Anvers3

Ancien monastère de l’Annonciade, Anvers. Aujourd’hui : Temple protestant.

Juridiction des Frères Mineurs

Notice

Dès 1604, des tentatives sont faites par le monastère de Louvain pour fonder un nouveau monastère de l’Ordre à Anvers. Le 31 décembre 1607, les magistrats de la ville donnent un avis favorable ; l’accord définitif est daté du 5 août 1608. La fondation d’Anvers s’est faite avec l’appui du provincial franciscain Sedulius.

Le 21 octobre 1608, sept sœurs partent de Louvain pour Anvers. Le provincial Sedulius leur trouve une maison de location, au Marché au Lin, où elles vont résider neuf mois, le temps de la construction de leur monastère dont plusieurs personnes s’occupent.  La chronique du monastère indique les noms du commissaire ­général Neyen, du confesseur Anthonius Van Panteghem et du commerçant Joris Moeckenborch, beau‑frère de la mère ancelle Josina de Smit. Le monastère se situera dans la Winkelstraat. Avec la permission du commissaire général,  trois  sœurs,  accompagnées de dignitaires séculiers et religieux, se rendent, le 4 avril 1609, à cet endroit et le jugent convenable. On procède peu après à l’achat du terrain. Le 7 juillet 1609, les sœurs peuvent occuper leur nouveau monastère, et le 18 octobre le bâtiment est suffisamment achevé pour que l’on puisse procéder à l’établissement de la clôture.

La nouvelle fondation a lieu à une époque où Anvers se relève à peine des ravages des guerres de religion. C’est la période dite de la Contre Réforme ; le clergé catholique met alors tout en œuvre pour rendre confiance aux fidèles ébranlés dans leur foi.

Le monastère connaît immédiatement un grand rayonnement. Dans la première décennie de son existence, il reçoit  65 novices. Aussi, il pourra devenir fondateur des monastères de Bruxelles (1616) et de Düren (1628).

Le monastère, qui se recrute en partie parmi la noblesse d’Anvers et de Bruxelles, est bien doté à ses débuts. A partir de 1614, Balthasar I Moretus, cousin de Johanna et Martina Moerentorf ou Moretus, fut le « père » de la communauté, c’est-à-dire le principal bienfaiteur ; à ce titre donc, il pourvoie aux besoins matériels des religieuses. Mais d’autres familles de novices ou de sœurs sont généreuses en dots ou en aumônes. En 1616, on commence la construction de l’église conventuelle, après que les archiducs Albert et Isabelle en ont posé la première pierre, l’année précédente. Wenseslas Coeberger, architecte des archiducs, trace les plans. L’évêque Malderus consacre l’autel principal, le 21 juillet 1620. La construction du monastère demeure cependant une lourde charge financière, de sorte que, le 15 mai 1628, l’archiduchesse fait un don de 1000 florins au monastère.

En 1628, le chanoine Spitholdius confie au monastère les reliques de la tête du Saint-Just, qui doit cependant retourner à Zutphen, leur lieu d’origine, dès que le culte catholique y sera rétabli car en ces années la guerre des « Gueux » fait rage.

Les mères Ancelles qui se sons succédées de 1609 à 1784 ont été ensevelies dans l’enceinte du monastère. L’église a belle allure. On peut y lire une inscription murale laissée à la méditation des visiteurs : « Ici le droit fut maître : on trouve côte à côte le maître et le serviteur, le fou et le sage, l’adolescent et le vieillard, le paysan et le noble, le savant et l’ignorant, le riche et le pauvre… Ici tout repose ; si riche, beau ou noble qu’on soit, les uns ne sont pas plus estimés que les autres ».

Une copie d’un manuscrit provenant du monastère de Tirlemont donne de précieux renseignements sur la première Ancelle de l’Annonciade d’Anvers, soeur Josina de Smit qui a une sœur, Anna. Toutes deux, nièces de soeur Catherine Daneels, du monastère de Louvain. Catharina et Anna sont entrées à l’Annonciade de Louvain. Anna, en 1608, est envoyée à Nivelles et Josina à Anvers comme première ancelle. La Bse Anne de St-Barthélémy, carmélite, qui n’a pourtant jamais vu soeur Josina mais connaissait sa renommée, « aimait et estimait tellement cette mère Ancelle à cause de ses vertus qu’elle désirait souvent recevoir et sucer l’esprit de la Mère Josina ». Sa fiche nécrologique laisse transparaître un être exceptionnel, c’est-à-dire fort dans la foi, la charité envers Dieu et son prochain, vivant sous la mouvance de l’Esprit de Dieu. On raconte « qu’une fois la communauté fut en grande nécessité… Il n’y avait ni pain, ni de l’argent pour en acheter… la soeur économe courait en pleurant chez la Mère Ancelle et lui demandait de ne pas sonner pour le réfectoire puisqu’il n’y avait pas de pain à manger. Mais cette digne femme n’était pas du tout embarrassée et disait : le Seigneur y pourvoira. Et se jetant à genoux avec beaucoup d’humilité et de confiance, elle priait le Seigneur de ne pas oublier celles qu’Il avait assemblées pour Le louer. Elle était tout à fait ravie en esprit et quand elle fut revenue à elle, elle voyait devant elle, à terre, une pièce d’or de 10 florins. Étant une autre fois en grande nécessité, elle priait de nouveau et aussitôt il se présentait un beau jeune homme qui lui passait une bourse pleine d’or et d’argent, disant : Cela vous est accordé par le Seigneur ; louez et remerciez-le toujours. Après quoi, il partait. Les sœurs tourières le suivaient puis tout d’un coup il disparut de leurs yeux et tout faisait soupçonner que c’était un ange du Seigneur…. ».

