Désirer plaire à Dieu

comme la Vierge de l’Évangile

Tout au long de l’année 2015, ce titre va nous aider à réfléchir sur quatre réalités de la vie spirituelle, à l’école des Fondateurs de l’Annonciade : le désir, le plaisir de Dieu, l’imitation et la Vierge.

 

 

1. Janvier 2015

Le désir

Un Psaume

« Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau. Je t’ai contemplé au sanctuaire, j’ai vu ta force et ta gloire. Ton amour vaut mieux que la vie : tu seras la louange de mes lèvres ! Toute ma vie je vais te bénir, lever les mains en invoquant ton nom. Comme par un festin je serai rassasié ; la joie sur les lèvres, je dirai ta louange. Dans la nuit, je me souviens de toi et je reste des heures à te parler. Oui, tu es venu à mon secours : je crie de joie à l’ombre de tes ailes. Mon âme s’attache à toi, ta main droite me soutient » (Ps 62).

Ce psaume est un psaume de désir. Le psalmiste désire Dieu, c’est-à-dire, le bien total, la source même du bonheur. Il est traversé par une immense aspiration. Sa prière est désir et son désir est prière. Il a soif et sa soif est grande. Cette soif exprime le désir de quelque chose, de quelque chose d’intense qui le fasse exister en plénitude, qui fasse que dans l’inachevé de sa vie il puisse déjà goûter ce qui ne passe pas.

Du côté de l’Annonciade

On raconte que Gabriel-Maria, le confesseur de Jeanne de France, a vécu sa vie dans un grand désir, celui d’éveiller chez les autres le goût de Dieu qu’il possédait lui-même. «  Il avait toujours son esprit et ses pensées élevés en Jésus et Marie, ainsi que vers les réalités célestes car son amour était là, en ce trésor. Et parce qu’il ne pouvait pas y être aussi vite qu’il le désirait, tout son plaisir et son réconfort étaient de toujours en parler pour inciter toute personne à les aimer et à les désirer »(S 282).

Aujourd’hui

Tous, qui que nous soyons, nous sommes traversé par un désir profond, celui du bonheur. Nous voulons tous être heureux. Le bonheur est donc le but de toute existence. Mais, où est la route qui mène au bonheur ? « Voilà ce que les hommes ignorent. Ils errent. Errer est déjà une recherche.   Mais le Christ nous a remis sur la bonne route… » (saint Augustin).  Malgré cela, nous demeurons insatisfaits ; nos désirs ne sont jamais comblés. Recherche sans fin. Ceci est le signe qu’en profondeur, c’est Dieu même que nous cherchons. Car toute personne ne peut trouver le bonheur et la paix qu’en Celui qui est Bonheur et Paix.

Le temps de nos jours est donc une longue attente. Dans cette attente, le désir se creuse, s’étend, grandit en profondeur. Pour faire comprendre cela, saint Augustin prend une comparaison : « supposons que tu veuilles remplir quelque objet en forme de poche et que tu saches la surabondance de ce que tu as à recevoir ; tu étends cette poche, sac, outre, ou tout autre objet de ce genre ; tu sais combien grand est ce que tu as à y mettre, et tu vois que la poche est étroite : en l’étendant, tu en augmentes la capacité. De même, Dieu, en faisant attendre, étend le désir ; en faisant désirer, il étend l’âme ; en étendant l’âme, il la rend capable de recevoir. » Et de conclure : « désirons donc, mes frères, parce que nous devons être comblés. »

Mais qu’est-ce qui éveille en nous le désir ? C’est le poids d’un amour qui fait désirer et fuir tout ce qui pourrait menacer ou altérer cet amour ; c’est l’espérance d’un bien que l’on recherche avec patience. Le désir met donc en route. C’est le mouvement même de la vie.  Le désir nous fait rechercher le bien désiré, et ce bien, on le cherche pour le trouver mais, insatisfaits, nous le cherchons encore une fois trouvé, ce qui veut dire que ce que nous recherchons profondément est sans mesure. Ce qui faisait encore dire à saint Augustin : « cherchons toujours et que le fruit de la découverte ne soit pas la fin de la recherche […] Marchons toujours dans le chemin jusqu’à ce que nous arrivions là où conduit le chemin ; ne demeurons nulle part immobiles sur le chemin jusqu’à ce qu’il nous conduise là où nous demeurerons, et de cette manière nous y tendons par notre recherche, nous parvenons à quelque chose par nos découvertes et en cherchant et en découvrant nous passons à ce qui demeure, jusqu’à ce qu’arrive la fin de la recherche là où la perfection ne laisse plus subsister de désir de progrès. »

