Juridiction des Frères Mineurs

Notice

En l’année 1657, les Annonciades de Venlo partent fonder un monastère de leur Ordre à  Coesfeld. Les sœurs s’installent au couvent Sainte-Anne, couvent de tertiaires franciscaines.

Coesfel1

Ancien monastère des Annonciades de Coesfeld

Un  an auparavant, en 1656, l’évêque de Münster, Christophe Bernhard Von Galen, a fait connaître la Règle de l’Annonciade aux Tertiaires du couvent  Sainte-Anne. Après en avoir parlé avec  le Provincial franciscain, Léonard Helm, en présence du père gardien de Vreden, la supérieure des Tertiaires ainsi que 15 autres religieuses certifient par écrit à leur supérieur  vouloir adopter la Règle de l’Ordre de Vierge Marie.

Le représentant du Ministre général des Frères Mineurs, le Commissaire général Jacques de Riddere, demande alors à ce qu’une sœur Annonciade de Venlo soit envoyée à Sainte-Anne. En fait, ce sont plusieurs sœurs de Venlo qui vont être nommées, en vue de cette mission. On choisit mère Hélène Van den Hoff, comme Ancelle, comme Assistante la sœur Marguerite-Stéphanie, comme Maîtresse des novices sœur Anne Marie Ruge et Anne Catherine Kemmers comme Portière. Les 25 et 26 juillet 1657 ont lieu les Prises d’Habits des Tertiaires. Un an plus tard toutes font profession. En 1660, la mère Ancelle, l’Assistante et la Portière retournent à Venlo, dans leur monastère d’origine ; ne reste à Coesfeld que la maîtresse des novices, Marguerite-Stéphanie, qui deviendra ancelle et le restera jusqu’à sa mort.

La Règle est fidèlement observée. Les sœurs vivent de leur travail de filature et de tissage, ainsi que de maigres fermages. En 1674, les sœurs entreprennent des travaux d’agrandissement. C’est une période difficile due à une épidémie si bien que les travaux ne seront terminés qu’en 1699. Durant ces travaux les sœurs, parfois et durant la nuit, acheminent des pierres et du matériel de construction. Autour des années 1750-1757 a lieu la guerre dite de Sept-Ans. Les soldats établissement leur cantonnement dans la ville, causant une augmentation des charges. Il faut nourrir et entretenir ce surplus de population.

Tous les jours, les Annonciades nourrissent les pauvres qui viennent demander l’aumône à la porte du couvent. La Chronique du monastère mentionne la construction d’un petit hospice, en 1682.

En 1713, les sœurs ouvrent un pensionnat qui fermera rapidement à cause du climat social incertain. Autre essai de pensionnat en 1745, un troisième essai en 1784. On y enseignait principalement le français. Cette dernière tentative n’a duré qu’une dizaine d’années.

En 1771 et en 1792 a lieu le nettoyage de l’orgue. Cinq  Pères confesseurs sont enterrés dans l’église du couvent.

En 1795, c’est la guerre.  Le  couvent doit accueillir 1066 soldats et 154 chevaux ! Pendant la révolution française, des prêtres et des religieux trouvent refuge dans le monastère dont six annonciades françaises, deux annonciades célestes et les sœurs annonciades chassées de Venlo. En 1803, pendant la période napoléonienne,  les sœurs sont chassées à leur tour et se réfugient au couvent de Marienflucht, près de Glane, où elles peuvent mener leur vie conventuelle jusqu’en 1811.  Le couvent jusqu’à sa fermeture est sous l’autorité des franciscains de l’Observance de la province de Saxe. Le monastère abrite en moyenne une trentaine de moniales.

Concernant les bâtiments : en s’y installant, les Annonciades ont fait construire dans l’église existante un chœur en tribune. En 1675, elles ont aménagé une nouvelle sacristie, et en 1692, elles ont fait rénover le clocher. En 1738, les sœurs ont fait restaurer l’intérieur de l’église. Et concernant les effectifs : en 1657, la communauté compte 18 sœurs ; en 1714, 38 ;  1803, 27 ; 1811, 21.

A sa fermeture et dans un premier temps,  le couvent est transformé en hôtel particulier. Puis, de 1814 à 1828, le bâtiment sert de lycée. Il sera transformé plus tard en hôpital. Aujourd’hui, l’ancien couvent monastère des Annonciades fait partie de l’ensemble hospitalier de Coesfeld.

