Voici l’homélie prononcée à Brucourt, le 8 février 2015, par le Père Olivier Ruffray, recteur de la Basilique Sainte Thérèse à Lisieux :

FETE DE SAINTE JEANNE DE FRANCE MONASTERE DE L’ANNONCIADE DE BRUCOURT DIMANCHE 08 FEVRIER 2015

L’Evangile des Béatitudes conduit votre vie de religieuses dans l’Ordre de la Bienheureuse Vierge Marie. Comme elle et avec elle, le Seigneur Jésus vous donne d’avancer sur ce chemin de liberté qui vous fait devenir par sa croix, les épouses de l’Unique époux, les filles bien-aimées du Père comme il était dit à l’instant dans la Lettre aux Colossiens, vous qui avez étét choisies par Dieu, pour laisser l’Esprit Saint déployer en vous, les sentiments, les attitudes, les vertus dont parle saint Paul : la compassion, la bienveillance, l’humilité, la douceur, la patience, la miséricorde, la reconnaissance, la louange qui établissent le cœur dans la paix et conduisent à l’amour, par la Parole de Celui qui s’est fait chair. Vous vous laissez conduire ainsi dans l’Espérance qui traverse le Livre d’Isaïe et qu’illustre la vie de votre fondatrice, Sainte Jeanne de France.

La docilité et l’obéissance à la Vierge Marie

Vous portez, mes sœurs, sur votre cœur, la médaille de la Vierge Marie. Vous êtes comme attachées à elle, pour lui parler dans ce cœur à cœur qui libère en vous sa douceur maternelle et vous imprègne de sa docilité. L’obéissance dont le nom en grec signifie « écouter de part et d’autre » vous fait entrer dans le vouloir de Jésus, par le vouloir de la Vierge Marie. Faire plaisir à Marie, voilà votre vocation, selon la parole de la Vierge à sainte Jeanne lorsqu’elle a cinq ou sept ans : « Avant ta mort, tu fonderas une religion (un ordre religieux) en mon honneur et ce faisant, me fera grand plaisir et service. »

Quel service de Marie ? Le service de Marie en tant qu’elle est « La sainte Mère du Rédempteur » comme le chante l’hymne de l’Aima Redemptoris mater. L’ordre de la bienheureuse Vierge Marie participe de cette œuvre du Salut voulue par Dieu, accomplie par le Christ-Rédempteur, dans le mystère pascal parce que l’Annonciade est le désir de la Vierge Marie, en sa fondation.

Ainsi mes sœurs vous participez à l’œuvre de salut du monde comme nous le disons dans l’Eucharistie : « pour la gloire de Dieu et le salut du monde. » Selon encore l’intuition de Sainte Jeanne de France, à propos des futures sœurs : « Qu’elles vivent de la vie de Marie. Pour l’honneur et le plaisir de Dieu et pour le salut du monde. »

La Passion du Christ

La vie de sainte Jeanne de France s’écrit à l’ombre de la Croix. Fiancée au berceau, trois semaines après sa naissance avec son cousin seulement âgé de deux ans ; mariée à l’âge légal de 12 ans; sans que ni Jeanne ni Louis son mari ne manifestent un quelconque intérêt l’un pour l’autre alors que tout les sépare ; écartelée entre un mari ambitieux d’un côté, et son frère devenu roi à 13 ans, sous le nom de Charles VIII, et sa sœur Anne de Beaujeu, régente, au milieu des intrigues de la cour ; humiliée par le vagabondage de son jeune époux ; blessée jusque dans sa chair par une claudication qui la fait souffrir, Jeanne de France comprend avec le cœur, de l’intérieur, dans l’expérience même qu’elle en fait tout au long de sa vie, la profondeur de la passion du Christ qui l’attache résolument à l’Amour du Bien-aimé qui offre sa vie « en rançon pour la multitude » comme l’exprime la prière eucharistique.

L’Eucharistie, source féconde de charité

La vie de Jeanne nous fait penser à Saint-Paul et nous donne de chanter l’hymne aux Corinthiens : « J’aurais beau parler toutes les langues de la terre, me faire brûler vif… S’il me manque l’amour, je ne suis rien… »

Par sa vie toute imprégnée de l’exemple familial de l’idéal franciscain ; irriguée par une vie pieuse, initiée à la prière du cœur dès son plus jeune âge, loin de la Cour, Jeanne prend soin de son époux lorsqu’il se retrouve en prison en 1488 pour trois années. Avec abnégation,privée de ses biens, elle dépense le peu qu’elle possède pour améliorer la vie recluse de son mari, Louis d’Orléans qui ne la considère pas davantage pour autant.

