Extrait du sixième chapitre de la Règle de l’Annonciade

La Vierge Marie fut toujours très obéissante, et à Dieu, et aux hommes en vue de Dieu. Aussi, par le mouvement de son obéissance, pour plaire à Dieu, elle a pensé, dit ou fait ce qui suit : par obéissance, elle conçut le Fils de Dieu ; et, lorsque les jours de sa purification furent accomplis, elle porta son Fils au temple ; elle offrit deux tourterelles ou deux colombes ; elle obéit à César en allant à Bethléem ; et là, cinquièmement, elle fit profession de son obéissance, en se déclarant sujette de l’empereur. A l’exemple et à l’imitation de la Vierge, les soeurs doivent, pour plaire au Christ, obéir à Dieu en observant ses dix commandements. … Les soeurs doivent encore, en vue de Dieu, obéir à leurs supérieurs, Pères et Mères… Car, sans l’obéissance, la soeur ne peut concevoir le bien, ni enfanter et produire aucune bonne oeuvre. 

Commentaire

Afin de nous faire progresser dans cette vertu d’obéissance, la Règle de l’Annonciade nous met devant les yeux deux épisodes évangéliques : le recensement et la purification de Marie au temple, après la naissance de Jésus, et en tire comme enseignement : obéir c’est faire œuvre de vie.

Le recensement ou l’obéissance sociale. L’empereur Auguste, dont le pouvoir s’étend aux régions de la Palestine, en décrétant un recensement, veut se rendre compte des ressources de son empire. À l’époque, pour se faire recenser, il faut se faire inscrire dans le pays d’origine de sa famille. Marie, portant en elle le Messie annoncé qui, selon les Écritures, doit naître à Bethléem., habite à Nazareth avec son époux Joseph. Or, l’Évangile nous indique que Joseph est de la descendance de David – David étant, selon l’Écriture, de la ville de Bethléem. Il leur faut donc partir pour Bethléem. Tout ce monde en mouvement, alors, sur les routes… et Dieu au cœur de ce mouvement va réaliser ses promesses.

Bethléem, veut dire en Hébreu, maison du pain. En naissant en ce lieu, Jésus nous apporte les dons qu’annonce ce nom : « Je suis le pain vivant descend du ciel » (S. Jean) Jésus est venu nourrir toute chair, toute vie… D’autre part, un recensement ne pouvait être fait qu’en période de paix. Or, le Christ est la paix même, il est venu nous la donner. « La paix soit avec vous » dit le ressuscité, lors de ses apparitions aux disciples. De plus, le Fils de Dieu, aussitôt après sa naissance, de fait de ce recensement, est inscrit parmi les membres d’un peuple, et plus largement, de l’humanité ; il devient véritablement notre frère en humanité. Ainsi, on peut voir dans cet événement comment Dieu sait se servir de l’histoire des hommes, de leur obéissance aux lois sociales, pour réaliser ses desseins. Dieu agit et poursuit son œuvre de salut, et cela, à travers les méandres de l’histoire.

Marie et Joseph ont donc obéi aux lois. Et nous aussi, nous obéissons aux lois. Mais, la vie collective, quelle qu’elle soit, n’est pas une fin en soi ; elle est organisée en vue d’un but ; ce but est à la fois celui de chacun et celui de tous. C’est le Bien commun. Le bien individuel, mon bien personnel donc, n’est pas un absolu. Je dois donc reconnaître ma dépendance avec d’autres. Là, entre en jeu l’obéissance. Ma place dans une communauté est donc un « vivre avec d’autres» en vue du bien commun, c’est-à-dire en vue du bien de chacun et de tous.

Toute personne n’est pas essentiellement un « pour soi », une conscience dotée d’une puissance spontanée, indépendante, elle est aussi est un « être avec », c’est-à-dire, un « être compagnon de », « sœur de », « fille de », « père de »…. C’est recevoir et donner. Avec d’autres, j’ai à m’associer, à ordonner ma vie, en vue d’un Bien. J’ai donc des devoirs par rapport à ceci. Mais, s’il y a des devoirs, il y a aussi des droits et chacun en a. D’où proviennent-ils ? De moi-­même, de ma propre volonté, ou bien d’un autre ? En fin de compte, je ne peux comprendre mes devoirs et mes droits que dans le rayonnement du Bien commun qui les éclaire, les finalise, leur donne sens, je ne peux les comprendre, – ces droits et ces devoirs -, que par rapport à mon Créateur, à Dieu qui est Père et qui m’a créé à son Image.

