Juridiction des Frères Mineurs

Notice

Dans les années 1415, Dame d’Offemont, de sensibilité franciscaine, fonde et fait construire à Bray-sur-Somme un monastère dédié à Saint-Jean-Baptiste, pour 10 religieuses du tiers ordre de Saint-François. Le « livre des origines de l’ordre séraphique de S. François », rédigé par le P. François de Gonzague, publié à Rome en 1587 signale cette fondation. L’acte de fondation du couvent ordonne aux religieuses de se consacrer à la prière et de garder la clôture. Mais, au bout de quelque temps, elles vont commencer à remplir le devoir d’hospitalité envers les pèlerins, à l’exemple des religieuses de leur Ordre. Vers le milieu du 16e siècle, elles acceptent la direction de l’Hôtel Dieu, situé près de leur couvent.

La fin du 15e siècle est une période de guerres. La région de Picardie n’est pas épargnée. Ainsi, le couvent de Bray-sur-Somme  est  incendié, ses archives entièrement détruites,  en 1472, par les troupes du duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, opposées à celles du roi de France Louis XI. Le monastère mettra plus d’un siècle à se relever de ses ruines.

En 1574-1579, les bâtiments abritent 3 sœurs professes ; elles administrent elles-mêmes leurs biens. 20 ans plus tard, en 1599, elles sont 10. Pour subvenir à leurs besoins, elles vendent une partie de leurs biens, avec l’autorisation du provincial des Cordeliers de Paris. Suivent 30 ans où les filles de S. François se livrent en paix au soin des malades, à la prière.

En 1635-1636, débute la guerre de Trente Ans. C’est la fin de leur tranquillité. A l’approche du danger, les religieuses de Braye-sur-Somme se dispersent mais trois d’entre elles refusent de quitter leur couvent. Le 30 avril 1636, cependant, en une assemblée capitulaire, ces trois religieuses reconnaissent qu’il leur est difficile, en raison de leur petit nombre, de s’acquitter du service divin. Elles décident alors que tous leurs biens, terres et rentes appartenant à l’hôpital, seront transférés et appartiendront aux religieuses du couvent de l’Annonciade de Roye, à charge aux Annonciades de Roye de s’acquitter du service divin en leur église et de donner à chaque religieuse de Bray une pension annuelle qui leur sera versée en tous les lieux où elles se trouveront. Les Annonciades de Roye acceptent, par un acte daté du 19 mai 1636. L’union des deux communautés, approuvée par le pape en 1638, s’explique : les Annonciades de Roye sont d’anciennes Sœurs Grises – leur appartenance à l’Ordre de la Vierge Marie date de 13 ans seulement ;  proximité géographique – les deux couvents sont distants d’une trentaine de kilomètres.

Mais la ville de Braye va s’opposer à l’unification des deux monastères et de leurs revenus. En réponse à cette difficulté, les Annonciades de Roye vont devoir signer, le 17 août 1643, un acte constatant que l’hôpital conventuel de Bray, dont l’administration leur a été confiée, doit rester indépendant du monastère de Roye, que les meubles et immeubles – c’est-à-dire les biens –  des deux établissements ne doivent jamais être confondus, que le droit de la communauté Royenne se borne à pouvoir envoyer à Braye quelques-unes d’entre elles pour restaurer celle de Bray et rouvrir le noviciat.

20 années de guerre mettent un obstacle à cette restauration,  les sœurs de Roye n’ayant même pas pu communiquer avec celles de Bray. Le 24 septembre 1655, deux sœurs de Roye – soeur Vulgange Duhamel et sœur Gabriel de la Fontaine –  sont envoyées à Braye pour desservir l’hôpital, et relever le noviciat de Bray. A peine arrivées, les sœurs sont obligées de fuir la guerre et de chercher asile à Corbie où de nouvelles difficultés les attendent. En effet, les bénédictins de Corbie ne permettent à aucun couvent de Clarisses et de Franciscaines de s’établir en leur ville. Ne fallait-il pas craindre que ces Annonciades, venant chercher refuge, ne profitent de l’occasion pour fonder un nouveau couvent de leur ordre ? Mais cet avis tout humain proposé au conseil abbatial n’a pas prévalu. On accorde donc aux fugitives l’autorisation de séjourner à Corbie pendant une année seulement – permission à renouveler si nécessaire. Elle sera renouvelée trois fois. Après quoi, les religieuses reviennent à Braye, le 24 décembre 1659.

Installées, les sœurs, par la voix de leur ancelle, soeur Vulgange, vont demander à prendre leur indépendance par rapport à la communauté de Roye. Elles sollicitent auprès de Louis XIV et de Rome des actes authentiques ou lettres de provisions, en l’année 1664. De leur côté, les Annonciades de Roye, demandent à soeur Vulgange Duhamel d’abandonner son titre d’ancelle de Braye et de reprendre sa place à Roye, son monastère d’origine. Si elle refuse, elle sera contrainte par la force si nécessaire ! S’ensuit un procès en Parlement.

