Bx P. Gabriel-Maria Gravure Daval

Gabriel-Maria vu par ses contemporains 

Interrogeons trois contemporains du père Gabriel-Maria : leurs témoignages nous le rendent réellement proche.

Jeanne de France

Un des principaux témoins est bien sûr sainte Jeanne de France dont il a été le confesseur et le fidèle conseiller. Ses dernières volontés, recueillies par le père Gabriel-Maria lui-même, laissent entrevoir quelques aspects de la personnalité du franciscain.

Pour Jeanne, le père Gabriel-Maria est quelqu’un en qui on peut avoir confiance. Elle le lui dit simplement au soir de sa vie : »Mon père, concernant ceux que je laisse sur terre et en ce monde : je n’ai confiance qu’en vous…. »

C’est aussi quelqu’un qui se donne à fond dans les tâches qui lui sont confiées. Jeanne a pu s’en apercevoir, dès qu’elle lui eut confié son projet  de fondation. Il s’y est donné corps et âme. Elle ne manque pas de le lui dire : « De même, mon père, je vous connais bien. Vous vous donnez entièrement là où vous vous donnez… »

Jeanne nous révèle aussi l’humilité de Gabriel-Maria : « De même, je vous prie de ne pas vouloir devenir évêque ou prélat dans l’Église. Et s’il arrivait que l’on vous en priât, refusez-le de tout votre pouvoir, comme vous l’avez fait dans le passé. » C’est ce qu’il a fait.

En outre, si Jeanne met en garde le père Gabriel-Maria contre la Cour, elle montre par là qu’il était toujours prêt à rendre service, même à ses dépens : « De même, mon père, ne vous mettez jamais à avoir des affaires quelconques à la Cour, ni ailleurs, sauf si ce ne sont des affaires religieuses ou spirituelles, pour le salut des âmes. Vous savez les ennuis, les paroles, les reproches qu’en croyant bien faire on vous a rendus. »

Enfin, la dernière volonté de Jeanne est de rappeler au père Gabriel-Maria ce que lui-même lui a fait garder : excuser toujours. Ainsi, lui dit-elle : « gardez et faites garder à mes sœurs ce que vous m’avez fait garder : c’est de toujours excuser ceux contre qui on parle ». Ce rappel de l’excuse des autres, de la part de Jeanne, nous dévoile encore, d’une certaine manière, un des traits de la personnalité de père Gabriel-Maria : quelqu’un soucieux d’apaiser les conflits, soucieux d’être, là où il vit, un homme de paix. Car, s’il fit garder cela à Jeanne, c’est que, en premier, il le faisait lui-même, en humble imitateur de son père saint François.

Sœur Françoise Guyard

Un second témoin est l’auteur de la Chronique de l’Annonciade, sœur Françoise Guyard, la propre nièce de Gabriel-Maria.

À la lire, le père Gabriel-Maria apparaît comme un homme courageux et persévérant. Il va jusqu’au bout de ce qu’il a commencé. Courageux et persévérant, par exemple, dans la fondation de l’Annonciade pour laquelle « il a souvent eu beaucoup de travail, de labeur et de douleur, exposant sa personne à bon nombre de peines pour le garder et le préserver de plusieurs inconvénients et ennuis. »  Cependant, il a tenu bon, car il était « constant et rempli de charité et d’amour divin » pour Dieu, en qui il avait « mis toute son espérance, sa dévotion et son attente ».

Un autre aspect de sa personnalité, noté par Françoise Guyard, est celui de « père », de « pasteur ». Constatant cette fidélité et ce courage à mener à bien la tâche que Jeanne de France n’avait pu achever, vu son décès prématuré, ses filles se sont appuyées sur lui comme sur un solide rempart. Sans lui, elles auraient été  « comme des brebis égarées, s’il n’en eut pris la garde ». Mais, il a été  pour elles, « comme un bon père et pasteur ».  De plus, il ne s’est pas seulement occupé de leur vie spirituelle, mais aussi de leur vie temporelle, parlant pour elles « avec tous ceux pour qui elles avaient affaires ». Avec elles, il se montrait un père toujours abordable et accueillant, si bien « qu’il n’y avait de si petite et humble sœur qui n’eût recours à lui pour recevoir consolation spirituelle ».

Cependant, cette bonté ne veut pas dire qu’il laissait tout aller. Il savait reprendre et corriger, mais sous le regard de Dieu. Lorsqu’il doit le faire, en effet, il commence d’abord par prier et « après il reprenait et corrigeait, selon le besoin des fautifs ». Il a su allier fermeté et douceur, car, avoue sœur Françoise Guyard, « au demeurant, il était si doux, bon et bienveillant qu’il était le père de miséricorde », ouvrant son cœur paternel à tous ceux qui, ayant mal agi, faisaient appel à ses conseils. Ainsi, il « pardonnait à tous les pauvres égarés qui avaient mal fait, pourvu qu’ils aient le désir de s’amender, car il avait toujours dans le cœur, sur la langue et dans ses œuvres, la miséricorde, car Dieu aime par-dessus tout la miséricorde, comme il est écrit dans l’Évangile ».