Mais si nous désirons, nous sommes aussi désirés, attendus, attirés par la  grâce de Dieu, ainsi nommée car elle est un don gratuit. La Grâce de Dieu, qui est l’influence de l’Esprit Saint en nous, fait désirer librement le bien, désirer ce qui est le meilleur. Ainsi, « les hommes sont agis par l’Esprit de Dieu afin d’agir comme ils doivent agir et lorsqu’ils ont agi, qu’ils rendent grâce à Celui par qui ils sont agis. Ils sont agis pour qu’ils agissent… » (Saint Augustin). C’est le jeu de l’amour. Ce n’est pas malgré soi que l’on est ainsi attiré, mais par amour. Ne peut comprendre que celui qui aime et qui désire. « Donne-moi quelqu’un qui aime et il sentira la vérité de ce qui je dis. Donne-moi un homme tourmenté par le désir, donne-moi un homme passionné, donne-moi un homme en marche dans ce désert et qui a soif, qui soupire après la source de l’éternelle patrie, donne-moi un tel homme, il saura ce que je veux dire »( saint Augustin).

Le désir, c’est donc ce qui nous pousse à chercher la source de tout bien. Certes, on peut se tromper de chemin dans cette recherche, prendre des chemins de traverse. C’est le péché. Mais Celui qui, par sa Grace, guérit notre cœur, nous remet dans la bonne direction, celle de la vie, dans la mesure de notre consentement.

Car Dieu veille sur nous ; il aiguise notre désir d’aller plus loin dans notre recherche du vrai bien. Si le désir nous habite, notre quotidien sera vécu autrement. Nous passerons du devoir à faire au désir de donner gratuitement, généreusement, de se donner. Mais, cela demande d’écouter Celui qui veille sur nous afin d’agir selon ce qui lui fait plaisir, selon ce qui lui est agréable. Mais en avons-nous réellement le désir ? Avons-nous le désir de Lui plaire, de plaire à Dieu seul ? Pour répondre à ce désir, notre cœur doit se laisser toucher, entrer dans un rapport d’amitié, de familiarité avec le Très-Haut, avec l’Écriture. Au contact de la Parole, nous comprendrons que l’unique désir de Dieu est de nous rendre capables de démasquer les illusions afin de nous établir dans ce qui lui plaît.

Ceci relève de notre responsabilité, de notre volonté personnelle, de notre fidélité, mais aussi de la grâce de Dieu. Plus nous avons le désir de plaire à Dieu, plus nous osons mettre notre vie sous Son Regard, dans un acte d’abandon, plus nous désirons Le connaître par la méditation des Écritures, alors plus nous désirons entrer dans le silence pour y accueillir la force de sa grâce et cette grâce nous fera découvrir combien il est bon de plaire à Dieu.

 

2. Avril 2015

Plaire à Dieu

Après avoir parlé, au mois de janvier, du désir, voici maintenant quelques réflexions sur le « plaire à Dieu », cœur de la spiritualité de l’Annonciade.

Une parole de lumière

« Dieu tout puissant, éternel, juste et bon, par nous-mêmes nous ne sommes que pauvreté mais toi, à cause de toi-même, donne-nous de faire ce que nous savons que tu veux, et de vouloir toujours ce qui te plaît ; ainsi nous deviendrons capables, intérieurement purifiés, illuminés et embrasés par le feu du Saint-Esprit, de suivre les traces de ton Fils bien-aimé notre Seigneur Jésus-Christ » (saint François d’Assise).

La vie de saint François est entièrement traversée par le désir de plaire à Dieu. C’est un mouvement de tout son être. C’est la beauté de sa vie, sa force, sa joie. Ce n’est pas pour lui un lourd fardeau, mais cela le rend libre et le conduit, ou le reconduit, au vrai bonheur. Pour cela, pas d’autre chemin que celui de Jésus-Christ.