On ne peut évoquer le monastère de Coesfeld sans évoquer une Annonciade devenue célèbre, soeur Marie-Clémentine Martin.

Au cimetière de Cologne, on peut lire, sur le socle d’un crucifix, l’inscription suivante : ici repose la vénérable jubilaire, femme religieuse, Maria Clémentine MARTIN, née à Bruxelles le 5 mai 1775, entrée dans l’Ordre le 2 octobre 1792, décédée le 9 août 1843. RIP.

Qui est cette religieuse moniale ensevelie au cimetière Melaten de Cologne au son des cloches et avec la grande participation des habitants de la ville.

Marie Clémentine est née à Bruxelles, capitale des Pays Bas autrichiens. Elle est la  fille d’un officier impérial du Tirol, Johan Heinrich de Martin  et de son épouse Christine de Mergenthal.  Son Père est donc officier de l’empereur de Vienne, d’abord, puis du roi Frédéric August d’Anhalt-Zeerbst (Friesland).

A 17 ans, Marie Clémentine entre au monastère des Annonciades de Cosfeld où les sœurs, comme la plupart des couvents de ce temps, dans la région, ont un hôpital. Durant 10 ans, elle est affectée à l’infirmerie du monastère.  Assez vite, on reconnaît ses qualités exceptionnelles dans le domaine médical. Des maisons religieuses des alentours font appel à ses compétences. Afin de parfaire ses connaissances, on l’envoie à Bruxelles. Là, elle va mettre au point la préparation d’une eau médicinale – la fameuse eau de mélisse.

Arrive la période napoléonienne et la fermeture de son monastère. Sœur Clémentine suit sa communauté jusqu’à Glane. Mais à son tour, ce monastère doit fermer ses portes. Sœur Clémentine trouve alors refuge chez un chanoine de Tirlemont. Là, elle va se consacrer entièrement au soin des malades.

Dans une de ses lettres on peut lire : « Au couvent de Coesfeld et de Bruxelles, j’appris l’art de fabriquer la vraie eau des carmélites ou de mélisse. Plus tard, grâce à la communication de bonnes âmes, je connus la recette de la préparation de la meilleure eau de Cologne ». Donc, à côté de l’eau de mélisse, elle va produire par la suite sa propre eau de Cologne, si bien qu’elle va être conduite à fonder sa propre entreprise, à Cologne. Des assistants vont l’aider.  La première annonce d’une eau médicinale fabriquée par l’entreprise de Marie-Clémentine paraît le 6 novembre 1825 dans le journal de la ville : « Une véritable eau de Cologne est à acheter au  n. 1 de la rue Litsch. La grande bouteille pour 6  groschen d’argent, 3 centimes ». 17 ans plus tard, en 1842, la publicité est plus appelante : « La voisine de la cathédrale recommande au public et aux hôtes visitant  notre ville l’eau de mélisse et l’eau de Cologne qui se distingue par son parfum, fin et durable, et par sa force : Marie Clémentine Martin, moniale, le 19, à la cathédrale » !

Son entreprise connaît le succès mais aussi la concurrence.  Laissons parler Marie Clémentine elle-même :

« Où il y a le succès, les jaloux et les imitateurs ne sont pas loin. Ce vieil adage eut sa résonance à Cologne ! Il y avait une rude concurrence entre les producteurs de l’eau de Cologne et les eaux guérissantes… » Marie Clémentine doit faire face d’abord aux lois napoléoniennes lors de la période française puis à celles de la domination prussienne. Il y a en effet une forte concurrence. Pour y remédier, Marie-Clémentine demande au roi la permission de mettre sur les étiquettes de ses produits l’aigle prussien. Le Roi Frédéric Guillaume III, autorise Marie Clémentine à « afficher l’aigle prussien sur ses fabrications d’eau de mélisse et de Cologne ». C’était le 28 novembre 1829.  Mais … les problèmes de concurrence demeurent. En effet, on imite ses produits et les imitations affichent également l’aigle prussien ! Marie Clémentine publie alors une annonce prévenant les utilisateurs contre cette soi-disant eau de mélisse. Mais la qualité des produits de Marie-Clémentine est reconnue. Si bien que 7 ans après sa mort, à l’exposition universelle de Londres, on lui reconnaît la meilleure eau de Cologne et son eau de mélisse est primée par une médaille. Son entreprise reçoit d’ailleurs d’autres distinctions en 1852, 1853, 1855, 1862, 1867, 1873, 1879, 1880.