L’épisode de la purification de la Vierge ou l’obéissance religieuse. Ici, démarche religieuse, de la part de la Vierge, et non plus sociale comme pour le recensement. Marie, au regard des autorités religieuses de son temps, est une femme comme les autres. Elle se soumet donc aux lois religieuses en vigueur. Cette obéissance religieuse de Marie fait de son fils un enfant comme les autres, au regard de son entourage et des autorités religieuses. Mais, plus profondément, par cette obéissance religieuse de Marie, commence le mystère de la rédemption. Car, de quoi les femmes d’alors, en Israël, devaient être purifiées ?

Les femmes d’Israël étaient considérées comme impures après la naissance d’un enfant. C’était la conception dans le péché qui constituait cette souillure dont la femme devait se purifier. De cette mentalité, certains psaumes en donnent un écho. Par exemple : « Vois : mauvais je suis né, pécheur ma mère m’a conçu. » (ps 51). Certes, Marie n’a pas besoin de purification, ni le Christ de circoncision. Mais cette obéissance de la Mère insère le Fils au cœur même de l’humanité pécheresse. Jésus est au milieu des pécheurs comme l’un d’entre eux.  Au début de sa vie publique, il va se faire baptiser par Jean le Baptise comme n’importe qui. Plus encore, Il est, dit saint Paul, devenu péché pour nous afin de nous délivrer du péché : « Celui qui n’avait pas connu le péché, Il l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu », (2 Co. 5,21), c’est-à-dire, que nous redevenions « ajustés » à la volonté de Dieu, à sa volonté d’amour. Par cette obéissance de Marie et du Christ, la vie divine commence à couler dans les artères de l’humanité pour son bonheur, moyennant… l’obéissance à sa Parole, c’est-à-dire, à l’écoute, à l’accueil de cette Parole et à sa mise en œuvre dans l’aujourd’hui, le présent de l’histoire.

Car pourquoi Dieu nous donne-t-il des commandements ? Quand on lit l’Écriture, on est à mille lieues d’une obéissance qui écrase, à mille lieues de commandements qui brisent la vie et l’existence. Dommage que les traductions aient parlé de lois et de commandements. Dans la Bible, si on la lit en hébreu, le terme de « commandements » est traduit par celui « paroles ». On ne dit pas les dix commandements mais les dix Paroles au sens de paroles de vie qui rendent heureux, une parole vivifiante. Les commandements de Dieu sont les paroles vivifiantes d’un Père qui dit ce qu’il faut faire pour vivre. Ce sont des paroles de vie. Dieu, dans sa Loi, indique le chemin, délivre un enseignement qui donne la vie. « Vois, je mets aujourd’hui devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur, moi qui te commande aujourd’hui d’aimer le Seigneur ton Dieu, de suivre ses chemins, de garder ses commandements, ses lois et ses coutumes. Alors tu vivras… » (Dt. 30, 15sv).

Jésus reprend le même enseignement en l’appliquant à sa personne puisque c’est Lui qui est l’enseignement de vie : « Je suis le chemin, la Vérité, la Vie. » Suivre le Christ, ce n’est pas obéir à des ordres, c’est recevoir de Lui, de sa Grâce, toute vie. Celui qui ne prend pas le chemin de ses Paroles, ne prend pas le chemin de la vie, du bonheur. « Malheur à vous… ». Ici, malheur, ne veut pas dire condamnation, mais : « tu t’es mis sur le chemin de la mort, tu as pris un chemin qui n’est pas bon pour toi ». Obéir aux commandements de Dieu, à sa Parole, c’est prendre le chemin de la vie. Mais, pas seul. Au sein de l’Église. Et c’est le second domaine : l’obéissance à des êtres humains, en vue de Dieu, c’est l’obéissance dans la vie religieuse, certes, mais aussi et plus largement, c’est  l’obéissance à l’Église, et cette obéissance nous concerne tous. Elle est nécessaire, nous disent les Fondateurs de l’Annonciade, si l’on veut demeurer « stable dans la foi », « ferme dans la foi », « établi dans la foi ».

