Ce dimanche soir, 29 décembre 2013, le bienheureux père Gabriel-Maria était au centre des conversations !

En effet, Élizabeth Dupuis-Donzel, auteur d’une thèse de Doctorat de Littérature et Civilisation françaises sur l’édition et la traduction d’un ouvrage de Gabriel-Maria les « Lunetae confessorum », est venue au monastère de Thiais partager aux sœurs sa découverte de Gabriel-Maria et de son époque. Car le  travail qu’elle a effectué sur ce traité de théologie morale dont le sujet traite de la confession lui a permis d’aller à la rencontre d’un homme aux prises avec des questions bien concrètes de son temps. On sait combien le rôle du confesseur avait de l’importance pour Gabriel-Maria, et qu’il fut pendant une vingtaine d’années professeur de théologie dans un studium de son Ordre.

De cet ouvrage, il n’existe qu’un seul manuscrit, connu à ce jour, le manuscrit 257 de la Bibliothèque municipale de Toulouse. C’est à partir de ce manuscrit qu’Élizabeth Dupuis-Donzel a travaillé. Le texte original se présente sous forme de cent vingt-trois folios, à l’écriture petite et serrée, sans ponctuation ni paragraphe, aux nombreuses abréviations, tant pour les noms communs que pour les noms propres, les noms d’auteurs en particulier. Il a donc fallu les identifier. Il a fallu aussi entrer dans le texte, le faire sien, comprendre le plan adopté par l’auteur : comme tous les auteurs de la fin du moyen âge, Gabriel-Maria adopte un plan en arborescence, aux nombreuses ramifications. Il a fallu également comprendre le latin employé par l’auteur, afin d’offrir aux futurs lecteurs un texte lisible et cohérent, ainsi qu’un important appareil critique.

Le traité de Gabriel-Maria est intéressant sur plusieurs plans.

 – D’abord, sur le plan de la langue, il peut offrir aux historiens du latin médiéval, tout un champ de recherche car le lexique employé est riche, recouvrant divers domaines, comme la théologie, le droit, la vie domestique etc.

– Ce traité, qui met en lumière la manière dont on enseignait au bas moyen âge, peut aussi intéresser les historiens de la littérature. En effet, au fil de la lecture, nous pouvons saisir la manière dont enseigne Gabriel-Maria, les procédés pédagogiques qu’il emploie afin de faciliter, à ceux qui l’écoutent, la mémorisation des connaissances données, saisir aussi les auteurs auxquels il fait appel pour appuyer son enseignement, et la manière dont il compose son ouvrage.

– Les historiens de la spiritualité, quant à eux, seront intéressés aux auteurs cités par Gabriel-Maria ;  la mise en rapport de ce qu’il écrit avec les auteurs qu’il cite serait certainement enrichissante.

– Grâce aux nombreux exemples donnés par le Père Gabriel-Maria, aux faits de vie qu’il évoque – que ce soient des faits vécus ou des cas d’école – ce traité nous plonge également dans l’environnement socio-culturel de l’époque de la pré-réforme. Les historiens des 15e– 16e siècles n’en seront donc pas insensibles.

– Mais surtout, l’œuvre de Gabriel-Maria intéressera les historiens de la théologie morale grâce aux nombreux cas de conscience que son auteur évoque, en fin analyste de l’acte humain qu’il est. Gabriel-Maria nous fait comprendre le rôle positif qu’un confesseur pouvait avoir dans la société de son temps : par exemple, le rôle d’adoucir ce qu’une société pouvait avoir d’injuste.

Si dans ce traité, Gabriel-Maria nous dit beaucoup de choses sur son siècle, il nous dit aussi beaucoup de choses sur lui-même, par le biais de ses raisonnements, de ses jugements, des résolutions qu’il propose aux cas de conscience analysés. L’homme se révèle.

Ainsi, à travers son texte, Gabriel-Maria apparaît comme quelqu’un possédant une réelle ouverture d’esprit – en cas de doute, face à tel ou tel cas, le meilleur est de suivre la solution la plus humaine. On sent un homme doux, pacifique, bienveillant, prêt à « consoler » les pénitents désireux de se reprendre, prêt à les remettre sur le chemin de la confiance en Dieu, mais aussi, ferme avec ceux qui sont rebelles à se corriger. Il est un homme prudent, mesuré. Il a le souci du réel, tenant compte des possibilités de ses pénitents.

Gabriel-Maria nous interpelle par tous les sujets  qu’il aborde dans son ouvrage. Ce sont des sujets très actuels qui suscitent, comme à son époque, bien des questions : le mariage, la légitime défense, la fin de vie, la torture, la contraception, l’économie, le pouvoir etc.

L’auteur de cette thèse s’est réellement prise d’amitié pour Gabriel-Maria et son œuvre ; cela n’a pas été sans effort, sans beaucoup de travail et de persévérance. Mais…,  lorsqu’on se bat avec un texte et son auteur, on finit par les aimer !

Inutile de dire que la communauté a été vivement intéressée par tout ce qui a été échangé ce soir là.

Actuellement, la béatification de Gabriel-Maria suit son cours.

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