Juridiction franciscaine

NOTICE

Au moment de la mort de sainte Jeanne de France, le 4 février 1502, le monastère compte vingt-et-une moniales. Un certain nombre vont devenir « fondatrices », telles Catherine Gauvinelle, Marguerite et Marie Bodine, Marie Garelle Louise d’Aventigny Pierrette Malvaude. Plusieurs, après avoir fondé, reviennent à Bourges. C’est le cas de Catherine Gauvinelle, Marie Garelle, par exemple.

Le premier événement marquant de la communauté est la destruction du monastère par les Huguenots, en 1562. Ainsi, le 22 mai 1582, les Réformés entrent dans Bourges. Après être allés à l’abbaye bénédictine de Saint Sulpice, les Huguenots arrivent à l’Annonciade. Ils dévastent la chapelle, profanent le tombeau de Jeanne de France, font brûler ses restes, dispersant ses cendres. Les soixante douze religieuses, que le monastère compte à l’époque, se réfugient dans divers endroits de la ville. Elles seront de retour en octobre 1562.  Le danger passé, les moniales réparent les dégâts et remettent en honneur le tombeau vide de leur Fondatrice. Une épitaphe est écrite sur un parchemin, actuellement gardé au musée de Bourges. En voici le texte :

« Dans ce caveau a été inhumé le corps de la bienheureuse Dame Jeanne de France, fille du roi Louis XI, sœur du roi Charles VIII, et femme du roi Louis XII. Tous sont rois de France. Elle est la fondatrice de ce monastère et de l’ordre des religieuses de l’Annonciation de la Vierge Marie. Son corps, après avoir longtemps reposé en ce lieu, fut brûlé par les Huguenots, après qu’il fut percé. Il en sortit du sang fort beau et vermeil. Elle est très digne d’être invoquée pour obtenir des faveurs de Dieu. Considérez les miracles qui se font journellement en faveur de malades qui la prient avec foi et dévotion en ce lieu ».

Au début du 17e siècle une statue en terre cuite est remplacée par un gisant en pierre peinte, et l’inscription est gravée sur une plaque de cuivre. Après les événements révolutionnaires de 1789, on retrouve ce gisant dans l’église Notre Dame, à côté de la sacristie. Il y restera près de deux siècles. En 1980, il reprend sa place dans la chapelle de l’ancien monastère de l’Annonciade, devenu « enclos sainte Jeanne », où on peut le voir actuellement ainsi que la plaque de cuivre avec l’inscription initiale.

Un autre événement marquant de la vie du monastère de Bourges, ce sont, bien sûr, les cérémonies qui ont eu lieu lors de la béatification de Jeanne de France, en 1742. Le chanoine Porchon en a fait la relation datée du 13 juillet 1743. Son manuscrit se trouve actuellement à la Bibliothèque Municipale de Bourges. En voici le résumé :

Le 18 juin 1742 le Pape Benoît XIV permet de rendre un culte public à la bienheureuse Jeanne de France et d’en célébrer la fête chaque année au 4 février. Du 22 au 25 avril de cette même année, l’archevêque de Bourges célèbre un Triduum en l’honneur de la nouvelle Bienheureuse.

Le 22 avril au soir, toutes les cloches des églises de Bourges se mettent à sonner. Le 23, à 9 heures du matin, le clergé régulier et séculier se retrouve à la cathédrale afin de participer à la Procession dont le terme est l’église des Annonciades. Monsieur de Le Châtaigneraye, député par Monseigneur, se rend ce lundi 22 avril aux Annonciades. Après vêpres et l’Adoration du Saint-Sacrement, Monsieur le Promoteur de la cause prononce un discours et présente à Monsieur de Le Châtaigneraye les Bulles et les décrets de Rome. Ensuite, l’officiant entonne le Veni Creator, chanté par les musiciens de la Sainte-Chapelle du Palais royal de Bourges suivi du Motet de la Sainte. Les religieuses, ensuite, chantent l’office de complies puis un Salut. Monsieur de Le Châtaigneraye donne la bénédiction. Dès ce même soir, la municipalité annonce les festivités par des tirs d’artillerie.

Mardi 23 avril, à 9 heures du matin, le père confesseur des Annonciades se rend à la cathédrale avec les trois bannières de la sainte afin de les faire bénir par Monseigneur et les présenter au clergé, aux représentants de la municipalité de Bourges, assemblés dans le chœur, à Monsieur le doyen. Monseigneur, en habits pontificaux, avec 17 officiers part vers l’église des Annonciades célébrer la première grand-messe en l’honneur de sainte Jeanne. Aux portes du monastère, il y a des gardes placés par le prévôt de la maréchaussée afin de tenir en respect la foule qui assiste à la cérémonie, dehors. Seuls peuvent entrer les membres du clergé et les officiels. L’église est richement décorée et illuminée. Les musiciens de la cathédrale Saint-Étienne chantent la messe. Après la messe, on retourne à la cathédrale où Jeanne est officiellement proclamée Bienheureuse.

