Mère Marie-Emmanuel, ovmNée en 1880, à Boulogne-sur-Mer, Constance Agniéray, appartient à l’une des meilleures familles de la ville. Foi vive et agissante, esprit extraordinairement lucide, volonté tenace,  musicienne dans l’âme, telle est Constance. À treize ans, elle devient l’élève des Annonciades de Boulogne qui, à l’époque, ont ouvert  un pensionnat. L’idée de se donner entièrement au Christ pointe au firmament de son cœur….

Après une retraite spirituelle, durant laquelle le père prédicateur, un rédemptoriste, reconnaît le bien fondé de sa vocation, elle entre, le 8 septembre 1901, au monastère des Annonciades de Boulogne  comme postulante. Après avoir reçu l’Habit de l’ordre, le 4 février 1902, en la fête de la bienheureuse Jeanne de France et le nom de Marie-Emmanuel, elle prononce ses vœux de religion le 25 mars 1903, en la solennité de l’Annonciation.

À l’époque, les lois du ministère Combes commencent à faire prendre la route de l’exil à beaucoup de communautés religieuses. Celle de sœur Marie-Emmanuel n’est pas épargnée. L’avis d’expulsion arrive le 12 juillet 1904. La communauté part alors en exil à St.- Margaret’s Bay, près de Douvres. Sœur Marie-Emmanuel choisit de suivre ses sœurs. Là, lui est confié le service des Dames pensionnaires, que les Annonciades accueillent afin de subvenir à leurs besoins.

En 1913, un autre service lui est demandé, cette fois sur  la demande de l’évêque d’Agen, monseigneur Sagot du Vauroux  : celui de se rendre à l’Annonciade de Villeneuve-sur-Lot pour y enseigner le chant grégorien. Elle devrait y rester  peu de temps mais la guerre de 1914 prolonge son séjour, et la confiance de ses sœurs lui fait accepter la charge d’assistante de la mère ancelle. Ainsi assiste-t-elle, en 1916, à la célébration du centenaire de la restauration du monastère de Villeneuve-sur-Lot. Lors de ces célébrations, monseigneur Sagot du Vauroux  décide la reprise de la Cause de canonisation de Jeanne de France. Sœur Marie-Emmanuel entreprend alors de susciter en France, avec la bénédiction de l’évêque d’Agen, l’impulsion de l’ancelle et le concours des moniales, un mouvement en faveur de la cause de Canonisation de la bienheureuse Jeanne ; elle donne en même temps une nouvelle impulsion à l’Ordre de la Paix. Revenue en 1919 à St.- Margaret’s Bay, on lui confie de nouveau le service des dames pensionnaires. Elle profite de ces relations, pour établir l’Ordre de la Paix en Angleterre.

Mais son activité va prendre bientôt une tout autre orien­tation car il est question d’un retour en France, non pas de toute la communauté, mais d’un petit nombre de moniales afin d’y tenter une nouvelle fondation. Madame de Sal, directrice d’une école libre  et possédant une propriété dans la Sarthe, propose aux moniales de s’y installer, à condition de s’occuper des institutrices venues là pour un séjour de repos. Tandis que ce projet est à l’étude, sœur Marie-Emmanuel est élue ancelle, en 1922. Acceptant la proposition de madame de Sal, elle conduit alors elle-même en France, à Pescheray, les trois premières religieuses désignées pour cette fondation : sœur Marie du St-Sacrement, sœur Sainte-Marthe et sœur Marie de l’Annonciation.

Pescheray n’est qu’une étape de quelques mois car la proposition faite s’avère difficile à concilier avec la vie monastique. Après quelques mois passés dans la Sarthe, la petite communauté gagne Paris et s’installe rue Quentin-Bauchard, au troisième étage d’un hôtel particulier mis à sa disposition par son propriétaire, madame la Marquise des Roys : c’est le « Petit Nazareth ». Les moniales y restent trois ans, de 1923 à 1926, trois ans que Madame des Roys considère comme une vraie grâce de Dieu : « Quelle joie et combien de toute mon âmeje vous remercie, Sainte Jeanne ! »

Les va-et-vient de mère Marie-Emmanuel entre les deux maisons d’Angleterre et de France se multiplient ;  si les difficultés ne manquent pas, les soutiens d’amis fidèles non plus – madame des Roys, madame d’Arcy, mademoiselle Henriette de Sabran-Pontevès et combien d’autres ne savent qu’inventer pour venir en aide à la jeune fondation. De plus, en la personne du père Richard Deffrennes, franciscain, mère Marie-Emmanuel et sa communauté trouvent un conseiller sûr tant au plan canonique que spirituel.

Mais, un monastère en appartement ne peut être qu’une solution provisoire et mère Marie-Emmanuel multiplie les recherches. Elle découvre, enfin, une propriété à Thiais, en région parisienne, dite « Maison-Rose » et décide de s’y installer avec ses sœurs, en mai 1926. Au début de ce même mois, le 7  mai, elle avait donné sa démission d’ancelle de St. Margaret’s afin de pouvoir se consacrer entièrement à la nouvelle fondation.

