Juridiction des Frères Mineurs

 

Notice    

Les Sœurs Grises du tiers‑ordre de Saint-François viennent s’établir à Roye vers la fin du 15e siècle. Elles sont aidées matériellement par la ville qui voit d’un œil favorable leur arrivée en raison des services qu’elles vont pourvoir rendre. En 1480, leur couvent est construit, les Sœurs Grises installées.  Une chapelle est édifiée  et l’évêque d’Évreux vient en faire la consécration – l’évêque du lieu, Louis de Gaucourt, ne possédant alors qu’en commende l’évêché d’Amiens. Les libéralités de la ville ne suffisent pas cependant pour la subsistance des sœurs qui en appellent au roi. Celui-ci, en juin 1493, prenant en considération l’état de la communauté, décharge les sœurs de toute redevance.

En 1523, le monastère est en partie détruit par la guerre. La ville d’Amiens veut alors contribuer à sa reconstruction et envoie des secours dans ce but. Les sœurs vont recevoir également des aides de personnes privées. Par exemple, le 19 février 1542, Louise de Sains, mère de Jean d’Happencourt, seigneur de Béthencourt, donne par testament trois cents livres aux Sœurs Grises, à la charge pour elles de faire dire deux messes par semaine pour cette famille. Le 17 janvier 1582, Françoise Hesduin, fille d’Antoine Hesduin et de Marguerite Bouzier, étant sur le point d’entrer en religion, donne au couvent une partie du bois des Gambarts et trois journaux de terre situés sur le terroir de Parvillers.  Le couvent et l’église sont relevés de leurs ruines en 1560.

Par une charte du 22 février 1608, Henri IV accorde aux religieuses  une somme de trois cent dix livres, touchée par la supérieure Perrine Derbion.

Au moment de la Contre-Réforme, les Sœurs Grises de Saint‑François vont être amenées par leurs supérieurs franciscains – qui appliquent mes mesures prises pour la vie religieuse féminine par le Concile de Trente – à accepter la clôture en adoptant la Règle de vie de l’Annonciade. C’est la soeur Charron, religieuse du couvent des Annonciades de Chanteloup, qui est envoyée pour opérer ce changement au couvent de Roye. Cet événement est consigné dans les archives de la communauté, dans un registre ayant pour titre : Livre « des professions des religieuses professes en ce monastère ». Le père Pierre Boiteux, ministre  provincial de la province de France parisienne, demande aux sœurs de faire une année de probation dans l’Ordre de la Vierge Marie, avant de prononcer leurs vœux dans cet Ordre. Les vœux seront reçus par le père Jacques Lafroigne, provincial, le 8 février 1623 : soeur Catherine de Saint‑François Charron, est nommée mère Ancelle. Vingt ans plus tard, le 12 juillet 1641, les Sœurs Grises de Braye se joignent à la communauté de Roye, embrassant la Règle de l’Annonciade.

Les revenus du couvent s’élèvent à 2 500 livres environ. En 1655, la communauté compte 26 religieuses, dont 20 de chœur et 6 converses. Elles ne sont pas obligées à un nombre limité de sujet. Par suite d’un traité fait avec les Annonciades, les députés du Chapitre de l’Échevinage, les filles de la ville doivent être admises au couvent, de préférence aux autres pouvant venir d’autres villes.

Au cours du 17è siècle, les Annonciades vont agrandir leur monastère par l’achat d’un nouveau terrain destiné à faire un cimetière, pour la sépulture des religieuses. En 1864, en creusant une cave on mit à découvert des cercueils en bois, renfermant des squelettes et quelques médailles.

Le 17 mars 1720, les Annonciades sollicitent des chevaliers arbalétriers de Roye la concession de leur jardin qui longe le mur de leur monastère, en échange d’un autre terrain que les religieuses ont un peu plus loin. Cela est accepté. Malgré cet agrandissement, les moniales se trouvent encore à l’étroit. Elles achètent successivement plusieurs immeubles, deux en 1674, puis un en 1703 afin de refaire une infirmerie et des dortoirs destinés aux pensionnaires. Mais ces achats successifs alarment l’échevinage de la ville qui s’oppose à un nouvel achat de maison en 1703. Raison : si le couvent est autorisé à acquérir ainsi il pourrait acheter toutes les maisons voisines du couvent ce qui porterait atteinte à l’intérêt des habitants et nuirait au service du roi qui ne pourrait plus loger les troupes royales. Car Roye est une ville de garnison.

En 1745, Louis XV vient à Roye et loge dans un hôtel qui se trouve face au couvent. Les Annonciades, pour le repas du roi, envoient une corbeille de fruits que le roi accepte avec plaisir dit-on.