Les religieuses chantent vêpres et les litanies de sainte Jeanne. Le révérend père Dailly, franciscain, gardien du couvent de Châteauroux, prononce le panégyrique de la sainte et monsieur l’Abbé Varenne donne la bénédiction du Très Saint-Sacrement. Le soir, le représentant de la ville de Bourges, les officiers à la tête de quatre compagnies de quarante hommes chacune, sous les armes, tambours battants et enseignes déployées, se rendent place Sérancourt pour allumer un feu de joie. Trois décharges de mousqueterie sont tirées, ainsi qu’un beau feu d’artifice. Le bouquet final fait merveille ! Les officiels et représentants de la ville terminent cette journée par un bon festin.

Le lendemain, le grand vicaire et supérieur du séminaire et 130 ecclésiastiques se rendent, en procession, de l’église du séminaire à celle des Annonciades afin d’y célébrer une grand-messe. Le soir, ils reviennent à l’Annonciade chanter le Salut au Très Saint-Sacrement. Les religieuses, elles, chantent vêpres. Cet office est suivit d’un sermon du révérend père Daneran, jésuite. Dans la soirée, tire de fusées. Plus de 500 lumières illuminent le bâtiment du séminaire tandis que le portail du monastère des Annonciades est éclairé par de quantité de lampions.

Le jour suivant, 25 avril, le confesseur des Annonciades va présenter, dans la matinée, aux prêtres de la Sainte-Chapelle, la bannière destinée à leur église. Monsieur le Trésorier prononce un discours de circonstance. Puis, tout le monde part en procession à l’Annonciade pour y célébrer la grand-messe. Discours du révérend père Fernandi, jésuite, très apprécié. Le soir, ils reviennent à l’Annonciade pour les vêpres et le Salut. Le Te Deum est chanté en action de grâce. Puis les prêtres de la Sainte-Chapelle s’en retournent, avec le révérend père confesseur, à la Sainte-Chapelle voir la bannière de la sainte parmi les autres bannières ornant la chapelle. Au cours de cette journée, on distribue des médailles, des abrégés de la vie de sainte Jeanne à tous les chanoines, les curés, les officiels de la ville de Bourges et autres personnes de qualité.

Le fonds des Annonciades, des archives départementales du Cher série 42 H, dévoilent bien des faits de vie du monastère. Voici quelques exemples :
– Dans les années 1534 : Les annonciades de Bourges distribuaient du pain béni ; les religieuses se faisaient administrer les sacrements par le curé de Montermoyen. Les moniales connaissent quelque différent d’ordre immobilier avec le chapitre de l’église de Montermoyen… (20 mai 1534… janvier 1534… AD 42 H 3)
– Le monastère employait des servantes et domestiques. Dans les années 1694-1705, ces domestiques et servantes sont des tertiaires du Tiers Ordre Franciscain (AD 42 H 5). Toujours en cette fin du 17e début du 18e siècles : les sœurs s’opposent aux prétentions de l’archevêque de Bourges d’examiner les novices avant leur Profession, invoquant leur fondation par Madame Jeanne de France et le privilège octroyé par elle et le roi Louis XII, en 1503, qui les soumet à la juridiction du général des cordeliers, et non à celle de l’évêque. (AD 42 H 6)
– Un certain nombre d’actes de professions sont conservés : 1524-1666 (AD 42 H 209). Également, un répertoire des bulles et brefs pontificaux, chartes, lettres, titres du couvent du milieu du 16e siècle (AD 42 H 244, layette cotée « Mariæ »).
– Les archives départementales conservent aussi toutes les informations concernant les miracles de sainte Jeanne, les enquêtes épiscopales en vue de la béatification et de la canonisation, ainsi que le procès verbal de l’information faite au sujet des miracles du bienheureux père Gabriel-Maria (juillet 1643), l’office de la Bse Jeanne de France, les minutes du procès en béatification de sainte Jeanne.
– Un certain nombre de documents, couvrant la période 16e – 18e siècles concernent le temporel de la communauté, ses bâtiments, ses activités, telle la fondation du monastère de Paris, dans le quartier de Saint-Germain des Près, fondé sous le vocable des Dix Vertus. On apprend également que parfois les servantes et domestiques des Annonciades de Bourges choisissaient comme lieu de leur sépulture la chapelle du monastère.
– En 1651, les Annonciades connaissent des problèmes d’urbanisme dus à la destruction de la Grosse Tour de Bourges, En octobre 1651, Louis XIV autorise la ville de Bourges à faire démolir cette tour. Auparavant, les sœurs ont été averties du danger que pouvait causer une telle destruction. Elles ont trouvé refuge au monastère des Clarisses de Bourges. Les dégâts matériels sont considérables, d’énormes pierres ayant été projetées au loin en grand nombre. Le monastère de l’Annonciade est très sinistré. Cette destruction libère du terrain si bien que le séminaire et de l’hôtel de Chouys (actuel archevêché) sont construits, provoquant des difficultés de voisinage pour l’Annonciade qui se trouve ainsi privé d’horizon par ces nouveaux bâtiments tout proches.