Un exemple d’obéissance : sainte Jeanne. C’est un être obéissant. Son obéissance est d’abord en vue de Dieu, se concrétisant par une obéissance aux personnes qui sont susceptibles de lui montrer le chemin à suivre, une obéissance à l’Église. « Elle gardait, dit le Père Gabriel-Maria, les commandements de Dieu et de l’Église avec la plus grande sollicitude et le plus d’exactitude possible. Et de tout ce que je lui ordonnais et commandait, elle n’eut pas passé un iota… » . Il y a un lien étroit entre l’obéissance à Dieu et à son Église. Cette obéissance parfois peut être difficile, voire pathétique – une obéissance qui s’incruste, pour ainsi dire, jusque dans le corps de celui qui obéit. Ainsi, au moment où Jeanne confie à Gabriel Maria son projet de fondation, le Père n’accède pas à sa demande immédiatement. Il la fait attendre presque deux ans. Jeanne ne dit rien. Elle obéit mais sa santé est ébranlée. « La sainte dame, rapporte la chronique, ne le contredit en rien car elle éprouvait un tel amour spirituel et une telle révérence que quand il disait ou voulait quelque chose jamais elle ne le contredisait ni ne lui eut résisté… ». Autre obéissance tragique pour Jeanne : la reconnaissance en nullité de son mariage par l’Église qui retentit en elle d’une manière si intense. «Son cœur fit tellement atteint de tristesse qu’elle fut toute une année toute transie et décolorée chaque fois qu’elle devait prendre sa réfection au point qu’il semblait que sa face fut couverte de terre… ».  Là, Jeanne rejoint d’une certaine manière l’obéissance du Christ dans les jours de sa Passion….

Ses anciens biographes, comme Paulin du Gast, un auteur du 17ème siècle, ont retenu l’obéissance de Jeanne. « Elle n’a jamais transgressé aucun des Commandements et lorsqu’elle a fait de bonnes œuvres elle n’y prenait pas plus de part que ceux qui n’y avaient point contribué. Son respect s’est étendu jusqu’aux personnes qui lui parlaient de la part de Dieu…. La Bse Jeanne après avoir rendu à Dieu des obéissances si pures et si affectueuses que les anges du ciel ne sauraient mieux s’en acquitter, elle rendait pareillement des soumissions aveugles à son confesseur. Quand je fais de sérieuses réflexions sur cette matière, il faut que j’avoue que je n’ai pas connu personne qui fût si dégagée qu’elle de ses propres sentiments… Je ne sais point d’âme qui ait eu  plus de conformité avec la volonté de notre Seigneur que celle de la Bse Jeanne car elle ne désirait que ce qui lui était agréable et elle était toute préparée à recevoir de sa main tout ce qu’il lui plaisait de lui envoyer… » Et l’auteur de faire une comparaison afin de montrer l’être profondément obéissant de Jeanne : « Elle ressemblait à cette plante qui n’a point d’autres mouvements que ceux que lui donne le Soleil et qui, étant arrêtée par ses racines à la terre, laisse conduire sa fleur à la course de ce bel astre. Ainsi, elle abandonne sa conduite aux avis et aux sentiments du Père Gabriel Maria qui trouve tant de soumission en elle qu’il lui commande avec plus d’empire qu’il ne ferait au moindre novice de son Ordre. » Jeanne, en obéissant n’a pas perdu  sa liberté, au contraire. Elle a trouvé l’immense étendue, toujours nouvelle, de la liberté du Bien, du bien à penser, du bien à dire, du bien à faire. L’obéissance l’a lancée en avant, dans le grand vent de liberté des enfants de Dieu.

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