Juridiction des Frères Mineurs

Notice

Bruxelles

Plan de l’ancien monastère des Annonciades

Le monastère de Bruxelles est fondé par celui d’Anvers. En août 1616, le provincial franciscain choisit les sœurs fondatrices : ce sont les  sœurs Sara de Licht, Catharina van Dieffelt, Catharina de Spira, Clara Vander Haeghen, Françoise le Comte, Joanna Pecquius, Catharina Bilt.  Après ce choix, la mère ancelle d’Anvers convoque les sœurs et leur annonce qu’elles sont désignées pour aller fonder le nouveau monastère. C’est le 19 août 1616, en la fête de Saint Louis. Sur le champ, on commence les préparatifs pour le départ : lessive, raccommodage des habits etc…

Les sœurs fondatrices, sur ordonnance du provincial, élisent pour ancelle du nouveau monastère bruxellois sœur Sara de Licht. Après l’élection de l’ancelle, il y a celle de l’assistante, Catharina van Dieffelt, et celle des conseillères, les sœurs Catharina de Spire, Clara Vander Haeghen, Françoise Le Comte, Joanna Pecquius.  Après la bénédiction du provincial toutes les sept vont visiter la chapelle de Notre-Dame de Montaigu afin de demander à la Vierge la force ; là, elles renouvellent leurs vœux entre les mains de leur nouvelle ancelle. Après quoi, revenues dans leur monastère d’Anvers, elles ont pris place à la table de la mère Ancelle et ont eu la permission de parler, au repas du midi. Après le repas du soir – repas d’adieu – toutes ont dit leur coulpe, c’est-à-dire, leurs manquements, et sollicité les prières de la communauté. L’Ancelle leur a fait une admonition, puis leur a donné à chacune leur emploi qu’elles auront à assumer dans leur nouveau monastère.

Le lendemain, 31 août, jour du départ. Toute la communauté se rassemble à la porte de la clôture pour les adieux. Les partantes ont embrassé leurs sœurs, non sans pleurer ! La porte de clôture s’ouvre et le Père provincial, assistant au départ, donne la permission de sortir. Avec les sept partantes, se sont jointes une postulante Maria Bosschaerts, future soeur externe,  Marguerite Peeters, future sœur converse, ainsi que soeur Françoise  Haenecart, une soeur externe du couvent d’Anvers. Deux voitures : une pour les sœurs, une pour les Pères, dont le provincial,  et les personnes laïques les accompagnant. Première halte : Malines. Elles sont hébergées dans la partie hors clôture des Clarisses de la ville.

Le lendemain, 1er septembre, elles repartent et arrivent à Bruxelles,  dans la maison louée. Le Père Andreas a Soto et leur aumônier les y attendent. Dès leur arrivée, ils les conduisent au chœur pour chanter le Te Deum Laudamus et le Veni Creator. Ensuite, le commissaire général Andreas a Soto et le provincial entrent en clôture pour accueillir l’ancelle et sa communauté. Le Père Andreas a Soto qui est espagnol et qui ne parle pas le néerlandais, a comme interprète le Père Provincial. Les sœurs avec révérence ont baisé le bord du manteau du père Andreas car il représente, en tant que commissaire, le Ministre général. Les pères rentrent à l’aumônerie pour prendre leur repas et les sœurs vont au réfectoire prendre également leur repas. Ensuite, le père commissaire est revenu et leur a montré toute la maison. Le lendemain, 2 septembre, le père commissaire-général est revenu dire la messe et donner la communion aux religieuses.

Dans un premier temps, les sœurs sont donc installées dans une maison louée, et cela,  jusqu’au 5 novembre 1617, date à laquelle elles font leur entrée dans le monastère « de la porte de Louvain », ancienne maison du comte de Vertaing. L’achat de l’immeuble s’est fait sur l’initiative conjuguée du frère mineur  François  Vanden   Broecke  ou  Paludanus, à  l’époque   confesseur  des  Annonciades, et du marchand anversois Joris Moeckenborgh, un des amis spirituels du monastère anversois. La maison est achetée le 29 août 1617. A la même époque, les religieuses acquièrent encore six maisons attenantes et une grande cour avec habitation. La fondation peut aussi compter sur le soutien de familles importantes, telle la famille de Pierre Peckius, chancelier du Brabant, qui a épousé Barbe Boonen, la sœur de l’évêque de Gand et futur archevêque, Jacob  Boonen. Leur fille Johanna est déjà entrée chez les Annonciades d’Anvers et elle fait partie des fondatrices du monastère de Bruxelles. De plus, les Archiducs soutiennent financièrement le monastère, dans ses débuts.