Le 28 juillet 1630, Mère Josina d’Anvers  écrit à soeur Anna Niellant, Ancelle de Tirlemont. Dans cette lettre Mère Josina dit comment, à Anvers, on dirige les sœurs novices. « Je désire, toujours de la maîtresse qu’elle garde et instruise bien les novices et jeunes sœurs dans l’humilité, la simple obéissance et la charité…. qu’elle inspire aux novices et jeunes sœurs l’amour et l’affection pour notre Saint Ordre, Règle, Statuts et ordonnances, qu’elle les leur fasse bien connaître et comprendre ». Elle reste à la disposition de l’Ancelle pour lui donner, si besoin est, d’autres renseignements. Elle lui dit aussi – son monastère doit être dans la gêne – que si elle pouvait acquitter toutes les dettes du monastère, elle le ferait mais Anvers est également assez pauvre. Elle lui dit : « nous avons bien compassion avec vous car nous sentons en nous-mêmes combien l’esprit peut souffrir d’une trop grande pauvreté. Nous prierons l’une pour l’autre, c’est tout ce que nous pouvons faire. Pourrions-nous acquitter toutes vos dettes, nous le ferions volontiers car je préfère donner que recevoir… ». Ensuite, elle écrit : « Oui, nous ferons imprimer la Sainte Règle en latin, les Bulles, la vie de notre Sainte Fondatrice et de notre Bienheureux Père Gabriel-Maria. Les savants disent que par là notre Saint Ordre et notre Sainte fondatrice se feront connaître par tout le monde. Aussi se sera une consolation pour nous toutes puisqu’on ne sera plus obligé de faire copier (ces ouvrages) et de faire signer…. ».

Anvers1

Intérieur de la chapelle.

Mère Josina a été ancelle durant 30 ans ; elle a reçu 100 novices. Elle est décédée le 6 juillet 1638.

Pour prévenir la suppression imminente de leur monastère, vu le contexte politique en ces années 1780, les sœurs ouvrent, le 3 février 1782, sur les conseils de l’évêque Wellens, une école pour les pauvres, mais le monastère est tout de même supprimé le 6 mai 1784 ; les religieuses sont expulsées à la fin du mois de juin. L’inventaire des biens du monastère supprimé est fait par Joseph François de Liagre. Le 24 mai 1784, le procureur général J.E. Van Gastel est venu leur annoncer la décision. A cette époque la communauté compte 24 sœurs de chœur, 4 sœurs converses, 9 sœurs externes, donc : 36 religieuses. Dans le rapport du substitut, procureur général de Brabant, concernant la suppression du couvent des Annonciades d’Anvers, il est écrit : 21 religieuses, 13 sœurs converses et 2 novices, ce qui fait également 36.

Le 6 août 1784, a lieu la vente des meubles et du mobilier. Le 30 novembre suivant, le mobilier de l’église est vendu à son tour. Le 3 janvier 1785, vente des tableaux de l’Église qui, avant cette date, est déjà utilisé comme caserne pour les soldats autrichiens. Des mangeoires sont installées dans la sacristie pour les chevaux, le réfectoire sert de boulangerie pour la garnison. D’autres parties du couvent sont louées pour en tirer des revenus, tels la buanderie, le potager.  En 1787, lors de la révolution brabançonne, la Mère ancelle, Catharina Herckelbout, a encore quelque espoir. Elle écrit aux États Brabançon et espère. Mais lorsque la révolution française atteint le pays, elle comprend qu’il n’y a plus d’espoir. Le 22 juin 1798, le monastère est mis en vente publique. Mais aucun acheteur ne se présente à cause de l’importance des bâtiments. Le tout est donc remis à la disposition de l’armée. L’église devient en 1821 un temple protestant. En 1818, il y a encore, dans le monastère, trois sœurs.