Au moment des événements révolutionnaires, la communauté compte dix-sept religieuses de chœur, sept sœurs converses et une tourière. Leur âge varie de 36 à 80 ans (Q 138 A.D. du Cher). Le 26 septembre 1791, la vente des biens. Dès le 13 avril 1792, la vente des bâtiments étant décidée, une expertise est faite de la valeur des quatre lots constitués. Le 10 août 1792, Étienne Dumoutet, au nom du District, vient faire le grand inventaire. Il est reçu par la supérieure M. Gougnon et deux ou trois religieuses seulement (Q 284 A.D. du Cher). Cet inventaire ne dure qu’une seule journée. Il porte surtout sur les sacristies où se trouvent reliquaires, objets d’argent doré, statue de bois dorée, etc. Dans l’église, il est mentionné huit tapisseries qui garnissent le pourtour. On mentionne aussi que la cuisine est bien équipée, que le réfectoire possède un lustre de cuivre à 6 branches et de la vaisselle de faïence. Dans un premier temps, la chapelle sert de grange, coupée en deux par un plancher qui constitue en haut un grenier à foin. En 1832, Louis Philippe autorise la ville de Bourges à acquérir les bâtiments et dépendances de l’ancien monastère des Annonciades pour y établir une caserne de cavalerie ou une école de droit ( E 16 971 A.D. du Cher). La ville les revend à l’État en 1857 et les bâtiments sont depuis cette date affecté à l’armée (E 16 980 A.D. du Cher).

Depuis 1961, grâce à sa restauration, la chapelle de l’ancien monastère des Annonciades, dite Sainte-Jeanne, est ouverte au culte.

SOURCES MANUSCRITES

Archives départementales du Cher, fonds Annonciade, série H 42 H. Plus : séries D D33, D32 ; B B24 11 ; Q Q138, Q284 ; C C685 ; E E1720-191-1915-3066-4130. Bourges, Bibliothèque Municipale, Archives Municipales.

SOURCES IMPRIMÉES

« Histoire du Christ du monastère de l’Annonciade de Bourges », Association fraternelle des anciens élèves des petits séminaires de Bourges, janvier 1936.
« L’Annonciade et le protestantisme », Année Franciscaine, 1868, t. 6, p. 229-235. L’article raconte le sac du couvent de Bourges par les protestants en 1562. J.-Fr. Bonnefoy, La Chronique de l’Annonciade, éd. critique, Paris, 1937, p. 4-5 : Tirlemont, le Ms B2, p. 20 et 38, note 1. Du Gast, Paulin, La vie admirable de la B. Jeanne de Valois, Bourges, 1666, l’a publié intégralement, ainsi que Th. Moulinet, Vie de la B. Jeanne de Valois, Paris, 1856, p. 201-220.
« Le 16 avril, à la chapelle Sainte-Jeanne de France, à Bourges », Pax-Caritas, n° 31, juillet 1964.
« Remise de la chapelle de l’Annonciade au vicariat des armées, 12 mai 1961 », Semaine religieuse de Paris, 15 juillet 1961 – Vie catholique du Berry, mai 1961 – La Nouvelle République, 13-14 mai 1961.
BILLACOIS François, « Un indicateur du commerce intérieur au début du XVIIe siècle : le péage de Myennes, 1614¬-1617 », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 41 1. janvier mars 1994. Ce péage était une possession jusqu’à la révolution des annonciades de Bourges.
CHANCEL-BARDELOT Béatrice de / BARDELOT Philippe, « Les deux gisants de sainte Jeanne de France (XVIIe-XVIIIe s.), Cahiers d’archéologie et d’histoire du Berry, n° 160, décembre 2004, p. 3-8.
DUHOT DE KERSER, Histoire et statistique monumentale du Cher, Bourges, 1881. Fasc. 6 : Le couvent des Annonciades.
GAUCHERY Paul et Robert, « La demeure des ducs de Berry au petit Palais de Bourges et le monastère de l’Annonciade », Mém. de la Soc. Hist. du Cher, 1922, série 4, t. 33, p. 168 sv.
GAUCHERY Y.-P., L’Annonciade de Bourges, Journées du Patrimoine, Bourges, septembre 1998 – Le couvent de l’Annonciade de Bourges, Cahiers d’Archéologie et d’Histoire du Berry, n° 1 (1964), p. 13-17.
GIRARD André, Sainte Jeanne de France et la chapelle de l’Annonciade de Bourges, Bourges, 1981.
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