L’archiduchesse Isabelle pose la première pierre de l’église du monastère, le 5 mai 1620. Mais, par manque de moyens financiers, il faudra attendre le 24 juin 1627 pour voir l’église, construite selon les plans de Francquaert et Coeberger, consacrée par l’archevêque Boonen. A partir de 1622, on construit aussi, en diverses étapes, un tout nouveau monastère.

Pierre Peckius est enterré en 1625 dans l’église des Annonciades. C’est lui, ou sa veuve, qui a commandé chez Rubens la peinture  « Les  trois Mages ». Peinte aux alentours de 1626 et, elle est exposée dans l’église du monastère, au-dessus du maître-autel. Le tableau est vendu au roi de France, en 1777, par les Annonciades, pour une somme de 14000 florins, ainsi qu’une copie. Le tableau se trouve aujourd’hui au Louvre.

Autres notables enterrés dans l’église : Léon J. De Pape, le président du Conseil privé, mort en 1685, et Gérard François Balthazar de Villegas.

Quelques événements glanés dans les Sources :

Le monastère échappe sans trop de dommages au bombardement de 1695 durant la guerre de la Ligue d’Augsbourg. Les sœurs reçoivent même un certain temps les Clarisses Urbanistes ainsi que sept sœurs de Jéricho ; finalement, elles doivent tout de même résider deux jours à l’abbaye Ter Kameren. Le monastère subit des dommages plus lourds en 1708, lors du siège de la ville par Maximilien-Emmanuel de Bavière. Alors que les sœurs ont cherché refuge durant trois jours chez les Urbanistes, le toit, les vitraux et l’orgue furent endommagés.

Autre conflit : le droit de succession de l’impératrice Maria-Thérésia était  contesté par Louis XV qui voulait s’approprier les Pays Bas autrichiens. Bruxelles est assiégée. Pendant le siège, les sœurs voient les batteries des canons pointées vers leur monastère. Le siège se tient près de la porte de Louvain.

1724 : le 16 janvier meurt l’ancelle, sœur Joanna Maria  Braeckmans. 16 ans de supériorat. Elle a 64 ans. Lui succède, le 26 janvier, sœur Barbara Theresia van den Dijcke, âgée de 38 ans, professe depuis 18 ans.

1725 : 9 octobre, l’archiduchesse d’Autriche Marie-Élisabeth fait son entrée à Bruxelles – fille de l’empereur Léopold I, sœur des empereurs Joseph I et Charles VI. Elle gouvernera les pays Bas durant 16 ans. Toutes les maisons sont pavoisées pour la circonstance – ce qui entraîne des frais pour les Annonciades, à cause de la grandeur de leur monastère. Chaque année l’archiduchesse rendra visite au couvent des Annonciades, participant aux vêpres,  complies, Salut du Saint-Sacrement. L’année avant sa mort (1741) elle entra même en clôture dès le matin et demanda à deux Pères de célébrer la messe pour elle. Ce fut la seule fois qu’elle franchissait la clôture du monastère.

1727 : anniversaire du centenaire de la consécration de l’église du couvent. Le Père gardien du couvent franciscain de Bruxelles préside les cérémonies, rehaussées d’une chorale avec trompettes et tambours et de la présence de son altesse royale. La chronique du monastère note que presque un millier de personnes sont venues au monastère en ce jour. Cette commémoration a eu son octave pendant laquelle : grand messe, salut du Saint-Sacrement tous les jours. Un Te Deum la clôtura.

1728 : un maçon qui travaille aux réparations des murs extérieurs tombe. Il se remet de sa chute mais reste incapable de gros travaux.