Suivent des années de grandes activité qui trouvent mère Marie Emmanuel, ainsi que le père Richard Deffrennes, sur la brèche, au cœur d’événements importants pour l’ordre de la Vierge : 1930, les Statuta Mariae où Statuts de Marie, émanant de sainte Jeanne elle-même, sont rendus à l’Annonciade ; 1932, miracle de sainte Jeanne en faveur de sœur Sainte-Marthe ; 1932, toujours, le travail de remise à jour de la législation de l’ordre aux normes du droit canonique de l’époque, commencé dès 1924, est approuvé par la Sacrée congrégation des religieux ; 1934, approbation par Rome d’une nouvelle traduction française de la Règle à laquelle a contribué, entre autres, le père Richard Deffrennes.

De son côté, le père Félix Delerue, rédemptoriste, gagne à la Cause de canonisation de Jeanne de France monseigneur René Fontenelle qui accepte d’en être le postulateur. S’instaure alors une fidèle collaboration entre  le dévoué postulateur et l’ancelle de Thiais. De plus, encore jeune ancelle, mère Marie-Emmanuel a établi des contacts avec les Annonciades de Belgique.

Pendant la seconde guerre mondiale, la vaillante ancelle et sa communauté de Thiais connaissent deux exodes au monastère de Villeneuve-sur-Lot, le premier, d’octobre à novembre 1939, et le second, de juin à novembre  1940 : elles reçoivent de la part de leurs sœurs un accueil plus que fraternel.. Les années de guerre éprouvent la santé de mère Marie-Emmanuel ; son énergie et sa persévérance sont soumises aux épreuves d’une santé de plus en plus déficiente et de la perte progressive puis totale de la vue. De plus, en octobre 1943, décède au monastère de Thiais, le père Richard Deffrennes : elle-même et ses filles perdent un véritable père. L’abbé Henri Delépine le remplace à l’aumônerie du monastère – un monastère  qui devient trop étroit, vu les entrées régulières. Mère Marie-Emmanuel n’attend par la fin des hostilités pour commencer, de nouveau, à chercher une autre maison. Après plusieurs recherches, et grâce à de nombreuses générosités d’amis, à la sollicitude des clarisses de Paris, à l’actif dévouement de l’abbé Delépine, la communauté acquiert, en 1946, la propriété que la famille Panhard possède à Thiais, dans le quartier de Grignon, à quelques centaines de mètres de « Maison-Rose ». L’inauguration du nouveau monastère a lieu le 12 septembre 1946 ; avec cette cérémonie, la fondation est accomplie, mère Marie-Emmanuel ayant mené à bien  sa tâche de fondatrice, même s’il reste beaucoup à faire pour organiser la conventuelle.

Arrive vite l’année sainte 1950, au cours de laquelle mère Marie-Emmanuel connaît une des plus grandes joies de son existence : la canonisation de sainte Jeanne, à laquelle elle a tant travaillé. Une autre joie : celle de voir la fusion des deux Bulletins Message Maria de Paix et Pax Caritas – fusion unissant les deux monastères de Villeneuve-sur-Lot et de Thiais. Devenue complètement aveugle, mère Marie-Emmanuel, toujours en cette année 1950, croit devoir donner sa démission. Le 12 septembre 1950, mère Marie de Saint-François d’Assise lui succède dans cette mission entièrement consacrée au service de l’Annonciade. La jeune ancelle fait preuve de beaucoup de tact, de délicatesse envers mère Marie-Emmanuel, recourant souvent à ses conseils et à ses avis.

La santé de mère Marie-Emmanuel, plus ou moins fragile, s’était maintenue jusque-là  assez bien. Les sœurs, habituées à la voir toujours plus ou moins souffrante, ne se sont pas alarmées outre mesure lorsqu’en juillet ou août 1956, une maladie de peau se déclare : petit à petit, elle va s’étendre sur tout le corps. C’est un pemphigus, maladie rare  et grave tout à la fois. La maladie se propage vite et rapidement les jours de la malade sont comptés. Recon­naissante des moindres services rendus, elle a des inventions bien à elle pour exprimer sa gratitude, et touchée du dévoue­ment de ses filles, elle dit parfois avec conviction « Si l’amour pouvait guérir, je serais déjà guérie. » Oubliant ses propres souffrances, lors de sa dernière fête de Noël, – Noël 1956 -, c’est elle qui choisit les petits cadeaux destinés à ses filles, aux hôtes de la maison et à quelques personnes du voisinage. Mère Marie-Emmanuel ne se fait pas d’illusion, elle sait que sa fin approche. Le 10 au matin, elle demande à mère Marie de Saint-François de rester auprès d’elle. Dès lors, celle-ci ne la quitte plus. Elle s’éteint doucement quelques heures plus tard.

Si mère Marie-Emmanuel a possédé des qualités fortes et viriles, il faut y ajouter cependant une vive et délicate sensibilité, une intelligence largement ouverte à toutes les formes de l’art et de la beauté, un don inné de sympathie, qui en ont fait une remarquable entraîneuse d’âmes. Sa forte personnalité, son caractère bien trempé, l’ont désignée naturellement comme étant celle qui était capable d’assumer  un rôle de fondatrice. Cela n’a pas été sans difficultés et épreuves ; celle de la cécité a dû être, pour une personne si active comme elle, une des plus grandes. Mère Marie-Emmanuel les a acceptées comme un chemin ouvrant sur une indéniable ascension spirituelle, une ouverture à la grâce, un chemin qui l’a conduite à réaliser de mieux en mieux l’idéal de l’Annonciade : plaire à Dieu par l’imitation de la Vierge Marie.

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