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De saint Jean-Paul II

« Par son comportement, Marie rappelle à chacun d’entre nous la grave responsabilité d’accueillir le projet divin sur notre vie. En obéissant sans réserve à la volonté salvifique de Dieu manifestée par la parole de l’ange, elle devient un modèle pour ceux que le Seigneur proclame heureux parce qu’ils « écoutent la Parole de Dieu et la mettent en pratique » comme nous le dit St Luc au chapitre 11 verset 28 de son Évangile. En réponse à la femme qui dans la foule, proclame sa mère bienheureuse, Jésus montre le vrai motif de la béatitude de Marie : l’adhésion à la volonté de Dieu qui l’a conduite à l’acceptation de la maternité divine. »

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Pour accueillir le projet de Dieu dans notre vie, comme la Vierge Marie, il faut connaître sa vie, la contempler dans l’Évangile. Et voir comment cela interroge ma propre existence ? Surtout ne pas penser que pour elle, tout est clair, simple et facile, car c’était la Vierge. Non, elle aussi a dû reconnaître dans sa vie le projet que Dieu avait sur elle, et en accueillir chaque étape.

Tout commence dans l’Evangile par l’Annonciation

Luc nous dit que Marie est troublée par la visite de Gabriel, elle se demandait ce que signifiait cette salutation ? Comment réagit-elle?

Par la confiance : dernièrement lors d’une conférence un Père faisait un parallèle entre l’Annonce à Zacharie et l’Annonce faite à Marie. Dans un premier temps tous deux sont troublés. Mais pour Zacharie la situation humaine qu’il vit, lui semble être une impossibilité pour avoir une descendance, son âge, celui de sa femme, la stérilité… Et il se retranche devant ces impossibilités humaines. Il craint…

Alors que Marie, qui dit clairement qu’elle ne connaît pas d’homme, s’en remet au Seigneur. Chez Marie il y a une crainte, mais tout autre que celle que connaît Zacharie. C’est la crainte qui vient de l’Esprit Saint. La crainte du Seigneur, c’est-à-dire ce réflexe, qui nous donne de toujours rechercher comment lui plaire, et c’est la crainte de ne pas faire sa volonté, qui en fait nous rapproche de Lui, au lieu de nous en éloigner.

Regardons également la réponse de la Vierge : elle ne dit pas « oui d’accord je serai la mère du Sauveur. » Non simplement : « Voici la Servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole » qu’il me soit fait. Je crois que c’est déjà une grande ligne de conduite pour nos vies, laisser le Seigneur agir plutôt que vouloir tout mener par nous-mêmes. Et pourtant tout n’était sans doute pas clair dans sa tête, il y avait Joseph qui lui n’était pas au courant, elle laisse faire, elle ne précède pas le Seigneur, elle le suit.

Marie devait aussi avoir son projet à elle. Projet sans doute partagé avec Joseph ? Mais elle se laisse déranger, elle ne pense pas que ses plans sont meilleurs que ceux du Seigneur. Essayons de voir dans notre cœur, comment concrètement, nous pouvons vivre cela. Bien souvent nous arrivons à la prière avec un plan tout fait, que nous présentons au Seigneur, pour qu’Il le signe. Nous avons nos premières réactions, c’est impossible… « Ce qui est impossible à l’homme est possible pour Dieu. » Nous le savons en théorie, mais comment le mettons-nous en pratique dans le concret de chaque jour ? Marie croit concrètement dans la puissance du Seigneur : « rien n’est impossible à Dieu », n’est pas une phrase qu’elle dit intellectuellement, mais quelque chose auquel elle croit dans son cœur. Et qu’elle met en pratique chaque jour.

Après l’Annonciation, Luc nous parle de la Visitation

L’évangéliste nous dit que Marie partit en hâte. Une première chose que nous montre ce comportement, Marie ne se concentre pas sur elle-même. Une jeune femme, enceinte, elle pourrait chercher à se protéger… pas du tout, elle part vers sa cousine qu’elle sait âgée et qui doit avoir besoin d’aide ? Par ailleurs elle répond avec simplicité et vérité à la salutation d’Élisabeth qui lui dit : « Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein ! Comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ? »

C’est encore un enseignement pour nous : pas de fausse humilité, Marie ne dit pas je ne suis pas capable, je ne sais pas, je ne peux pas, je n’y arriverai jamais… Non elle reconnaît tout simplement que le Seigneur a fait pour elle des merveilles ! Elle ne s’attribue pas ces merveilles, elle sait que ce don vient de Dieu, j’allais dire elle lui en remet la propriété ! Mais elle compte sur lui pour l’avenir. Qui n’aurait pas été effrayé d’avoir à élever le Fils de Dieu ? Non, en Marie c’est toujours la simplicité et la vérité.

Voyons maintenant la Naissance de Jésus

Là aussi nous pouvons imaginer !… Nos crèches, les fleurs, les lumières risquent d’être un peu loin de la réalité de Bethléem ! Une jeune femme qui accouche dans une crèche, dans une étable, qui n’a pour tout berceau qu’une mangeoire d’animaux : réfléchissons à ce que cela pouvait représenter pour elle ? La pauvreté… Je pense que comme toute future maman elle aurait rêvé d’autres choses ?… Mais elle accepte la réalité.