Les années passent. La médecine, la pharmacologie progressent. Mais ces deux sciences reconnaissent la valeur de ce qu’a produit la moniale en matière d’eau médicinale. Dans une conférence de presse, tenue en 1974, à Hambourg, des experts ont reconnu la valeur de cette « eau de mélisse » de Marie-Clémentine qui garde actuellement une place de choix dans la médecine actuelle.

Ainsi, après avoir passé son enfance à Bruxelles, après ses années de solitude dans le couvent de Coesfeld, où elle a étudié les vieux  traités de médecine, et pratiqué ce qu’elle a appris par le soin des malades et la préparation des médicaments, elle s’est retrouvée hors de son couvent, en une période troublée. Infirmière, elle connaît alors les horreurs des guerres napoléoniennes. Établie à Cologne, elle exerce sa science durant 18 ans. Au monastère, comme chef d’entreprise, elle a agi dans la discrétion, le silence, faisant le bien : soin donné aux malades, aide aux nécessiteux… Sa popularité a s’est étendue au-delà de Cologne. La « moniale », comme on l’appelait alors était estimée par toutes les couches de la société. Depuis 1825, elle était établie près de la cathédrale de Cologne. Voici ce que son exécuteur testamentaire écrit peu après son décès :

« Douce et donnée à la volonté divine de Dieu, elle s’est endormie après avoir reçu les sacrements de l‘église, aujourd’hui, vers 13h30, le 9 août 1843…. Heureuse et rendue heureuse de faire le bien, selon l’amour chrétien, elle soulagea de nombreux maux grâce à la fabrication de l’eau de mélisse et de l’eau de Cologne. A chacun qui l’a connue, son souvenir restera inoubliable…. ». Sa dépouille mortelle est accompagnée par les cloches de la ville, et par une grande partie de la population, jusqu’au cimetière de Melaten, alors en dehors des portes de Cologne. Aujourd’hui encore, on peut voir une croix très simple en pierre rappelant le souvenir de Marie-Clémentine Martin, la moniale.

On ne peut évoquer le monastère de Coesfeld  dire quelques mots sur Anne-Catherine Emmerick.

Près de Coesfeld, à Flamschen, petit hameau, est née le 8 septembre 1774 Anne-Catherine, qui sera une des grandes figures mystiques du 19ème  siècle.  Durant son enfance, dit-elle dans son auto biographie, elle eut deux visions de sainte Jeanne de France.  Lorsqu’elle gardait son troupeau, dit-elle encore, elle entendait au loin tinter la cloche du couvent des Annonciades de Coesfeld…  A la suite de ses visions de sainte Jeanne, attirée par la vie monastique, elle aurait aimée se faire religieuse chez les Annonciades de Coesfeld. Mais, pensant que ce couvent serait trop près de sa famille, elle entre en définitive  chez les Augustines de  Dülmen.  Ce qu’elle dit de sainte Jeanne, dans son auto biographie mérite l’attention.

Sources manuscrites

Hengst Karl, Lexicon der vor 1815 errichteten stifte und klöster von ihrer gründung bis zur aufhebung, Quellen und forschungen zur kirchen – und religiosgeschte, band 2, Aschendorff – Munster, 1992, traduction française, 1994, p. 3 et sv : Marie Thérèse Potthoff, « Coesfeld, Annonciades ».  L’auteur mentionne les fonds d’archives existants sur les Annonciades, en Allemagne.

Sources imprimées

Anne Catherine Emmerick, racontée par elle-même et par ses contemporains, Ed. Tequi, 1980, p. 33-35.

Garlet Günter, Die Klosterfrau und ihre Zeit. Die lebensgeschichte der Maria Clementine Martin, Gründerin des Hauses Klosterfrau, Herausgegeben vom Hause Klosterfrau, Köln, 1. Auflage 1985 ; 2. Ergänzte Auflage 1989. Traduction française, Annonciade, Alajuala (Costa Rica), 2011.

Schlager P., ofm, « Zur Geschichte der Westfälischen Annuntiaten-Klöster », Zeitschrift für Vaterländische Geschichte und Altertumskunde, Münster, 1906, t. 64, p. 111-130.

Schneider Herbert, ofm, « Les annonciades dans le Saint-Empire germanique », dans Jeanne de France et l’Annonciade, Cerf, 2004, p. 241.

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