Combien de personnes, ayant rencontré le père Gabriel-Maria soit en direction spirituelle soit en confession ont rebondi dans l’espérance ! Des frères, des sœurs, des hommes et des femmes de toutes conditions, qui l’ont connu, ont témoigné de sa miséricorde. Ainsi, par exemple, le frère Jean Fillon, s’adressant aux annonciades du monastère de Bourges, en 1538 :

« Si je voulais parler de sa grande charité et pitié, un livre me faudrait, car par pitié, comme un autre David, il recevait tous les affligés et les fautifs, et par charité bienveillante il les réconfortait et les pardonnait de leurs fautes, plus désireux d’être accusé de miséricorde que de rigoureuse justice, imitant en cela le Père, Tout-Puissant de Miséricorde, qui a dit : Bienheureux les miséricordieux. (Mt. 5,7)

Les divers témoignages, les rencontres personnelles qu’elle a pu avoir avec Gabriel-Maria lui-même a permis à Françoise Guyard, son premier biographe, de donner quelque idée de sa grande miséricorde.

« […] Il était le père de miséricorde et recevait par pitié tous les pauvres égarés qui avaient mal fait, pourvu qu’ils eussent le désir de s’amender ; il avait toujours dans le cœur, sur la langue et dans ses œuvres, la miséricorde, car Dieu aime par-dessus tout la miséricorde, comme il est écrit dans l’Évangile. […] Il exhortait chacun à avoir grande confiance et espérance en la miséricorde de Dieu, quelque mal ou péché qu’il eût commis : car Dieu est plus prêt de nous pardonner que nous ne sommes de le lui demander. Et comme notre Mère l’Église dit que le propre de Dieu c’est la miséricorde, voilà pourquoi notre révérend père s’étudiait de tout son pouvoir à faire miséricorde à chacun et à donner à tous l’espérance de revenir vers la miséricorde de Dieu. »

Ainsi, par sa parole, ses conseils, par l’exemple de sa vie, « nombre de bonnes personnes séculières ont été attiré à Dieu et à son saint service », soit en restant dans le monde, soit en entrant dans la vie religieuse. Car Gabriel-Maria avait le « souci des âmes », c’est-à-dire, le souci d’annoncer la Parole, d’annoncer l’Évangile afin que le plus grand nombre mettent leurs pas dans ceux de Jésus-Christ et connaissent ainsi que la vie a un sens, même dans les épreuves, le mal et la souffrance, et que ce sens, c’est Dieu même, Dieu-Trinité, un Dieu d’amour et de tendresse dont le seul acte est d’aimer. En conséquence, « comme Dieu nous a aimés le premier, l’amour n’est plus seulement un commandement, mais il est la réponse au don de l’amour par lequel Dieu vient à notre rencontre.» (Benoît XVI)

Animé d’un ardent souci pastoral, son ministère est ainsi traversé par un désir, celui de donner assurance de la miséricorde de Dieu, non seulement à ses pénitents, mais aussi aux confesseurs, aux directeurs de conscience de son ordre, leur conseillant de toujours ranimer l’espérance dans les cœurs : « Que quiconque ait la charge d’entendre les pauvres pécheurs ignorants en confession, et d’autres en ennuis et perturbation d’esprit, n’ayant espérance d’avoir pardon : il faut travailler le plus que l’on pourra à les faire revenir à l’espérance de la miséricorde de Dieu. »

Ces quelques mots laissent entendre que Gabriel-Maria a dû connaître des personnes ayant touché le fond de la désespérance, des personnes ayant connu le sentiment de n’être plus dans l’amitié de Dieu, que la vie de Dieu s’est éloignée d’elles. Le seul conseil qu’il donne alors à ses pairs c’est de tout faire pour faire renaître l’espérance en ces personnes, et lui-même n’a qu’un souci : redonner l’espérance en la miséricorde de Dieu à ceux et celles qui l’ont perdue et qui viennent à lui pour recevoir le pardon de Dieu ou bien pour demander ses avis et ses conseils. Comme l’écrit un autre de ses biographes, à tous il donnait « un espoir certain de la miséricorde de Dieu, réconfortant ceux qu’il trouvait en train de vaciller sur tel ou tel article de foi, consolant celui qui était dans la désolation à cause du poids de ses péchés, […]. Il répétait souvent à ses enfants spirituels que la miséricorde de Dieu était si grande et si incommensurable que, Lui, pour satisfaire à tous nos méfaits, n’exigeait rien d’autre de nous qu’une véritable contrition et componction, et que c’est ainsi qu’il exprime sa pitié à notre égard ». Ainsi, le père Gabriel-Maria, n’avait de cesse de réveiller en tout homme qui venait à lui, quel qu’il soit et quelle que soit sa faute, pourvu qu’il ait le désir de se corriger, la grâce des recommencements qui donne la force de se relever debout, dans l’espérance. C’est ce qu’a fait le Christ pour la femme adultère : Va, et désormais ne pèche plus (Jn 8, 11). La miséricorde rouvre dans le cœur de l’homme repentant le chemin de la vie.