Les adversaires de sœur Vulgange vont alors trouver dans la communauté de Braye des auxiliaires, des appuis : deux religieuses vont s’opposer  sœur Vulgange, voulant ruiner son autorité. Le Seigneur de Braye, duc de Luynes, va alors intervenir au procès en disant que cette affaire lui revient, et non au parlement, en sa qualité de seigneur de la ville et de fondateur de l’hôpital. À  lui donc de prononcer la sentence ! Entre temps, la cour suprême confirme les lettres de provisions accordées à sœur Vulgange qui gagne ainsi le procès. Nous sommes le 16 janvier 1665.

Mais cela ne va pas empêcher le déclin du monastère. Les péripéties du procès ont mis un frein au recrutement de la communauté. Le petit nombre de sœurs ne permet plus de remplir les devoirs d’hospitalité envers les malades et d’enseignement envers les filles indigentes.  Sur une enquête du lieutenant général de Péronne, le 24 décembre 1666, un autre arrêt du parlement arrive pour les Annonciades de Braye : contestant au duc de Luynes aussi bien qu’aux Annonciades de Roye ou à celles de Braye tout droit de propriété sur l’hôpital, la cour en attribue l’administration à des administrateurs élus par les habitants, à charge de faire soigner les malades par la congrégation naissante des Filles de la Charité. La sentence ne reçoit pas d’exécution immédiate – les Annonciades de Braye restant encore sur place plusieurs années, à la tête de l’hôpital.

C’est alors que  les Chevaliers de St-Lazare et de N-D du Mont Carmel vont réclamer l’hôpital, en vertu de la décision royale leur attribuant les hôpitaux, léproseries, maladreries abandonnés. Le 21 juillet 1687, la chambre royale, siégeant à l’Arsenal à Paris,  demande aux  Annonciades de se dessaisir  de l’hôpital au profit des Chevaliers ; elles obtiennent des nouveaux propriétaires, toutefois, de conserver leur couvent : église, chœur, dortoir, réfectoire, cour, jardin et tous les édifices qu’elles ont établis avec leurs propres deniers. En échange : elles doivent faire dire deux messes basses hebdomadaires, aux intentions de l’hôtel Dieu. Elles vont aussi recevoir une pension annuelle de la commanderie de Corbie à laquelle l’hôpital est réuni. Les ressources de la communauté, qui compte 6 membres, sont donc modestes. Le monastère ne peut longtemps subsister. Il sera supprimé par un arrêt du conseil royal du 23 mai 1689, chaque soeur obtenant une pension viagère. Les sœurs vont alors se réfugier au couvent des Annonciades de Roye. Les obligations des services religieux (fondations de messes …) sont transférées à l’église St-Nicolas de Braye. Quant aux bâtiments du couvent : ils sont vendus le 23 novembre 1790.

Sources manuscrites

Archives départementales de la Somme, Manuscrit 601 ; série E –  2 E 685 / 22, série H – 73 H 1. à 16 ; série Q – 1 Q 44 – 45 ;  1 Q 207 / 3, 207 / 9, 197 ; série L –  L 2349, L 3069 ; Archives hospitalières,  Liasse 12 (n°2), Liasse 24 (n° 4.5.), Liasse 27 (n° l.2.3.4.5.11), Liasse 20 (n° 1.2.3.4.5.6.9.). E 128 ; L 114, 108, 2104, 2076, 683, 2105 – L XXIII 1 à 24.

Sources imprimées

Coët Emile, Histoire de la ville de Roye, Paris, 1880, tome 2,  p. 275-285 ; p. 385-386 ; p. 464.

D’Essigny Grégoire, Histoire de la ville de Roye, imprimerie Devin, Noyon, 1818, p. 296 à 299

Daire, Père, Histoire ecclésiastique et civile de la ville et du doyenné de Montdidier, 1765, p. 246, 247.

Darsy F.-I, Les bénéfices de l’église d’Amiens, revenus et charge du diocèse d’Amiens en 1730, tome 1, p. 458, 459.

De Sars  Maxime, Les hôpitaux de Roye depuis le 13e siècle, Roye, 1939, p. 19.

Josse Hector, « Histoire de la ville de Bray sur Somme », 3è série, tome VII, 1882, p. 403-412.

Katerine Bohin, « L’église S. Pierre de Roye », Trait d’Union, avril 1995, p. 10,

RHF, tome 1, 1924, p. 193 ; FF, 4, 1921, p. 92 ; Annales Minorum Continuati …, tome 28, Quarrachi (Florence), 1941, p. 710, n° 37.

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