Pour terminer, voici l’inscription d’une page de garde d’un livre de comptes provenant du monastère des annonciades d’Anvers. L’ouvrage se trouve aux archives du Royaume de Belgique, à Anvers. « Il plaît énormément à Dieu d’accueillir des filles dans la sainte religion, mais non moins de faire partir en paix celles qui n’y sont pas aptes. Deus meus et omnia. En cueillant les dix fruits décrits dans notre sainte Église, nous vivrons selon la volonté de Dieu et selon notre sainte profession. Notre Bse Mère Jeanne trouvera son plaisir en nous si nous faisons et supportons beaucoup pour Dieu, pour sa Mère et pour notre vertu…. ». En 1810 Napoléon cède à la ville tous les édifices occupés par l’armée afin qu’elle puisse y installer les services publics. L’Église des annonciades après la chute de Napoléon à Waterloo, est remise par la ville à la communauté protestante.

Situation du monastère : Lande Wiinkelstraat, et Kleine Kauweuberg.

Sources manuscrites

Archives Générales du Royaume, Bruxelles, Comité de la Caisse de Religion : Manuscrit 316, procureur général de Brabant, au sujet de la suppression du couvent des annonciades à Anvers, 1784.

Bibliothèque Royale de Bruxelles : manuscrit II 337, Chronique des annonciades d’Anvers.

Archives franciscaines de Saint-Trond, versées au Kadoc (Université catholique de Louvain).

Sources imprimées

 Sans auteur, « Les anciens temps, l’église des annonciades », Gazette d’Anvers, 23 septembre 1934.

Baudouin Franz, « Balthasar I Moretus Gheestelyck vader, en zijn verwanten, begunstigers van de Antwerpse Annuntiaten », De Gulden Passer, jrg  74 (1996), p. 132-155. [Balthasar I Moretus, père spirituel, et sa famille, bienfaiteurs des annonciades d’Anvers]

Carnier M., « Les Couvents des annonciades d’Anvers  et de Bruxelles, enfants de la Contre-Réforme », dans Jeanne de France et l’Annonciade, Cerf, 2004, p. 223.

De Pooter Herman, « L’église des annonciades », Xuvintet, 25 octobre 1994.

De Wilt A., sj, « Enkele leden van de famille Plantin en de Annuntiaten », [Certains membres de la famille Plantin et l’Annonciade], De Gulden Passer, 38e jaargang, Antwerpen, 1960, p. 140 à 151.

Épitaphes et mémoires historiques, province d’Anvers, t. 6, p. 66, sd.

Prims Fl. Antwerpiensia, Tom. 9, Anvers, 1935, Pag. 366-373 : Geschiedenis der Annonciaden te Antwerpen. [Fondation des annonciades d’Anvers]

RHF, tome 4, 1927, p. 265, 266, 267 ; tome 5, 1928, p. 140, 165.

Sans auteur, « Les anciens temps, l’église des annonciades », Gazette d’Anvers, 23 septembre 1934.

Slnd, Antwerpen, Klooster der Annuntiaten, Namen der religieusen van het clooster der annuntiaten binnen Antwerpen (p.60 à 66) ; Uyt dit clooster van Antwer pen syn Voordsgekomen de cloosters der annuntiaten van Venlo, Brussel en Dueren (p. 66) ;  Namen der religieusen die tydens de vernietiging van het klooster 1783, nog in Leven Waren (p. 67). [Couvent des annonciades, Noms des religieuses du couvent des annonciades à Anvers (p. 60 à 66) ; De ce couvent d’Anvers sont issus les couvents des annonciades de Venlo, Bruxelles, Düren (p. 66) ; Nom des religieuses qui, au moment de la fermeture du couvent en 1783, étaient encore en vie, p. 67] Les archives du  monastère des annonciades de Thiais possèdent la photocopie des pages 60 à 67.

Vandewiele L.J. Dr, « Hoe de zusters Theresianen van Brugge en de zuzters Annuntiaten van Antwerpen rond 1600 krankzinnigen behandelden, Destelbergen (Belgique), s.d. [Comment les sœurs thérésiennes de Bruges et les sœurs annonciades d’Anvers, vers 1600, traitaient les malades mentaux] » Kring voor de Geschiedenis van De Pharmacie in Benelux [Cercle Benelux d’Histoire de la Pharmacie, Bulletin n° 74, septembre 1988, p. 4sv. Cet article est en ligne.

 ***

Share This

Recevez notre Lettre Info

Vous recevrez les informations, les nouvelles de l'Ordre de l'Annonciade et de chacun de ses monastères.

Vous vous êtes inscrit à notre Lettre Info avec succès