1731 : trois fois, dangers d’incendie à cause de la cheminée de la cuisine endommagée qui fut démolie.

1735 : le 25 mai un couvreur d’ardoises tombe du toit. Après sa chute il peut tout de même reprendre son travail. Il semble avoir été protégé…. La communauté a l’habitude de confier les travaux dangereux à Dieu, à la Vierge Marie et à Sainte Anne !

Depuis bientôt deux siècles, les Annonciades travaillent à  la béatification de leur fondatrice, Jeanne de France. Plusieurs requêtes ont déjà eu lieu à Rome. Mais en ces années,  les requêtes s’intensifient, aux dires de la chronique du couvent – période où règne sur les Pays Bas espagnols la princesse Isabelle-Clara-Eugénie, infante d’Espagne. Requêtes donc du côté des Pays Bas mais aussi du côté de la France, c’est à dire, du côté de Bourges, du Roi et de la Reine, et de tout l’ordre. Le décès du pape Urbain VIII met un arrêt à la cause. Les sœurs du monastère de Roye sont les premières, d’après la chronique du monastère bruxellois, à formuler une nouvelle demande en vue de la béatification, encouragé par le duc de St-Aimant qui a une nièce au monastère de Roye. Il demande au cardinal Barbarini de soutenir cette requête. Mais le décès de ce dernier en 1738 met un nouvel arrêt à la cause.  Toutefois, deux cardinaux redonnent espoir aux annonciades, ce sont les cardinaux de St-Henri et de Tencin, tous deux primats de France. La cause aboutit sous le pontificat de Benoît XIV. L’archevêque de Bourges De la Roche Foucault a beaucoup contribué à cet aboutissement. 1742 : le décret de béatification paraît le 18 juin 1742, la date de la signature du décret est du 21 avril 1742.  Jeanne peut être honorée d’un culte public.

Dès que la Bulle de béatification est arrivée, tous les monastères de la région de Malines se concertent et la date du 21 octobre 1742 est retenue pour fêter l’événement. L’Église du couvent de Bruxelles est décorée par les sœurs, aidées des frères mineurs. Octave solennelle – les trois premiers jours les fidèles peuvent obtenir une indulgence plénière dans l’église du monastère. Durant cette octave : messes, Saluts du Saint-Sacrement. Jeanne est fêtée le 4 février ; la fête des Dix Vertus, célébrée ce jour-là sera désormais célébrée le 11 juillet.

1763 : 11 août, orage énorme. Gros dégâts dans la ville et dans le monastère.

1765 : aménagement d’un réservoir à poissons dans le jardin.

1766 : impôts sur les fontaines alimentées par la grosse fontaine de la Cour (Royale).

1772 : dispense de cet impôt.

Le monastère n’échappe pas à l’édit de Joseph II, il est supprimé le 25 mai 1784, et le 14 août, les moniales sont expulsées. Le monastère devient une caserne de cavalerie et une prison.

Sources manuscrites 

Bibliothèque royale de Belgique (Bruxelles) : manuscrits 14816, 14817, manuscrits 11332, n° 1., n° 2, n° 3, manuscrit 11337 – Archives générales du Royaume (Bruxelles) : manuscrits  12 233, 12 242, 12243 et Archives du Comité de la Caisse de Religion : dossier 363 – Archives des Annonciades de Westmalle (B) – Archives franciscaines de St-Trond (B) – ces deux fonds ont été versés au Kadoc (UC Louvain).

Sources imprimées

Carnier M., « Les Couvents des annonciades d’Anvers  et de Bruxelles, enfants de la Contre-Réforme », dans Jeanne de France et l’Annonciade, Cerf, 2004 , p. 223.

RHF, tome 4, 1927, p. 267, 268 ; tome 5, 1928, p. 165 ; tome 7, 1930, p. 210.

Van Wÿnendaele Jacques, Promenades dans les couvents et abbayes de Bruxelles, édition Racine, Bruxelles, 2007, p. 30-33.

Recevez notre Lettre Info

Vous recevrez les informations, les nouvelles de l'Ordre de l'Annonciade et de chacun de ses monastères.

Vous vous êtes inscrit à notre Lettre Info avec succès

Share This