Du côté de l’Annonciade

Dans les textes-sources de l’Annonciade – un corpus de 1130 pages environ – il y a 403 occurrences du mot plaisir, 100 du verbe plaire, 76 de l’adjectif agréable. C’est dire l’importance de cette réalité dans la vie et la spiritualité des Fondateurs de l’Ordre. Comment en rendre compte ? Peut-être par un texte du père Gabriel-Maria, tiré du « dialogue affectif », conversation sacrée entre l’âme fidèle et le Christ : « Jésus-Christ, le plus parfait fiancé de l’âme fidèle prend plaisir à converser familièrement avec elle… Ma bien-aimée, je désire savoir de toi-même, si tu m’aimes parfaitement : comment me feras-tu connaître que tu m’aimes aussi parfaitement que tu le dis. Et l’âme fidèle de lui répondre : je ne sens d’autres désirs dans mon âme, ni d’autres mouvements dans mon cœur, que de t’aimer, de m’attacher uniquement à toi et de te plaire en toutes choses…. »

Pour aujourd’hui

« Te plaire en toutes choses » : cela se réalise non pas dans le monde des idées, mais au cœur même du réel de la vie de tous les jours. Mais comment reconnaître ce qui plaît à Dieu, le discerner à travers l’épaisseur du quotidien ? Que nous disent sur cette question sainte Jeanne et le bienheureux Gabriel-Maria ?

On raconte que, jeune novice, le père Gabriel-Maria était tout empli de ferveur, multipliant les exercices de dévotion, à la limite de ses forces ! Son maître des novices, une personne d’expérience, le modéra lui disant que la multiplication des « exercices » dépassant ses forces risquerait bien à la longue de l’empêcher de servir Dieu. « La véritable dévotion », celle qui plaît à Dieu, « ne s’obtient pas en faisant violence aux forces naturelles », lui dit-il, et personne « ne peut arriver au sommet de la perfection sans mettre à l’œuvre la longue ascension de la patience et de la persévérance.»

Ainsi, le premier moyen de connaître ce qui plaît à Dieu est donc la connaissance de soi, la connaissance de ses qualités et de ses limites, ce qui permet de vivre en vérité devant Dieu et devant les autres, de s’accepter simplement, tel que nous sommes. Chemin de liberté des enfants de Dieu !

La vie de prière est un autre moyen permettant de découvrir ce qui peut être agréable à Dieu. C’est bien là, dans la prière, que sainte Jeanne a découvert comment Lui plaire. Toute sa réflexion en effet, toute sa méditation et « tout son plaisir étaient de penser comment elle pourrait faire pour être agréable à Dieu et à sa très digne Mère… » Et sa prière s’est montrée dans ses actes. Elle a été auprès des pauvres, des malades, des orphelins la « bonne duchesse » capable de donner à ces pauvres gens au sein même de leur épreuve la joie du réconfort. La prière est bien ce moyen efficace qui nous aide à comprendre, devant Dieu, ce qu’est le meilleur, ce qui est bien.

Un troisième moyen qui permet de connaître ce qui plaît à Dieu est bien la méditation de la Parole de Dieu. Pour Jeanne, c’est la Vierge de l’Évangile, plus particulièrement, qui lui a fait découvrir cela. C’est de la Vierge, découverte à travers les pages de l’Évangile, qu’elle a appris en effet ce qu’était plaire à Dieu. « Marie des Écritures » a été pour elle un véritable guide, un vrai maître de vie spirituelle qui l’a enfantée au Bon Plaisir de Dieu. Jeanne a mis en pratique le « Faites tout ce qu’Il vous dira » de la Vierge. Et ce conseil lui a permis de connaître comment conduire sa propre vie.

Cependant, Jeanne savait aussi combien la grâce de Dieu peut être mise en échec par un « moi » trop envahissant. C’est pourquoi, elle a donné beaucoup d’importance à la vie fraternelle. Pour elle, la vie fraternelle est bien aussi un moyen qui permet de découvrir comment plaire à Dieu, au quotidien. C’est pourquoi, elle demandait à ses sœurs de s’aimer « les unes les autres » car, leur disait-elle, « le Saint Esprit habitera en vous ». C’est en effet ensemble que l’on essaie de plaire à Dieu, ensemble que l’on marche sur la route de l’Évangile, ensemble, et en Église. Si « deux ou trois sont réunis en mon Nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18, 20).

On sait que Jeanne a toujours été très attachée à l’Église. Elle « suivait les commandements de Dieu et de l’Église au plus près qu’il lui était possible », rapporte son confesseur. L’Église, grâce à ses enseignements et à ses orientations pastorales, est bien un guide pour nos choix de vie, une lumière qui nous indique le sens à donner à notre propre existence, qui nous montre la direction à prendre si l’on veut avancer sur le chemin du véritable accomplissement de soi, ce qui ne peut que plaire à Dieu car Dieu nous a créés pour être heureux et debout dans la vie.

