Juridiction franciscaine

 

Notice

Le 26 mai 1623, le Roi d’Espagne et des Pays-Bas, Philippe IV, (Roi d’Espagne de 1621 à 1665), donne son consentement pour l’établissement d’un monastère d’Annonciades à Namur. Aussitôt qu’elle reçoit les lettras patentes de la part du Roi, la Dame de Rupelmonde, qui désire un couvent d’Annonciades à Namur, demande aux Annonciades de Nivelles des religieuses afin de pouvoir commencer cette fondation. La Mère Ancelle de Nivelles, Mère Joanna Spoelberg, accepte d’envoyer six moniales munies des lettres d’obédience du Père Carpin, ministre provincial des Frères Mineurs. Elles partent pour Namur le 20 août 1623. Là, elles trouvent dans la maison de la fondatrice une partie bien organisée, permettant la vie conventuelle. Elles vont rester dans cette maison durant 10 mois, le temps de la construction de leur propre monastère. Les frais des travaux sont payés par la Dame de Rupelmonde.

La fondatrice du monastère, Anne de Rupelmonde, donc, est née aux alentours de 1583. C’est une simple bourgeoise assez fortunée. Son père est maître de Forges et possède plusieurs usines. Elle se marie en 1603 ; elle a environ 20 ans. Son mari, Pierre Huet dit Pacquet est de sa condition sociale. En 1610, elle est déjà veuve si bien qu’on ne l’appellera par la suite que par son nom de jeune fille. Elle a eu un fils, Jean, qui entre chez les Jésuites en 1623. Veuve, elle va désormais gérer sa grosse fortune. Pieuse, elle désire aider dans la mesure de ses moyens, ceux qui se sont voués à Dieu. Elle-même va vivre un engagement personnel religieux auprès des Annonciades, qu’elle installe à Namur en 1624, mais ne prononcera pas de vœux. Au soir de sa vie, elle divise sa fortune en trois parts égales qu’elle destine aux Jésuites, aux Annonciades, aux pauvres. Son legs aux pauvres a permit le développement d’une école du dimanche, située dans l’ancienne rue des Ravet qui, aujourd’hui, porte le nom de Rupelmonde. Elle meurt en 1640.

Le 29 juillet 1624, les sœurs prennent possession de leur nouveau monastère, acclamées par toute la population ! Elles sont précédées en procession par la communauté des Frères Mineurs, par les dames les plus nobles de la ville, puis par les habitants de la ville. Tous les suivent jusqu’à la chapelle où est célébrée la messe. Puis, les sœurs entrent « dans la joie de leur Seigneur » c’est-à-dire dans leur clôture où, remplies d’un tel zèle évangélique, elles obtiennent beaucoup de grâces et « remplissent leur lampe avec l’huile de toutes les vertus » recevant « de leur Époux bien aimé les plus riches bénédictions ». La chapelle a été consacrée le 23 octobre 1631 par Mgr Engelbert des Bois.

Sous le gouvernement de la seconde Ancelle, soeur Maria Corbisier, 22 religieuses font profession ; sous la troisième, soeur Odillia Marchant, 38 ; sous le gouvernement de la première ancelle, soeur Agatha Deltz, qui « démissionna par humilité » au bout de 3 ans, il y a eu également plusieurs professions. La première converse reçue à la profession est la soeur Maria Magdalena Roffeau, le 18 octobre 1624 ; la première soeur de chœur, soeur Maria Rouvroi, le 6 février 1625. Voici les noms des Mères Ancelles, de 1624 à 1741 :

Sœurs Agatha Deltz ; M. Corbisier ; Odilla Marchant ; M. Ruser ; Catharina ; Elisabeth , Adirana Baré ; Victoria Nagi ; Clara Francisca Desmanet ; Carolina Chaveaux ; M. Victoria de Nagi ; Anna Joanna de Ribaux ; Joanna Caecilia la Fosse ; Anna Joanna de Ribaux ; M. Victoria Bering.