La Fête patronale du couvent est celle de sainte Élisabeth de Hongrie, célébrée à l’époque le 19 novembre. L’église du monastère a une entrée sur la rue des Prévots. Elle est surmontée d’un clocher renfermant trois cloches. L’église est fort belle ; à l’intérieur, nombreux tableaux, entre autres une tapisserie représentant la reine Élisabeth de Hongrie à genoux et en prière. Tout autour du chœur sont appendues des toiles d’une certaine valeur artistique. Il y a  un maître-autel d’un beau travail, la chaire à prêcher en bois sculpté possède une certaine allure.

Autour du chœur, il y a des croisées en vitraux de couleur. Un vitrail est dédié à Sainte Geneviève. Ce don provient d’un abbé, l’abbé  Barthélemy (1564) qui voulut être inhumé dans l’église du couvent. Du côté de l’ambon, un vitrail représentant à la partie supérieure, la Résurrection, avec cette inscription : « cette verrière a été donnée par honorable homme et sage maistre François Dupré, prévost de la ville de Roye et demoiselle Jeanne Aubé, sa femme et leurs enfants, l’an 1572.»

Il y a aussi plusieurs pierres tombales parmi lesquelles on remarque celle de Mathurin Gregier, chapelain de Saint‑Florent, curé de l’église de Saint‑Gilles, mort en 1582 ; puis celle de Charles Cornet, chapelain de la collégiale. L’église possède une relique de Sain Lucien, premier évêque de Beauvais., provenant de l’hospice de Pont Sainte-Maxence ; cette relique se trouverait aujourd’hui à la paroisse de Saint‑Pierre (Roye).

Au mois de mai 1743 a  lieu, dans la chapelle des Annonciades de Roye, la fête de la béatification de Sainte Jeanne de France. La mère de BeauviIIé  est alors ancelle du couvent. La fête a lieu avec grande solennité. Monseigneur de La Mothe d’Orléans, évêque d’Amiens, préside la cérémonie qui dure plusieurs jours. Le clergé de Saint‑Florent, celui des quatre paroisses de la ville, les communautés des Cordeliers et des Minimes, les officiers du Bailliage et du Corps de Ville, participent aux cérémonies religieuses.  La châsse  de la bienheureuse est déposée au couvent des Annonciades, puis conduite en procession à la collégiale Saint-Florent pour revenir ensuite au couvent. En tête de  la procession, marche le suisse de Saint­-Florent, puis les croix des paroisses, le clergé régulier et séculier, la compagnie des chevaliers de l’arc, un chevalier porte la bannière de la sainte. Arrivés à la collégiale, devant le chœur, on fait la lecture de la Bulle de béatification ; puis le chevalier présente la bannière à la bénédiction de l’évêque. Celle-ci est remise ensuite à l’abbé de Riencourt, accompagné du père gardien des cordeliers et du père correcteur des minimes. Cette procession se renouvellera le lendemain et le jour suivant. On peut voir à l’hospice de Roye un tableau de sainte Jeanne provenant sans nul doute du couvent des Annonciades.

Le monastère est soumis à des visites canoniques régulières. Ces visites canoniques sont faites par le provincial des Frères Mineurs. Toutes ces visites sont consignées dans « le livre des verbaux ». On y voit les élections des religieuses qui doivent occuper certaines charges (ancelle, vice-gérante, dépositaire, tourière, maîtresse des novices etc…). Après l’élection des emplois clés, on procède au choix de l’infirmière, de la dépensière, d’une maîtresse de chœur, de la grenetière, de la maîtresse des pensionnaires – jeunes filles accueillies au monastère pour l’éducation.

Les élections ont lieu sous la présidence d’un frère mineur, délégué par le ministre provincial de France ; elles sont précédées de la messe, du « veni creator »,  et d’un sermon dans lequel le prédicateur exhorte les sœurs à apporter dans leur choix la plus grande sagesse. L’élection se fait par bulletins secrets. Le dépouillement se fait par deux pères franciscains, assistés de deux Annonciades, tous désignés par le commissaire délégué. La dernière élection d’une ancelle a lieu le 1er mai 1791, présidée, elle, par le maire de la ville en vertu des dispositions de l’article 21 de la loi du 14 octobre 1790. La communauté compte 21 sœurs de chœur à cette époque.

Les religieuses, ayant commencé par vivre d’aumônes, ont pu par la suite subvenir à leurs besoins grâce à leurs possessions de terres et à leurs pensionnaires. Dans une déclaration du 14 août 1728, destinée à l’évêque d’Amiens, on peut se rendre compte qu’elles possèdent alors un peu plus de 200 hectares de terres labourables.

