Je connais l’Annonciade depuis plusieurs années. D’abord par la communauté de Brucourt puis par celle de Thiais. Je séjourne régulièrement dans ces 2 monastères. Ma « fonction » est d’aider les soeurs dans la communication. La perspective de la construction du monastère de Caen-Grentheville pousse à une collaboration assez intense.
Le 7 Octobre 2013, une jeune soeur a prononcé ses voeux perpétuels. 15 jours plus tard j’ai eu l’occasion et la chance de pouvoir l’interviewer. Soeur Marie de Jésus, son nom de religieuse, est polonaise, née près de Katowice. Notre entretien a eu lieu comme il se doit au parloir du monastère de Thiais. La soeur est arrivée discrète, légère et souriante. Elle s’installe à la table où nous travaillons avec 3 soeurs. C’est, entourés d’ordinateurs, de fil, de hubs et de prises internet que nous entamons la discussion. Dans le compte rendu n’apparaissent pas mes questions. Cela donne à l’entretien, le caractère d’une méditation

Soeur Marie de Jésus Annonciade et le père Richard Marien.La première rencontre

Un de mes oncles est Père Marien, il savait que je voulais apprendre le français dans le but de partir en France. Tout le temps de mes études je ne savais pas comment réaliser ce souhait et à la fin de mon cursus on m’a dit que c’était fini pour moi, il n’y avait plus de possibilité de venir en France, j’avais même essayé de trouver une place au-pair mais rien ne marchait. Mais un jour j’ai reçu un coup de téléphone de mon oncle marien qui me dit qu’il était à Lichen (Pologne) et que des soeurs françaises étaient-là et cherchaient un professeur pour apprendre le polonais en france. Il ajouta que je pourrais les aider dans cet apprentissage et de mon côté je pourrais commencer à apprendre le français. Il finit en me disant que j’avais 10 miutes pour me décider. J’ai dit tout de suite : oui.

Une jeune femme devant un choix

J’ai fait mes études à Cracovie. La raison pour laquelle je voulais venir en France est que j’aimais un français. Je suis venue pendant les vacances et j’ai passé 2 mois avec lui, dans sa famille. Puis j’ai résidé au monastère de l’Annonciade, j’aidais les soeurs pendant environ 4 mois et je perfectionnais mon français. Mon projet était de me marier avec cet homme dont je vous parle.
Mais arrivée à un moment, je me suis dit : voilà que le Seigneur me propose 2 choses, le mariage ou approfondir la vie avec les soeurs. Un peu plus tard j’ai senti que je ne pourrai pas rendre cet homme heureux et qu’il ne pourrait pas me rendre heureuse. Je suis donc repartie en Pologne pour voir ce qu’il fallait faire.
Il me fallait tout abandonner et blesser quelqu’un. Quand j’y pense maintenant, c’était complètement fou.
Il n’y a aucun regret, pas de nostalgie. Ce qui est important à toutes les étapes d’un tel choix c’est de voir l’amour du Seigneur. Des fois on est tétu, on ne comprend pas tout de suite. Oui, le seul appui c’est l’amour du Seigneur.

Le monde, la famille…

Il me semble qu’il y a très longtemps que j’ai quitté le monde. Au monastère nous ne regardons que peu la télévision et nous n’écoutons pas la radio. Nous n’utilisons pas internet pour des fins personnelles. Je n’ai pas de téléphone portable. Mais je sais ce qui se passe dans le monde par les lectures en communauté, des conférences et des interventions extérieures lors de certaines récréations.
Je pense qu’il y a beaucoup de désir dans le monde pour une vie comme la nôtre. Mais il n’est pas facile à découvrir. Je pense que toutes les femmes ont un désir de bonheur et d’intimité profonde avec quelqu’un, de don total. Mais découvrir la vocation de moniale est une grâce. Le Christ est quelqu’un, une personne… c’est l’amour pour le Christ qui doit s »éveiller… Oui, il s’agit d’un amour pour le Christ et rien d’autre.Soeur Marie de Jésus avec sa famille au monastère de l'Annonciade de Thiais
Ma famille est loin, mon père me disait jusqu’à mes voeux perpétuels que je pouvais revenir avec eux, que je n’avais pas à avoir honte. En fait ce qui me fait de la peine c’est de ne pas pouvoir partager avec eux, cette vie. C’est une douleur normale. Je voudrais vraiment qu’ils comprennent. C’est cette coupure, cette incompréhension de coeur qui est difficile. Par exemple des collègues de mon père disent : qu’est-ce qu’elle a fait ta fille ?… elle était jolie…

Le temps, les autres

Mon travail consiste à faire des confitures. Il m’arrive aussi de faire un peu de traduction. Au début c’était un combat. J’ai fait des études et rompre avec cela, ça me coûtait. J’étais habituée à travailler avec ma tête, alors ne plus lire… c’était difficile. En réalité il s’agit de se dépouiller dans des travaux très simples. Les choses se retournent, dans les actions les plus simples on fait de hautes études. On trouve les richesses dans le dépouillement.
J »ai cette vie de Nazareth. C’est une vie où l’on prie 5h par jour. C’est cela notre source.
Bien sûr, il y a des difficultés, il faut se dépasser, toujours aller un peu plus loin, ne jamais s’arrèter, ne jamais s’installer. La vie de moniale est très exigeante. L’appel du Seigneur est constant, notre principale pénitence tient dans la vie fraternelle. Elle peut épuiser, cette vie, c’est pour cela que la prière est si importante. On est nombreuses, même à table on est sérrées comme des pigeons sur un mur. Si une soeur m’agace, ce n’est pas un péché, cet agacement. Il est même bien de se le dire en vérité à soi-même. Mais c’est là que la volonté agit et que je peux faire quelquechose avec cette soeur. Je peux aimer.

Il nous faut d’abord cet amour pour le Seigneur et que je comprenne qu’il m’aime. C’est cet amour gratuit qui est tout.

La vie d’Annonciade en quelques mots

L’intimité avec le Christ, c’est la source.Icône du Christ de Saint-Damien écrite par une Annonciade de Thiais Son amour, c’est la vigne. Nous, nous sommes gréffés sur cette vigne. Nous sommes les sarments et c’est de la vigne que vient la vie, que vient l’Esprit et tout ce que je possède. Tout ceci ne relève pas des sensations mais de la foi. Il faut qu’avec la foi, on pose des actes, autrement c’est stérile. Ce n’est pus de la foi mais de la spéculation.
Il nous faut croire avec tout ce que l’on est.

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