Trois Ancelles ont été remarquables « par leurs vertus » : soeur Agatha Deltz, Maria Corbisier, Odilla Marchant ». Voici quelques portraits de sœurs :

Sœur Agatha a été chanoinesse de la collégiale de Munsterbilzen avant d’entrer chez les Annonciades de Louvain. Après da profession, elle est envoyée à Nivelles où elle est élue Mère Vicaire, c’est-à-dire, Assistante de l’Ancelle. Elle le reste pendant 15 ans puis, elle part pour le monastère de Namur comme Ancelle. Elle le reste durant 3 ans, démissionnant par humilité. Elle est alors élue Vicaire et le demeure durant 20 ans. Assidue au chœur, exemple de douceur, sachant consoler les découragées, ponctuelle à observer les statuts réguliers. Elle meurt le 28 octobre 1646.

Soeur Maria Corbisier, quant à elle, s’est fait remarqué par son esprit d’oraison.

Sœur Odile Marchant est la propre soeur du père Pierre Marchant, franciscain. Elle prend l’habit au monastère des Annonciades de Nivelles en 1615. Elle cultive un grand amour de la prière intérieure. Elle est tour à tour économe, maîtresse des novices. Elle a le souci de travailler pour la Gloire de Dieu. Elle apparaît comme une  « claire lumière, comme une clarté de plein jour. » Envoyée à Namur comme Ancelle, elle garde cette charge pendant 26 ans. Le monastère de Namur n’est pas terminé de construire quand les sœurs arrivent. Alors, sœur Odile, bien que faible de nature, est la première aux travaux journaliers comme elle l’est d’ailleurs aux prières nocturnes. Vraie servante de ses sœurs, elle a fait « honneur au titre d’Ancelle dans le gouvernement de sa maison ».

Soeur Jacqueline de la Présentation vient du monastère de Herkenrode – certainement une communauté du tiers ordre régulier de St-François. A Namur, elle a la charge de maîtresse de chœur. Exacte dans l’observance du silence : on ne la voit jamais parler dans les lieux réguliers.

Soeur Joanna Caecilia La Fosse a été Mère ancelle durant 3 ans. Elle entraîne ses filles pour que l’office soit une louange parfaite pour l’honneur et la gloire de Dieu. Clouée au lit durant un an – donc absente au chœur – elle n’hésite pas cependant à se plaindre quand des irrégularités sont causées au chœur par inattention… !

Soeur Maria Victoria de Nagi a été Ancelle durant 40 ans. Elle allie fermeté et douceur. Exigeante quant à l’office divin, présente à l’office de nuit comme de jour, attentive à répondre toujours à « la volonté de Dieu » jusque dans la maladie. Elle a reçu 36 jeunes filles à la Profession. Elle meurt le 17 janvier 1703 (?), après 57 ans de profession.

Soeur Joanna de Bibaux a fait preuve de solidité, de fermeté dans les moments difficiles dus à la guerre. Affable avec les autres, fidèle dans l’observance de la Règle, tendre envers les sœurs éprouvées. On peut compter sur elle. Elle meurt le 30 août 1741, à 76 ans, dont 59 de profession.

Soeur Maria a su conjuguer la contemplation avec le service fraternel. Profonde Union à Dieu. Elle a été portière, et « apothicaire » (préparation des médicaments ou infirmière ?). Attirée par Jésus crucifié, elle porte durant certains jours de la semaine une bande de tissus avec 5 pointes d’épingles sur son corps, en mémoire des 5 Plaies du Christ. Elle meurt après une longue et douloureuse maladie, le 17 janvier 1751.