Leurs revenus s’élèvent, en 1728, à trois mille trois cent quarante huit livres ; leurs dépenses sont de douze cent cinquante huit livres. Parmi ces dépenses, il y a les honoraires du médecin et du chirurgien (cent cinquante livres), ceux du confesseur pour trois cents livres etc.  Les Annonciades  possèdent aussi  des armoiries : « argent à une face de sable chargée d’une molette d’or ». Ces armoiries figuraient sur la porte d’entrée du monastère. En 1783, le monastère des Annonciades de Lille ferme ses portes pour cause économique. Trois Annonciades de Lille sont alors recueillies au monastère de Roye.

Les Annonciades de Roye sont expulsées de leur couvent par la Révolution française. À cette date, le monastère compte une vingtaine de religieuses. Marie Anne Lebel est ancelle. Lorsque l’Evêque constitutionnel vient faire à Roye sa première visite, les religieuses ne veulent pas le recevoir. Huit d’entre elles refusent de prêter serment à la Constitution, elles sont alors emprisonnées dans les prisons de Montdidier. Une d’entre elles, la sœur Deleau, va  y mourir. Ses compagnes seront remises en liberté le 6 brumaire an III. D’autres Annonciades de Roye vont être détenues, quant à elles, à Amiens. En fin de compte, presque toutes les sœurs de ce monastère auront connu la prison.

Le 13 septembre 1792, en vertu d’une délibération du maire et des officiers municipaux de la ville et à la requête du procureur de la commune, on procède à l’inventaire des biens du monastère. Deux commissaires délégués se rendent alors au grand parloir des Annonciades où ils demandent la mère ancelle pour le lui signifier.

Dans le procès verbal, il est noté : six chandeliers de cuivre, un crucifix d’argent, quatre reliquaires, sept  tableaux à cadres dorés, un bénitier en cuivre, ciboire d’argent, dans la chapelle ; dans le chœur, un orgue ; au clocher trois cloches ; puis, des ornements d’église consistant en des ostensoirs, deux calices, deux croix, un ciboire, deux croix, des chandeliers, une lampe, un encensoir. Tout ceci est transporté dans la « maison commune». Cependant, les ornements (chasubles, chapes, étoles) sont enfermés dans une armoire sur laquelle on pose des scellés. Les commissaires visitent toute la maison, les cellules, les dortoirs des pensionnaires. Dans une chambre, il y a un clavecin – la mère ancelle touchant l’orgue  – une horloge. En exécution du titre 2 de l’article 24 du décret du 8 octobre 1790, il est laissé à la disposition des sœurs ce qui est à leur usage personnel qu’elles peuvent emporter. Les scellés aux armes de la ville sont apposés sur les portes de la chapelle.

Une fois les moniales expulsées, les bâtiments vont être démolis.

Sources manuscrites 

Archives départementales de la Somme, Manuscrit 601 ; série E –  2 E 685 / 22, série H – 73 H 1. à 16 ; série Q – 1 Q 44 – 45 ;  1 Q 207 / 3, 207 / 9, 197 ; série L –  L 2349, L 3069 ; Archives hospitalières,  Liasse 12 (n°2), Liasse 24 (n° 4.5.), Liasse 27 (n° l.2.3.4.5.11), Liasse 20 (n° 1.2.3.4.5.6.9.). E 128 ; L 114, 108, 2104, 2076, 683, 2105 – L XXIII 1 à 24. Ces fonds d’archives contiennent des renseignements sur le monastère de Braye.

Sources imprimées

Coët Emile, Histoire de la ville de Roye, Paris, 1880, tome 2,  p. 275-285 ; p. 385-386 ; p. 464.

D’Essigny Grégoire, Histoire de la ville de Roye, imprimerie Devin, Noyon, 1818, p. 296 à 299

Daire, Père, Histoire ecclésiastique et civile de la ville et du doyenné de Montdidier, 1765, p. 246, 247.

Darsy F.-I, Les bénéfices de l’église d’Amiens, revenus et charge du diocèse d’Amiens en 1730, tome 1, p. 458, 459.

De Sars  Maxime, Les hôpitaux de Roye depuis le 13e siècle, Roye, 1939, p. 19.

Josse H., Histoire de la ville de Bray‑sur-Somme, Amiens, 1882.

Katerine, « L’église S. Pierre de Roye », Trait d’Union, avril 1995, p. 10,

RHF, tome 1, 1924, p. 193 ; FF, 4, 1921, p. 92 ; Annales Minorum Continuati …, tome 28, Quarrachi (Florence), 1941, p. 710, n° 37.

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