Enfin, un dernier moyen qui permet de découvrir ce qui peut plaire à Dieu est la trame de nos journées aux événements plus ou moins marquants mais toujours significatifs. Jeanne y a été attentive. Lorsqu’elle a appris l’issue malheureuse de son procès en nullité de mariage, elle a confié à son confesseur : « Notre Seigneur, à cette heure, me fit la grâce que soudain quand j’entendis ces nouvelles, m’entra dans le cœur que Dieu le permettait ainsi afin que je fasse beaucoup de bien selon que je l’avais tant désiré… » Jeanne a regardé l’événement avec le regard de la foi, un regard qui lui faisait voir plus loin que l’immédiat. En l’événement, elle a vu l’action de Dieu qui ne cessait de l’appeler, d’agir au cœur de sa vie, de lui faire signe. C’est dans le réel de l’existence que se cache ce qui peut plaire Dieu, aujourd’hui.

La connaissance de soi, la prière, la Parole de Dieu, les relations, l’Église et les événements, autant de moyens capables de nous aider à discerner ce que Dieu veut et désire, ce qui peut lui plaire. Et ce qui lui plait, dans la mesure où nous le faisons, nous rend toujours plus vivants, sur la route de notre pèlerinage terrestre. Comme l’écrit saint Irénée qui, en quelques mots de lumière résume ce qui en fin de compte plaît à Dieu : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu. »

 

3. Juillet 2015

Imiter

Quel est le bonheur auquel pouvons-nous aspirer? Un saint Augustin répond : ton bonheur est Dieu même car tu es « capable de Dieu ». On est donc voué à vivre l’impossible divin, à vivre un impossible devenu possible, par grâce divine. On est donc capable de plus que soi-même, avec la grâce divine et nos pauvres efforts.  L‘imitation, dans cette perspective, est donc un moyen de se rendre « capable de Dieu ». D’ailleurs, le Christ, dans l’évangile nous propose cet horizon de vie : « soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48).

La Vierge est celle qui a suivi ce conseil d’une manière exemplaire, et elle a plu au Très-Haut. La suivre, l’imiter, faire « comme » elle, c’est donc à notre tour marcher sur le chemin de la véritable ressemblance divine, c’est sortir de soi-même pour retrouver notre « soi » véritable. C’est cela l’imitation ?

Une parole d’hier….

« Mes sœurs n’auront à suivre que la Vierge Marie et sa vie rapportée au saint Évangile » (sainte Jeanne de France).

….Pour aujourd’hui

Suivre la Vierge à travers les évangiles pour plaire à Dieu, pour donner le meilleur de soi et réjouir le Cœur de Dieu, ce n’est pas refaire ce qua fait la Vierge Marie, comme un certain frère Jacques qui s’appliquait à reproduire tous les gestes de son père saint François, mais c’est entrer progressivement dans les sentiments dont était animée la Vierge, dans ses dispositions intérieures.

Elle est l’étoile qui guide nos pas et oriente notre vie vers le Christ. Pour cela, il faut ouvrir les évangiles, relire les passages où il est question de la Vierge. Au fur et à mesure de notre lecture et de notre méditation, nous discernerons à travers les récits évangéliques certaines dispositions de l’être de Marie. La Règle de vie de l’Annonciade en décline une dizaine : pureté du cœur, prudence et humilité, vie de foi et de prière, obéissance et pauvreté,  patience et charité, compassion.

La pensée des Fondateurs de l’Annonciade sur les vertus n’est pas étriquée ou moralisante. Ils considèrent au contraire les vertus comme des forces lumineuses, capables de faire chanter la vie. Pour en parler, ils emploient une image musicale. En effet, sainte Jeanne nomme ces dix vertus de la Vierge le psaltérion à dix cordes et le bienheureux père Gabriel-Maria, la harpe de la vie. Ce n’est pas là un effet de style. Ces deux expressions expriment leur rapport aux vertus. Ils les considèrent comme des forces capables de nous construire, capable de nous faire mieux vivre, car mieux aimer. Les mettre en œuvre donne à l’existence une marque de ressemblance avec celle qui a chanté un jour le Magnificat.

Aux pèlerins que nous sommes….