Pendant le supériorat de Marie Corbisier a eu lieu un miracle, par l’intercession de sainte Jeanne. Soeur Jeanne de St-François, née à Verviers, âgée de 18 ans, reçoit l’habit de l’Annonciade. Nous sommes  en 1623. Après 5 mois de noviciat, elle devient progressivement paralysée des membres supérieurs et inférieurs. Les médecins essaient divers traitements, sans résultat, si bien qu’ils suggèrent de la renvoyer dans sa famille qui habite dans les environs d’Aix-la-Chapelle. Là, elle pourrait prendre des bains chauds – la ville étant une station thermale. Les sœurs cependant décident de faire une neuvaine à sainte Jeanne. La neuvaine commence le 6 août 1623. La communauté se réunit à l’infirmerie, redoublant de ferveur. Pendant que l’on chante devant la statue de sainte Jeanne, la malade quitte soudain son fauteuil, et se met à genoux. Les sœurs sont stupéfaites et émues. Puis, soeur Jeanne de St-François prend dans ses bras la statue et la porte à l’église. Là, toute la communauté reçoit la communion

État de la communauté au moment de la fermeture du couvent, mai 1782 : Sœurs de chœur : Sœurs Marie-Agnès Devaux (ancelle), M. -Jospeh Denis (vicaire), M. -Gabriel Werij (discrète), M. -Isabelle Beijboum (discrète), M. -Hiacinthe Denis, M.-Rose Decerf (boursière), M.-Xavier Bourjoix, M.-Angélique Bourjoix, M.-Emmanuel Gilet, M.-Victoire Mouchet, Jeanne-Joseph Cressence Lebeca, Jeanne-Agnès Henriette, M.-Louise Grosseau, M.-Terese Dupont. Converses de chœur : Sœurs M.-Françoise Oversacq, M.-Archange Roggie, M.-Jeanne Guiset, M.-Anne Roggie, Anne-Joseph Moreau, Jeanne-Catherine Delvaux, M.-Ursule Vivet. Sœurs du dehors (tourières) : Sœurs M.-Emmanuel Lufin, Jeanne-Françoise Renard. Novices : Sœurs M.-Éléonore Juliaux, M.-Caroline Pinchart.

 

Sources manuscrites

Archives franciscaines de St-Trond (B), manuscrit A.P.B. M F1, 1b ; Archives Générales du Royaume (Belgique), Comité de la Caisse de Religion 455 ; Archives de l’État (Namur).

 

Sources imprimées

Anne de Rupplemont, Dictionnaire biographique namurois, Namur, 1999.

Carnier M, « Les couvents des annonciades en Belgique », Filles du silence, Musée en Piconrue, Archives Générales du Royaume, Bruxelles), 1998, p 248-261 : moniales du deuxième Ordre de St-François.

Carnier M., « De orde van de allerheiligste Maagd of (Franse) annuntiaten, monasticon », Bibliografische inleiding tot de Belgische kloostergeschiedenis voor 1796, nr. 8, Brussel, 1998. [L’ordre de la Très Sainte Vierge Marie ou Annonciades françaises, Monasticon (Introduction bibliographique à l’histoire des couvents belges, avant 1796 ], Brussel, Algemeen Rijksarchief, [Bruxelles, Archives Générales du Royaume], 1998, 198 p.

Dulière A, Les fantômes des rues de Namur, p.  239 à 244 : Anne de Rupplémont (XVIIe siècle), fondatrice des annonciades de Namur, slnd.

Henneau Marie-Élisabeth, « Nivelles et Namur : deux maisons francophones d’Annonciades aux Pays-Bas méridionaux (XVIIe et XVIIIe siècles) »dans Jeanne de France et l’Annonciade, Cerf, 2004, p. 205. L’auteur donne des indications de sources.

Jacquet-Ladrier Françoise, Destins de Namuroises, Namur 14e – 19e siècle, 1992, p. 20 à 23, Anne de Rupplémont, 1583 ? – 1640.

RHF, tome 4, 1927, p. 267, 268 ; tome 5, 1928, p. 140, 165.

Thyrion Fulgence, Les frères mineurs à Namur, Namur, imprimerie Picard-Balon, sd,  p. 53 à 55, chapitre IX : Les sœurs annonciades à Namur.

 

 

 

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