reconnaître dans l’autre le visage de Jésus Christ ; « ce que vous avez fait au plus petit, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Mt 25, 40).
Que la foi soit vraiment au cœur de nos vies car c’est elle qui permet de discerner en nos existences humaines les miséricordes de Dieu, notre Père et Père de Jésus Christ, elle nous met sur le chemin de la véritable amitié avec le Christ.

Deux images de Jeanne et Gabriel-Maria vont conclure ces quelques réflexions, images qui lèvent un peu le voile sur la profondeur de leur vie de foi. La première, celle de Jeanne. Toute enfant, un jour où elle prie dans l’église de Lignières, elle comprend qu’elle deviendra la fondatrice d’un ordre religieux. Entre cette promesse venue d’en-haut et sa réalisation, il se passe plus de trente ans. Durant toutes ces années, Jeanne a dû garder sa lampe allumée, comme les vierges sages de l’Évangile, la lampe de la foi, car sans cela, soit qu’elle se serait découragée de voir ainsi défiler les années, soit qu’elle n’aurait pu discerner le bon moment pour la réalisation de cette promesse. Elle a veillé, debout, guettant l’heure propice. La seconde image est celle de Gabriel-Maria. L’appel à tout quitter se fait entendre. Il a pourtant un projet de vie, celui de se marier avec une jeune fille connue de ses parents, qui ne sont pas contre, quoique le trouvant encore bien jeune, du moins sa mère. L’appel de Dieu est plus fort toutefois que ses sentiments. Il part, comme Abraham quittant son pays et sa parenté, afin d’y répondre. Il se met en route, frappant à la porte de plusieurs couvents sans succès. Il aurait pu lui aussi se décourager et rebrousser chemin. Non. Il persévère et obtient enfin ce qu’il est parti chercher. La foi en cet appel l’a lancé en avant sur la route de l’Évangile. Il ne s’arrêtera pas.

D’un côté, la lampe allumée qui ne s’éteint pas, de l’autre la marche en avant dans le grand vent de la persévérance, deux images capables de raviver s’il en est besoin, notre vie de foi.

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