Ces dix vertus dessinent un véritable itinéraire spirituel dont le but est de plaire à Dieu. Tout commence par un désir, celui de s’éloigner de ce qui est moins bon en nos vies. Mais comment faire ? Peut-être en tenant le regard de notre esprit  fixé sur Dieu, tout en lui soumettant notre propre vie, à l’exemple de la Vierge ? Le cœur se purifie. On devient capable de discerner avec prudence et sagesse ce qui conduit au bien ; humblement, on entre dans la vie de foi et de prière. Cette vie de foi et de prière nourrit le cœur, éclaire la conscience, aiguise notre amour de Dieu et du prochain. Et cette vie de foi et de prière conduit à mettre nos pas, comme la Vierge l’a fait, dans ceux de Celui qui est l’objet de notre foi, qui est le « Tu » de notre prière, par une vie d’obéissance, de pauvreté et de patience, une vie qui s’épanouit dans la  charité et la compassion, dans le véritable amour.

Ainsi, ces vertus ne sont pas un but mais bien un chemin, celui du désir de se rendre agréable à Dieu dans le concret de l’existence, en s’aidant de l’exemple marial. Les mettre en œuvre ne s’appuie pas sur une démarche intellectuelle, mais plutôt sur une démarche contemplative, priante, qui conduit à une connaissance du cœur de Marie et à une mise en pratique de ce que l’on a pressenti d’elle, grâce à la méditation des textes évangéliques qui parlent d’Elle. C’est du domaine de l’expérience.

Regarder Marie dans l’Évangile conduit petit à petit à entrer dans le dynamisme de ses vertus, si bien que  « livre de ma vie » autant qu’il est possible, avec ses faiblesses, ses qualités et ses défauts, donnera à voir, à « goûter » quelque chose de la Vierge Marie, laissera pressentir quelque chose de ce qui devait animer son être profond. Et Marie deviendra au fur et à mesure qu’on la fréquentera un véritable guide spirituel.

Mais nous n’aurons jamais fini de la suivre, d’agir en conformité avec ce modèle de vrai bonheur que nous trouvons en elle. Il nous faut comprendre la Vierge avec les yeux de notre âme, la comprendre de l’intérieur. En Marie nous devons trouver la source de nos pensées, de nos paroles et de nos actions. Lui demander dans telle ou telle difficulté : « que ferais-tu ? », et faire de même… Cela demande de la fréquenter souvent, de vivre comme si elle était à nos côtés. Entre elle et nous, s’installera alors une certaine connivence….

Ainsi, prendre la Vierge comme forme de vie nous oriente petit à petit à vivre autrement. L’être profond se transforme, se recueille ; on est moins dispersé et on ne voit plus de la même façon les autres, le monde qui nous entoure. La vie prend une autre couleur, un je-ne-sais-quoi. Tout devient plus simple. Un désir s’installe en nous, doucement, presque à notre insu, celui de vivre comme Elle pour le Christ et pour les autres, sans nul pourquoi.

 

 

4. octobre 2015

Désirer, plaire à Dieu, suivre la Vierge, trois sujets qui ont nourris notre réflexion depuis le début de cette année. Ils ont été comme le commentaire de cette petite phrase-résumé de la spiritualité de l’Annonciade :

Désirer plaire à Dieu comme la Vierge de l’Évangile.

Vivre cela, plus exactement, tendre à cela, donne à la vie un goût d’Évangile, à l’exemple de celle de Marie. La vie avec les autres en est changée. Ces quelques réflexions vont donc tourner autour d’une réalité bien concrète de nos existences : la rencontre des autres.

Une parole d’hier

Jeanne « nommait son statut, le statut d’amour et de charité. Elle disait que la chose qu’elle désirait le plus dans son ordre, c’était la corde à trois cordons, c’est-à-dire : que la mère ait de l’amour envers ses sœurs, que les sœurs aient de l’amour envers la mère, et le troisième, que les sœurs aient de l’amour les unes envers les autres » (Bx P. Gabriel-Maria).

Pour aujourd’hui

Jeanne de France voit les relations interpersonnelles de ses Annonciades sous l’angle d’un triple lien ou un « lien à trois cordons » qui est ce lien de la perfection dont parle saint Paul : « par-dessus tout qu’il y ait la charité, en laquelle se noue la perfection » (Col. 3,14).