La Présentation de Jésus au Temple

Essayons d’imaginer les pensées, les sentiments que Marie pouvait avoir dans son cœur en allant au temple ? C’est une jeune mère, heureuse d’offrir à Dieu en qui elle croit de tout son cœur, ce qu’elle a de plus cher, son fils.

Et nous, ne nous arrive-t-il pas de venir offrir au Seigneur dans la prière, ce que nous avons de plus cher ? mais… encore faut-il qu’Il n’y touche pas !…Nous sommes heureuses de tout lui offrir, si rien ne vient troubler notre vie ?

En faisant cette démarche Marie obéit à la loi qui prescrivait que tout garçon premier-né devait être consacré au Seigneur. Et que va lui dire Syméon : « Vois ! Cet enfant doit amener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël, il doit être un signe en butte à la contradiction, et toi-même, une épée te transpercera l’âme ! Afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœurs. »

Avouons qu’elle ne devait pas s’attendre à ce genre d’annonce ! Là encore Marie ne se révolte pas, elle garde cela dans son cœur, mais quelle souffrance pour elle. Je crois qu’il est important de voir combien Marie ne se révolte pas, à travers tout, joies ou peines elle fait confiance au Seigneur. Bien souvent elle ne comprend pas… mais toujours elle fait confiance !

Nous arrivons à la fuite en Égypte et au massacre des Innocents

C’est peut-être un passage de l’Évangile qui nous échappe un peu, sur lequel nous n’avons pas tellement l’habitude de méditer ?

Cette fois c’est Mathieu qui nous dit qu’après le départ des Mages: l’Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi, prends avec toi l’Enfant et sa Mère, et fuis en Égypte ; et restes-y  jusqu’à ce que je te dise. Car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. » Il se leva, prit avec lui l’enfant et sa mère, de nuit, et se retira en Egypte…

C’est sans doute un passage sur lequel nous nous arrêtons également moins souvent, et pourtant que nous dit-il de Marie ? À l’Annonciation, un Ange, Gabriel lui apparaît … Mais ici pas question d’apparition pour elle, c’est son époux qui lui dit en pleine nuit « viens prenons l’enfant et fuyons ! » Avouez que ce n’est pas évident à entendre. Et que fait Marie, elle obéit. Joseph est près d’elle, et c’est en lui qu’elle reconnaît la voix du Seigneur.

En quoi cela nous interroge-t-il ? Peut-être sur la nécessité d’avoir un guide spirituel ? Ne pas nous en remettre uniquement à nous-mêmes, à notre propre jugement. Croire aux paroles de Jésus disant à ses apôtres : « ceux qui vous écoutent m’écoute. » Savoir discerner également à travers les évènements quotidiens la volonté du Seigneur. Y pensons-nous ? Comment accueillir dans nos vies « son projet » si nous ne recherchons pas ce qu’il désire.

Nous arrivons à la scène d’Évangile ou Jésus a 12 ans

Là encore, on voit Marie réagir comme toute maman le ferait.  Avec Joseph, elle cherche Jésus pendant trois jours, elle s’inquiète puisque ayant retrouvé Jésus au milieu des docteurs de la Loi, elle lui dit : « Mon enfant pourquoi nous as-tu fait cela ?  Vois ton père et moi nous te cherchons angoissés ».  C’est une maman, et comme toutes les mamans devant semblable évènement, elle angoisse ! On connaît la réponse de Jésus « pourquoi me cherchiez-vous… » Et l’Évangile d’ajouter : « Mais eux ne comprirent pas la parole qu’il venait de leur dire. »

Alors là aussi prenons le temps de regarder la manière dont Marie réagit ?… elle ne s’impatiente pas, ne s’énerve pas, ne fait aucun reproche à son fils, mais… elle garde toutes ces choses dans son cœur. Oui Marie réfléchit sur l’attitude, les gestes, les paroles de Jésus. Elle les médite avec confiance, avec amour.

Je pense que c’est un grand enseignement pour nos propres vies. Devant l’événement que nous ne comprenons pas, devant aussi un passage d’Évangile par exemple, qui peut nous heurter. Il me semble qu’il ne faut surtout pas « fermer la porte », mais se laisser interroger par l’événement, se laisser interroger par la Parole, et accepter tout simplement de ne pas comprendre tout de suite, mais garder un cœur ouvert. Dieu veut nous dire quelque chose, et que veut-Il dire ? Si je ne comprends pas tout de suite, je m’en remets à lui, et je comprendrai quand il le voudra.

Devant les événements qui la déroutent Marie ne se rebelle pas, déjà elle fait confiance, après elle comprendra. Elle fait confiance en gardant, en méditant les gestes et les paroles de Jésus dans son cœur. Est-ce que c’est toujours notre première réaction ?… Là aussi nous pouvons nous interroger. Et nous laisser interroger par l’attitude de Marie..

