Entré jeune dans l’ordre franciscain, il gagne rapidement l’estime de ses frères. Durant son noviciat, on le voit vivre avec simplicité, obéissance, douceur de cœur, et charité envers tous ; il est fort studieux en toutes choses, si bien, que ses frères, après sa formation, lui confient des charges importantes. Avant d’être supérieur de couvent, provincial ou vicaire général, il enseigne durant une vingtaine d’année la théologie morale aux jeunes frères.

Ses diverses fonctions vont le mettre en contact avec de nombreuses personnes, de toutes conditions : des personnes proches de la Cour, telles Jeanne de France, Marguerite de Lorraine, Louise de d’Angoulême, les familles d’Amboise, de Graville, d’Estaing… ; ou bien de simples gens qu’il reçoit volontiers.

Car le père Gabriel-Maria a une âme de pasteur, animé du zèle de la prédication et de la confession. Jamais, en effet, il n’a laissé passer le temps de l’avent ou le temps du carême sans prêcher, à cause du « désir qu’il avait d’aider à sauver les âmes » ; il ne se lassait pas non plus d’entendre les confessions « de ceux ou celles qui désiraient se confesser à lui ». Chacun, d’ailleurs, connaissant « sa sainte vie et son grand savoir, désirait mettre sa conscience entre ses mains afin d’être mis en sûreté et repos d’esprit et avoir, en tous doutes et scrupules, son bon conseil. »

Mais, avant tout, ses fonctions le mettent en proximité avec les frères de son ordre pour qui il éprouve des sentiments de père ; il les accueille avec bonté, principalement ceux qui sont en difficultés, ceux qui traversent une période de crise, qui remettent en cause leur vocation. Il les aide, les conseille. « Ainsi, par sa douceur paternelle, il a ramené de pauvres frères qui voulaient quitter l’Ordre par désolation et tentation qu’ils avaient ; par son bon conseil, ils ont été incités à persévérer en l’état de sainte religion. »

D’autre part, en tant que provincial ou vicaire général de son ordre, il a dû visiter non seulement les couvents des frères, mais aussi des moniales faisant partie de sa famille religieuse, entre autres, les clarisses, les sœurs hospitalières du tiers-ordre de Saint-François, et bien sûr, les annonciades qui le considèrent, quant à elles, comme « leur père vigilant », c’est-à-dire, comme un berger veillant sur elles. En effet, que seraient-elles devenues, après la mort de leur fondatrice, sans sa présence ?

Par ces quelques faits de vie, pris dans la Chronique de l’Annonciade, se dessine le profil d’un homme fidèle, toujours sur la brèche, un homme qui, ayant reçu maintes confidences de la part de ceux et de celles qui ont eu recours à lui et à ses conseils, connaît le cœur humain ; il possède à la fois un sens psychologique sûr et une sagesse toute spirituelle. Les quelques sermons, donnés aux annonciades, sur les vertus de la Vierge Marie le montrent en effet. Dans ces textes, il n’ébauche pas de synthèse théologique, ni ne se lance dans des spéculations abstraites, mais s’en tient à un réalisme de bon aloi. Par exemple, à propos de la vertu de vérité : Un homme, dit-il prédisposé « à l’emportement mentira aisément. Quand il est en colère il dit tout ce qui lui passe par la tête. Plus tard il regrette ces paroles et souhaiterait ne les avoir jamais dites. Plus que cela, parfois il ne sait même pas ce qu’il dit…». Pour lui, la sainteté n’est pas à chercher ailleurs que dans la vie de tous les jours, tissée de relations fraternelles, souvent terre à terre.

Pour préciser encore quelques traits du visage du père Gabriel-Maria, interrogeons un contemporain, le frère Jehan Fillon, confesseur des annonciades de Bourges au moment de la mort du père Gabriel-Maria ; il a connu Gabriel-Maria dans ses dernières années, à son grand ennui d’ailleurs, il le dit lui-même aux sœurs : « J’ai de la douleur quand je considère que j’ai si tard connu et si tôt perdu mon bon père et ami, l’homme selon mon cœur. »

Pour ce frère, Gabriel-Maria a « les dispositions d’un bon père » qui fait grandir dans les voies de la vie spirituelle non seulement ses fils en saint François, « avec tant de prudence, tant de sollicitude et tant de vigilance », mais aussi toute personne vivant dans l’état séculier parmi lequel « il a eu d’innombrables enfants, nés de lui par sainte doctrine, exemplaire et honnête conversation religieuse. »
C’est aussi, toujours pour Jehan Fillon, un « vrai observant, pauvre d’esprit, de biens, d’honneurs mondains et de gloire personnelle », ayant vécu en « vrai fils de pauvreté, imitateur de Jésus, de Marie et de son saint père et patriarche des pauvres, saint François » ; à leur exemple, « il a tout méprisé pour l’amour de Jésus-Christ » ; pauvre, il l’a suivi « pauvre et dépouillé de biens transitoires, dépouillé pour être enrichi de biens éternels. »

Cependant, si nous voulons cerner d’un peu plus près encore la personnalité du père Gabriel-Maria, il faut relire ce qu’écrit sainte Jeanne de France dans son testament, quelques jours avant sa mort. Dans ce texte, en effet, elle s’adresse directement à son fidèle conseiller, lui donne ses dernières recommandations. Au détour de telle ou telle phrase, on peut glaner ainsi quelque autre trait de caractère du père Gabriel-Maria. C’est là une source sûre ; il n’y a aucun caractère hagiographique, mais simplement le témoignage de quelqu’un qui l’a bien connu, qui l’a vu vivre. Écrit au soir de la vie, le témoignage de Jeanne prend toute sa valeur.

D’abord, la confiance. Jeanne en effet lui redit toute la confiance qu’elle éprouve envers lui et, de ce fait, souligne qu’il est quelqu’un sur qui on peut compter, sur qui on peut s’appuyer. « Mon Père, je n’ai confiance qu’en vous pour ceux que je laisse sur terre et en ce monde… » Jeanne reconnaît ensuite que Gabriel-Maria a véritablement suivi la voie du Christ, Serviteur, quand elle écrit : « Je vous connais bien. Vous vous donnez entièrement là où vous vous donnez. » La suite du Christ, sur la voie étroite de l’Évangile, n’est pas un chemin facile. Gabriel-Maria l’a expérimenté à ses dépens. Car faire le bien, dire du bien, n’est pas forcément compris ; le bien que l’on fait peut même être déformé, mal interprété : « Vous savez ce qu’il vous en a coûté pour m’aider et comment le tout était à la merci de plusieurs à votre désolation. […] Vous savez les ennuis, les paroles, les reproches qu’en croyant bien faire on vous a rendus. » Après la confiance, l’homme de bien, Jeanne met le doigt sur l’esprit de pauvreté de Gabriel-Maria. On apprend par elle, en effet, qu’en fidèle fils de saint François, il a refusé toutes distinctions qui lui auraient été proposées : « Je vous prie, ne veuillez pas devenir évêque ou prélat dans l’Église. Et s’il arrivait que l’on vous priât, refusez-le selon ce qui vous sera possible, comme vous l’avez fait dans le passé. » En cela, le témoignage du frère Jehan Fillon rejoint ce qu’écrit Jeanne.

Ainsi, nous découvrons en Gabriel-Maria quelqu’un d’attentif à la vie, quelqu’un de solide, un pasteur plein de sagesse, qui se donne tout entier afin de faire grandir dans les voies de la vie chrétienne ceux dont il a la charge, ne cherchant que la suite du Christ, un Christ pauvre, tout empli d’amour et de miséricorde.

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