Ainsi, dans toutes rencontres, il y a le jeu subtil du “moi”, du “toi”, du “nous”. Comment ne pas voir dans cette triade, puisque nous sommes chrétiens, un reflet de la Trinité ? Dieu est Amour et s’Il est Amour, Il est Relation. Crées à l’Image et à la ressemblance de Dieu, nous sommes nous donc des êtres de relations. Cela devrait nous pousser vers l’autre, vers les autres, vers notre plus proche prochain. Mais nous sommes si différents : c’est une richesse mais, parfois, source de pas mal de conflits ! Cependant, depuis notre baptême l’Esprit de Dieu nous habite et cet esprit de notre baptême peut vraiment aider à briser les barrières et les obstacles.

Nos vies sont tissées de rencontres. Chaque personne n’est pas une île, mais un être social. Elle trouve son véritable visage en s’adressant à l’autre, aux autres, à ceux et celles de sa communauté de vie, de son lieu de travail, de sa famille etc. Nous nous réalisons nous-mêmes dans le jeu de la relation, des rencontres. Toute existence humaine est marquée par cela.

Nos rencontres sont faites de dialogues, d’événements et de gestes, de simples regards parfois, de simples sourires. Cela peut combler de bonheur, ou non, quand on sent de l’indifférence, par exemple. Que de rencontres manquées ! Mais aussi, que de rencontres réussies quand on tourne son visage l’un vers l’autre, vers les autres, quand on porte un regard de bienveillance les uns sur les autres, quand on est tout yeux et tout oreilles les uns pour les autres etc.

Alors, nous apprenons à connaître ensemble le bien, le vrai, le beau, en vivant les uns avec les autres et les uns pour les autres, en nous écoutant les uns les autres. Mais, tout cela est bien exigeant. Cela demande de sortir de ses égoïsmes, de ses individualismes. Cela exige peut-être à nous poser certaines questions ? Comme par exemple : sommes-nous à l’écoute les uns des autres ? Est-ce que nous prêtons à la personne ou aux personnes que nous rencontrons une attention vraie qui porte le souci de ses préoccupations, la joie de ses bonheurs ?

Dans nos rencontres, nous n’échangeons pas seulement des mots, mais des paroles ayant du sens ; elles portent un message. Les accueillir en soi, c’est un peu accueillir celui ou ceux qui les expriment. Mais, il n’y a pas que les paroles. Il y a aussi les regards, la voix, les gestes. Tout cela fait et tisse la rencontre. Il y a aussi ce que l’on va faire pendant la rencontre ou après la rencontre. L’action est aussi un message, une parole. Et il n’est pas rare qu’à l’issue de telle ou telle rencontre, on attende de nous une réponse sous forme d’action. Cela nous oblige à aller de l’avant.

Dans la rencontre des autres, l’écoute, dans le dialogue avec les autres, nous nous donnons et nous recevons. Au cours d’une rencontre, nous sentons bien si nous sommes présents à l’autre, aux autres, et réciproquement, que la rencontre n’est pas une pure convenance ! Le climat de la rencontre, et de toute rencontre, est important dans toute vie-ensemble, communautaire, familiale, associative etc. Elle peut prendre divers aspects, être un être-ensemble, un être-avec, un être-là, simplement, disponible, écoutant la musique secrète des autres, de l’autre connu et reconnu pour lui-même, pressenti comme plus grand que lui-même car en lui il y a plus que lui-même, puisqu’il y a l’image de son Créateur.

La véritable rencontre débouche sur la joie, la louange, la reconnaissance. Cette joie, cette louange et cette reconnaissance supposent une certaine pauvreté de cœur ; elles sont le chant de ceux et de celles qui vivent l’Évangile des Béatitudes, les mains ouvertes, les portes de notre cœur grandes ouvertes. Notre vie devient alors comme une maison pour les autres, une maison où chacun peut être accueilli, se sentir chez lui, goûter et savourer, ne serait-ce qu’en passant, la Bonté et la Bienveillance du Dieu Très Bon.

Une telle qualité de rencontre est-elle possible? Tout ce qui vient d’être dit peut paraître en effet bien utopique ! Car tant de choses peuvent nous séparer des autres : préjugés, complexes, idées reçues etc. Cela empêche d’aller vers l’autre. Comme la Vierge qui franchissait les montagnes de Judée pour aller chez sa cousine Elisabeth, il nous faut franchir nos montagnes intérieures, comme nos peurs ou nos blocages, sortir de soi, pour aller vers les autres, ne pas craindre aussi de les laisser venir vers nous. L’existence peut alors s’ouvrir sur la reconnaissance, la confiance, devenir cette maison pour les autres, mais après en avoir mendié la grâce auprès de Dieu, en vrais pauvres de cœur.

FIN

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