Et puis commence la longue période de la vie publique de Jésus

l’Évangile de Cana

Marie est invitée à des noces, et Jésus aussi. Là encore, regardons l’attitude Marie. Elle est attentive aux autres elle n’est pas fixée sur son Fils, pourtant elle doit être heureuse de le revoir, car il a quitté la maison et est parti déjà 40 jours au désert. Mais elle est attentive aux invités, aux mariés, elle voit qu’ils vont être dans l’embarras. Alors tout simplement elle le signale à son Fils, avouons que la réponse de Jésus n’est pas vraiment encourageante !… Mais elle ne se laisse pas dérouter, il faut dire qu’elle le connaît bien, sa façon de parler, son sourire, son regard. Là encore elle nous donne tout un enseignement, elle ne dit pas à Jésus ce qu’il doit faire. Non pas du tout. Elle lui signale simplement que les invités n’ont plus de vin. Ensuite elle dit très simplement aux serviteurs : « tout ce qu’il vous dira, faites-le. » En polonais la traduction dit même tout ce qu’il vous dira, quoiqu’il vous dise. J’aurais envie d’ajouter… qu’il dise ou ne dise pas… peu importe, elle lui fait confiance. Et on connaît la suite ! Cela nous en dit long sur nos manières d’intercéder  pour les autres : demander oui, sans nous lasser, mais sans imposer nos vues au Seigneur. Lui dire nos besoins, lui dire les besoins de nos frères et sœurs oui, mais ne pas lui donner les solutions. Préparer notre cœur à accueillir sa réponse telle quel sera.

Je passe, car le temps nous manquerait, sur les trois ans de la vie publique, mais tout de même un mot : pour Marie cela n’a pas dû être facile. Si au début tout va bien, très vite l’atmosphère tourne et elle voit dans son cœur de mère combien Jésus est cerné. C’est quelque chose qui me touche personnellement beaucoup, Jésus passe son temps à faire du bien. Et ceux qui l’entourent essayent de le prendre au piège, et cela d’autant plus que l’on se rapproche du temps de la Passion, plus on voit combien le Christ est cerné par ceux qui essayent de le prendre en défaut. Et Marie a forcément ressenti tout cela dans son cœur de mère. Jamais elle n’essaye d’entraver Jésus dans sa mission. Humblement elle reste dans la vie cachée. Sans doute en priant le Père pour son Fils.

Le temps de la Passion

C’est vraiment le moment où la foi de Marie s’exprime fortement. Là non plus elle ne sera pas un obstacle sur la route de Jésus. Elle le suit sur le chemin du Calvaire. Un jour quelqu’un m’a demandé si je pensais que cela avait été un réconfort ou non pour Jésus de rencontrer Marie sur le chemin de la Croix? Je pense à la fois que ce fut un très grand réconfort que la présence de Marie à la Croix, et en même temps une souffrance dans le Cœur de Jésus que de voir combien elle souffrait. Mais son plus grand réconfort fut sans doute de voir combien, elle adhérait à la volonté du Père.

Encore une fois Marie accueille, mais elle accueille dans la foi, dans la certitude que l’Amour triomphera. Elle a entendu les paroles de son Fils et elle y croit. Elle sait qu’il ressuscitera, même si elle n’a aucune expérience de la résurrection, encore une fois elle fait confiance.

Je pense, personnellement, que ce que nous apprend Marie, c’est cette confiance en Jésus. Il ne faut pas croire que cela se fait d’un seul coup. Avoir la foi n’implique pas forcément d’emblée, cette intimité avec le Christ qui change notre vie. Je voudrais donner juste un exemple : nous connaissons en Communauté une famille dont la petite fille de quatre ans est atteinte d’un cancer pratiquement généralisé. Les parents se battent avec une confiance totale depuis un an. Mais la confiance ne veut pas dire que la guérison aboutira forcément au bout de chemin. Tout le monde espère mais lorsque les parents donnent des nouvelles cela se termine très souvent par ces mots : « le Seigneur sait mieux que nous, ce qu’il nous faut ». Cela me fait penser à la Vierge Marie. Le fait d’avoir confiance n’est pas une assurance pour que ce que nous voulons arrive. C’est tout le contraire qu’il faut demander : que la Volonté du Seigneur se fasse (c’est une demande du Notre Père). Et c’est peu à peu dans l’intimité du cœur, dans l’amour inconditionnel pour Jésus que nous apprendrons à faire avec lui la Volonté du Père, comme Marie. Et que nous comprendrons combien cette volonté du Père, est une volonté d’Amour. C’est un Amour qui nous conduit, y croyons-nous au quotidien, au-delà des épreuves et des souffrances ?

Demandons à Marie de nous prendre par la main et de nous conduire dans cette intimité.

Après la Croix l’Évangile ne nous parle plus de Marie, c’est Luc qui dans les Actes des Apôtres nous dira que Marie persévérait dans la prière avec quelques femmes, au milieu des Apôtres, dans l’attente de l’Esprit Saint. Être là, priez pour les autres, priez pour l’Eglise avec elle est comme elle.

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