Mais parfois, des frères lui disaient que « la justice divine était bien grande. » À cela, il répondait : Oui, « la justice divine est merveilleuse et est telle qu’après la mort, il n’y a plus d’appel […] Mais, changez d’idée, la miséricorde de Dieu est cent fois plus grande car tant en la vie qu’en la mort et après la mort d’une personne vous trouverez que la miséricorde de Notre Seigneur est grande et copieuse. » Sur cette question de la « justice divine », il s’oppose à certaines idées de son temps sur Dieu, sur les hommes tombés dans telle ou telle faute car, dit-il, « Dieu par son infinie clémence et bonté fait des jugements autres que ses créatures ne pensent ». Il invite ainsi ses frères à convertir leur regard sur Dieu, qui est le Dieu de l’Évangile, le Dieu de Jésus-Christ, et à être prudents dans leur jugement sur autrui. Cette attitude intérieure d’accueil ouvre large le cœur, aide à reconnaître en soi et dans les autres le travail de la grâce qui atteint tous les hommes de bonne volonté, et à vivre dans la liberté des enfants de Dieu.

Ainsi, le regard que pose Gabriel-Maria sur les hommes de son temps, est un regard de miséricorde. Son ministère de prêtre, ses différentes charges au sein de son ordre qui lui ont permis de connaître, de comprendre ses frères en humanité, de saisir, autant qu’il est possible, le travail de la grâce dans les cœurs, tout cela lui fait dire à la fin de sa vie, en parlant de Dieu : « comme sa bonté est exhibée en tous lieux, nations et contrées ! » Il sait, non seulement grâce à son expérience de pasteur mais aussi dans l’intime de son cœur et de sa prière, que la miséricorde de Dieu s’étend d’âge en âge (Lc 1, 50), et cela, depuis que le pardon de Dieu, la Vie de Dieu, en Jésus-Christ, est offert à tous, alors, tous peuvent en retour espérer l’impossible car au sein même de l’impossible, une issue est ouverte.

Le Christ, au moment où va avoir lieu sa Passion dit à l’apôtre Philippe : Qui me voit, voit le Père (Jn 14, 19). Sur ces paroles du Christ qui va donner sa vie pour que le monde ait la vie, se confirme que véritablement Dieu est riche en miséricorde (Jean-Paul II) et que, en retour, par ce don du Christ aux hommes, tous peuvent avoir part à cette miséricorde d’une manière vitale, existentielle. C’est la Bonne Nouvelle que le père Gabriel-Maria annonçait à tous ceux qui venaient le trouver et chercher auprès de lui réconfort, lumière et paix, et lui, de les ramener toujours vers l’espérance de la vie que donne le Christ.

Pasteur, il se faisait proche de l’homme éprouvé, homme de Dieu, il orientait chacun vers le Père de miséricorde et son Fils, le Christ-Sauveur dont l’Évangile rapporte tant de gestes et de paroles de miséricorde. Cette miséricorde de Dieu envers tous et offerte à tous met alors en relief la dignité de toute personne, celle d’être des enfants d’un même Dieu et Père en Jésus-Christ dont la Passion révèle que l’amour est plus fort que la mort et le péché.

Ainsi, puissions-nous comprendre comme la Vierge combien sa miséricorde s’étend d’âge en âge. Car ces paroles de Marie sur Dieu ne regardent pas seulement le passé du Peuple de Dieu, mais aussi le présent et l’avenir de l’histoire, le présent et l’avenir de tous les peuples de la terre. Ces mots inspirés du Magnificat, une des prières préférées de Gabriel-Maria, devraient réveiller le désir en tout baptisé, en tout chrétien, de rendre compte, là où il vit, de cette miséricorde de Dieu, d’en rendre compte comme d’une dimension nécessaire à sa vie en harmonie avec la foi qu’il professe. Mais comment ? En l’incarnant dans son existence journalière, en l’implorant de Dieu, en face de tout mal quel qu’il soit, en la demandant pour soi-même et pour les autres, en la découvrant à l’œuvre, à l’exemple du bienheureux Gabriel-Maria, ce qui lui faisait dire : « Mes frères, si vous saviez comme la miséricorde de Dieu est grande…. »

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