La vie de charité de Jeanne se déploie encore lorsqu’à la mort de son frère Charles VIII en 1498, (son époux Louis, devenu Louis XII, et Jeanne devenue par le fait, Reine de France), le nouveau Roi la répudie et fomente, pour obtenir la déclaration en nullité de son mariage qui lui permettra au terme d’un procès inique, d’épouser sa belle-sœur, Anne de Bretagne. La Reine Jeanne de France, devenue alors duchesse de Berry, gouverne son duché avec fermeté et se préoccupe de justice, d’éducation, secourant les miséreux et reprenant les couvents déviant de leur vocation première.

Vivre comme la Vierge Marie, selon la Parole de Dieu

Nous lisons dans la règle de l’Ordre de la bienheureuse Vierge Marie : « La sœur qui est de Dieu écoute la Parole de Dieu. » Vous vous nourrissez mes sœurs, de la Parole de Dieu qui est Vie.

Vous vivez de l’imitation de la Vierge Marie, selon ce que la Parole de Dieu nous en révèle, à travers les dix épisodes de la vie de la Vierge Marie qui ponctuent votre réponse d’amour à l’amour de Jésus, votre unique époux comme nous le rappelle le Livre d’Isaïe que nous venons d’entendre.

Lorsque nous lisons dans la chronique de Sainte Jeanne de France : « Ainsi mes sœurs n’auront à suivre que la Vierge Marie et sa vie rapportée au saint Évangile », quelques siècles plus tard, le 21 août 1897, Sainte Thérèse de Lisieux exprime la même intuition à Mère Agnès: « Pour qu’un sermon sur la Sainte Vierge me plaise et me fasse du bien, il faut que je voie sa vie réelle, pas sa vie supposée ; et je suis sûre que sa vie réelle devait être toute simple. On la montre inabordable, il faudrait la montrer imitable, faire ressortir ses vertus, dire qu’elle vivait de foi comme nous, en donner des preuves par l’Évangile où nous lisons : « Ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. » Et cette autre, non moins mystérieuse : « Ses parents étaient dans l’admiration de ce qu’on disait de lui » (CJ 21.8.3).

La présence de la Vierge Marie dans vos cœurs, irrigués par la Parole de Dieu dont Thérèse dit à sa sœur Céline : « La Parole de Dieu, il me semble que c’est Jésus », la présence de la Vierge Marie donc, ainsi que la Vie qui coule de la Parole de Dieu dans vos cœurs, vous donnent d’avancer avec confiance, dans l’observance joyeuse et décidée des dix plaisirs ou vertus qui révèlent en vous, l’Amour-source du Dieu trinitaire qui désaltère : la pureté, la prudence, l’humilité, la foi, la louange, la compassion, la charité, la patience, la pauvreté, l’obéissance. Autant d’attitudes évangéliques qui vous accordent, dans l’Esprit Saint, au cœur de Dieu comme les cordes le sont à la cithare et que reprenait à l’instant, la lettre de saint Paul aux Colossiens toute orientée vers le Christ.

Finalement, faire plaisir à Marie fait plaisir à Jésus ! Selon la parole de la Vierge Marie révélée au cœur de Jeanne lorsqu’elle a cinq ou sept ans ; et selon le Prologue de votre Règle qui vous invite à « Plaire parfaitement à votre époux (le Christ) par l’imitation de la Vierge. » Là, Jeanne de France et Thérèse de Lisieux se rejoignent, elle qui ne voulait rien moins que « Faire plaisir à Jésus » et qui écrit dans sa dernière poésie « Pourquoi, je t’aime au Marie », tout l’amour qu’elle a pour la Vierge Marie dont elle nous dit qu’elle est « Plus mère que Reine. »

La vie, l’œuvre et le message de sainte Jeanne de France qui vécut au XVème siècle, sont étonnement d’une grande actualité. Ils font écho à ce que récemment le Pape François appelait « La joie de l’Evangile . » Puissions-nous, chacun, pour le monde de ce temps et selon l’état de vie qui est le nôtre, « Plaire à Dieu par la Vierge. » Amen.

Brucourt, le 08 février 2015 Père Olivier Ruffray Homélie pour la fête de Sainte Jeanne de France

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