Sa miséricorde s’est conjuguée avec la sûreté de son jugement, ayant « une très grande et profonde science, une expérience et une merveilleuse douceur », si bien qu’il « avait la très grande grâce de mettre une conscience en repos et sûreté ». Alors, « celui ou celle qui mettait sa conscience entre ses mains s’estimait bienheureux ».

Enfin, un autre trait, noté par sœur Françoise Guyard, est celui d’un homme assoiffé de Dieu. Et cela a imprégné toute sa vie. Il ne voulait pas perdre de temps dans le service de Dieu si bien qu’il avait « les louanges de Dieu et de sa très digne Mère » en son cœur et dans ses paroles, soit « en allant et venant, mangeant, buvant, parlant et dormant, autant qu’il est possible ». En un mot, son désir « était de toujours chercher comment il pourrait le mieux plaire à Dieu, à sa très digne Mère, amener les autres à leur plaire, et suivre le plus près possible le doux Jésus et sa très digne Mère, ainsi que de se conformer à leur vie et vertus ».

Frère Jean Fillon

Un troisième témoin est le confesseur des Annonciades de Bourges dans les années 1538, le père Jean Fillon. Dans son panégyrique du père Gabriel-Maria, Jean Fillon regrette d’avoir si tard connu ce frère : « j’ai de la douleur quand je considère que j’ai si tard connu et si tôt perdu mon bon père et ami, l’homme selon mon cœur ». Et de brosser un portrait de Gabriel-Maria.

Il le présente d’abord comme un « bon pilier et support de l’Ordre de la Vierge Marie et de l’Ordre de l’humble saint François ». S’il nomme ensuite toutes les vertus qu’il a remarquées chez Gabriel-Maria, il le fait en soulignant que c’est en véritable « père » qu’il les a mises en œuvre dans sa vie. Ainsi, dit-il, « la mort a séparé de nous celui qui était véritablement notre père en âge et religion, le doux, bon et aimable père, père de miséricorde et de toute consolation, le père de savoir et de bon conseil, le père d’aide et de bon confort, le père de justice et d’équité, le père de tempérance, de force et de prudence, le père établi sur la ferme pierre de Jésus-Christ et de la foi catholique, ne s’égarant pas, le père de vraie espérance en la bonté divine et en ses saintes promesses, et par-dessus tout, le père plein de charité et embrasé d’amour envers Dieu et son prochain ».

Le trait de la personnalité de Gabriel-Maria, sur lequel Jean Fillon insiste le plus, c’est la mansuétude, c’est à dire, la bienveillance. En effet, dit-il, si le père Gabriel-Maria était  « paré de toutes vertus, il fleurissait néanmoins en grâce, spécialement en grâce de mansuétude ». La mansuétude, qui est une bonté compréhensive, a pris divers aspects chez le père Gabriel-Maria, l’aspect de la douceur, de l’amabilité, de la condescendance. Il était « aimable, affable envers chacun, aimable en tout »,  dit encore Jean Fillon. Et de confier aux Annonciades combien cette bienveillance, qu’il cultivait en son cœur, transparaissait dans ses paroles. Car, poursuit-il, « qui est celle d’entre vous qui entendit échapper et sortir de sa bouche un son de dénigrement, des paroles bouffonnes, inconvenantes, préjudiciables à autrui, d’orgueil, de bavardage, d’envie et de gloire ? Qui est celle qui l’a surpris à juger témérairement les actes des autres ou y consentir ? » Et de conclure : « Assurément,  il a été le fidèle et prudent serviteur qui a veillé soigneusement sur la garde de ses cinq sens ».

Ici, Jean Fillon laisse entendre que le père Gabriel-Maria a dû veiller sur son cœur et mettre en œuvre en sa vie cette autre vertu qu’est la maîtrise de soi. Ce qui l’a rendu disponible aux autres, puisque dépouillé de lui-même, et aussi compréhensif. Il accueillait tous ceux qui avaient besoin de ses conseils, tous ceux qui souffraient dans leur cœur ou dans leur conscience. « Qui est celle qui, troublée d’ennui, de tristesse, ou pénitente, de par sa Profession, ne l’a jamais quitté sans ramener bon conseil et consolation ? Qui est celle, tellement agitée ou tourmentée par les aiguillons des tentations, à qui il ne donna à connaître la racine et le remède pour y résister ? »  Sa clairvoyance en matière de vie spirituelle et de cas de conscience était notoire. Jean Fillon le rappelle : « par son savoir et son expérience, il pénétrait et explorait toutes les cachettes des secrets de conscience …. « 

La bienveillance du père Gabriel-Maria a été comme la marque distinctive de sa grande charité envers tous, et particulièrement, envers les plus faibles. Ainsi, dit encore Jean Fillon, « si je voulais parler de sa grande charité et pitié, un livre  me faudrait, car par pitié, il recevait tous les affligés et les fautifs, et par charité bienveillante il les réconfortait et les pardonnait de leurs fautes, plus désireux d’être accusé de miséricorde que de rigoureuse justice, imitant en cela le Père Tout-Puissant de Miséricorde qui a dit : Bienheureux, les miséricordieux ».

BX P. Gabriel-Maria, écriture

Ecriture de Gabriel-Maria

En cela la Vierge Marie a été son guide….

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