Icône, Notre-Dame des Douleurs  Toute vie humaine est traversée d’épreuves. Comment en faire non pas un chemin de mort, mais de vie ? L’offrande de nos épreuves à Dieu, dans la prière peut être une force qui nous fait rester debout malgré tout. L’offrande de nos propres épreuves certes, mais aussi l’offrande de celles des autres. Fixer nos regards sur Elle, Notre-Dame du Vendredi Saint, regarder Celle qui compatit aux souffrances du Christ, peut être aussi une force pour nos existences parfois si éprouvées. Il est bon de s’arrêter un moment sur le « Stabat » de la Vierge, un « Stabat » longtemps préparé, comme l’a si bien vu le père Bernard, dominicain, avec qui nous allons méditer grâce à son beau texte sur la compassion de la Vierge, tiré de son livre Le Mystère de Marie. 

     En effet, selon l’auteur, la Vierge a dû avoir très tôt un «pressentiment aigu et douloureux» des douleurs du Christ. Les événements de l’enfance en sont comme une lointaine préparation «Massacre des innocents, fuite en Égypte, recouvrement au Temple, vie cachée, tout concourt, tout succède terriblement». Les années passent et cela ne quitte pas son cœur. L’évangile nous dit que «Marie retenait tout cela dans son cœur» (Lc 2, 19 et 51). Tout cela est comme « une de ces blessures au cœur qui ne se cicatrisent jamais. » Marie avancera dans la foi pure avec en elle cette pensée, « pénétrante et déchirante comme la pointe d’un glaive » que la vie de son Fils est menacée.

     À mesure que les années passent, le cœur de Marie entre dans la compréhension de la vie de Jésus, son enfant. Elle accepte, elle consent, elle coopère même, elle semble même devancer l’Heure. Ainsi, aux noces de Cana, devant le manque de vin, elle fait signe à Jésus : «Ils n’ont pas de vin». Et Jésus de répondre : «Femme, que me veux-tu, mon Heure n’est pas arrivée ?» (Jn 2, 4). Mais Marie a compris. Elle reconnaît son Heure, à Lui, et sait, grâce à sa foi, que Jésus va répondre. Ainsi, elle dit : «Faites tout ce qu’il vous dira» (Jn 2, 5) Et Marie s’engage, à sa manière à elle, dans la mission de son Fils. Elle perçoit le but qu’il poursuit, et les incompréhensions qui en découlent et qui le font souffrir. Elle saisit ce qui est en cause : la vie des hommes, de tous les hommes, notre destiné à tous. « Elle se tourmente et se dépense avec Jésus pour nous, elle porte avec lui dans son cœur de Mère le poids de tous les espoirs et de tous les risques spirituels du genre humain. »

     Mais, la Vierge ne devra pas rester comme à l’extérieur des choses concernant son Fils et sa mission. Il lui faudra en quelque sorte y entrer, s’y unir et pas seulement intérieurement, mais aussi physiquement, être là, présente. Et sa présence, auprès du Christ mourant, l’attachera pour ainsi dire à la croix avec Lui. «Nous la verrons lui devenir conforme dans la mort et en quelque sorte attachée avec lui à la croix» (Phil., 3, 10 ; Gal., 2, 19).

     Car la mission de Jésus lui-même n’est pas de se soucier spirituellement de notre destin mais de se donner corporellement, de se livrer tout entier jusqu’à l’extrême, jusqu’à mourir pour que nous ayons la vie. Et sa Mère est là, près de Lui, corporellement, quand il meurt. Elle l’accompagne jusqu’au bout, et sa foi approuve. Au pied de la croix, comme à l’Annonciation, elle n’est que oui.

     La Vierge souffre des souffrances de son Fils ; on peut même dire qu’elle souffre ses souffrances. Mais, elle reste «debout» ; elle reste auprès de Lui. Les douleurs du Fils se réfléchissent dans le Cœur de la Mère. Elle est là, silencieuse, aimante. Souvent, aux personnes traversées par de dures épreuves, une simple présence, une présence de communion, peut apporter un réel réconfort. Car, sentir auprès de soi, lorsque nous sommes dans telle ou telle épreuve, une présence paisible et attentive, une présence compréhensive, cela n’enlève pas ce que nous avons à souffrir, mais cela donne de la force, cela permet de rester « debout » en soi-même.

     La Vierge, au pied de la croix, s’abandonne entre les mains du Père puisque à la Croix la Vierge en son cœur, en son esprit et son intelligence, vit tout ce que vit le Christ à cette Heure et le Christ s’abandonne, à cette Heure, entre les mains du Père : «Père, entre tes Mains, je remets mon esprit» (Lc 23, 46). En effet, la Vierge est entièrement «associée à tout le mystère qui s’accomplit» (Bossuet) sur la croix, mystère de vie. Car, c’est bien un mystère de vie qui s’accomplit au moment où meurt le Christ : «La mort est morte» chante la Liturgie de la Fête de la Sainte Croix, le 14 septembre. Et depuis cette Heure, celle du Calvaire où notre destin de mort a basculé vers la vie, ce même mystère de vie, s’accomplit en tout malade, en tout mourant, en toute personne qui souffre, en la vie de toute personne. Mais c’est dans la nuit, c’est dans la foi.

     Comme la Vierge est unie à ce que vit son Enfant, de la crèche à la croix et après la croix, la compassion nous unit à ce que vit notre prochain ; et la prière nous y associe vraiment car la prière nous fait solidaires de nos frères. Comme l’écrivait le Pape Pie XII dans son encyclique sur la Communion des saints : «Toutes les prières, même les plus privées, ne manquent ni de valeur ni d’efficacité, et contribuent même beaucoup à l’utilité du Corps mystique dans lequel rien de bien, rien de juste n’est opéré par chacun des membres qui, par la communion des saints, ne rejaillisse aussi sur le salut de tous.» Quelle espérance!

     La compassion nous fait éprouver en nous-mêmes un sentiment de fraternité humaine qui nous pousse à la vraie charité envers notre prochain, quel qu’il soit. On devient proche de l’autre. L’Évangile insiste sur cette notion de proximité (d’où vient le mot prochain d’ailleurs), non pas seulement une proximité culturelle, sociale, religieuse etc. mais aussi et surtout cette proximité avec le prochain, quel qu’il soit, que l’événement met sur notre route.

     Compatir, à l’exemple de la Toute Compatissante, c’est être là, près de celui qui souffre, c’est être avec lui, le porter dans notre cœur, à l’exemple du Christ qui a porté le poids de nos vies. Cela, on ne le réalise pas d’un coup. C’est un chemin. La méditation de la vie du Christ en son Évangile nous montre ce chemin, nous y fait pénétrer. Cette méditation, si on y est fidèle, transforme le cœur doucement, l’ouvre aux choses de Dieu comme aux choses des hommes.

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