Juridiction des Frères Mineurs

Notice

La Réol1

Chronique du monastère de La Réole

La Réole : ville de la région de Guyenne, située le long de la Garonne. Port actif. Plaine alluviale large et fertile pour les céréales, coteaux calcaires propices pour la vigne.  Deux couvents féminins voient le jour aux 17e et 18e  siècles dans la cité Réolaise : les Annonciades et les Filles de la Charité de saint Vincent de Paul.

Le monastère des Annonciades de La Réole doit sa naissance à la compétence de deux religieuses expérimentées de l’Annonciade de Bordeaux : Anne de Bordenave et Antoinette de Junquières. L’Ancelle du monastère bordelais, mère Marie Fabre, leur a demandé en effet de s’occuper de cette nouvelle fondation, à La Réole. À cet effet, elles prennent contact avec un bourgeois de la capitale de la Guyenne, Jean Chipault, qui entre en relations avec le premier jurat de La Réole, Raymond Aussudre. Celui-ci accepte le projet, et procure aux sœurs la maison noble de Cambes, située rue des Juifs. Les propriétaires de la demeure, M. Ogier de Gascq de Razac, trésorier de France, M. de Gascq de Beaulieu et M. de Verdus, conseiller au Parlement, ont accepté de s’en défaire et en facilitent même aux religieuses l’acquisition, en 1602. Les jurats de la Réole donnent autorisation d’établir un monastère de l’Annonciade le 8 mars 1603. Raymond Aussudre fait faire les travaux nécessaires et, le 9 avril 1603, Arnaud de Pontac, évêque de Bazas, vient bénir la chapelle qui est dédiée à la Nativité de la Vierge. Mais éclate  un incident: le cardinal François de Sourdis ne veut pas Iaisser sortir de Bordeaux les deux religieuses fondatrices. On doit faire alors appel à quatre sœurs du couvent d’Agen :  Catherine et Bertrande de Durfort, Catherine de Raoul, Arnaude de Godailh. Cependant, en octobre 1604, Anne de Bordenave et Antoinette de Junquières, ayant pu fléchir le cardinal, peuvent faire leur entrée à La Réole. Elles avaient été précédées par cinq jeunes filles de Bordeaux qui désiraient entrer dans ce nouveau monastère. Durant cette période difficile, les religieuses ont été soutenues par les Cordeliers et les familles importantes de la ville et des environs.

Cinq religieuses de Bordeaux viennent aussi renforcer La Réole temporairement : Marie de Philipon, Jacquette Jaubert, Suzanne Gachet, Marie de Salles, Peyronne Bineau.

Les débuts de cette nouvelle fondation sont difficiles. Les sœurs arrivent sans argent. Elles ont compté sur la charité des Réolais pour survivre, mais cela ne se montre pas suffisant. Les religieuses sont obligées d’emprunter et de réduire au maximum leurs dépenses. Elles en arrivent à un état de véritable famine, se nourrissant certain jour d’herbes bouillies et se contentant pour quatre jours de la quantité de pain qui aurait suffi à une seule religieuse pour un jour ! Cependant, la communauté recrute ; en 1618, elle compte treize membres. Les sœurs décident alors d’ouvrir une école pour jeunes filles. Elle sera dirigée par une soeur remarquable, Marguerite Boutin, de 1618 à 1634. Les pensions des élèves permettent de redresser une situation particulièrement endettée, et la maison peut reprendre sa marche en avant.

C’est alors qu’en 1629 arrive une épidémie de peste. La cité est entièrement contaminée et toute la vie désorganisée ; son accès est interdit. Les notables quittent la ville, laissant les jurats faire face à la situation. En dépit de leur bonne volonté, ceux-ci ne peuvent s’occuper du couvent, et la maison est, une nouvelle fois, réduite à la famine. Il est nécessaire de disperser la communauté. Les trois sœurs venues d’Agen qui y vivent encore regagnent leur monastère d’origine, et la Mère de Junquières rentre à Bordeaux. Il reste à La Réole huit religieuses professes, privées de tout, criblées de dettes ; les biens du monastère sont en piteux état. Cependant, la communauté parvient à remonter peu à peu la pente. Le redressement est venu en grande partie de la mère Marguerite Boutin, élue ancelle en 1635, réélu en 1644, en 1650. Elle dirige aussi la trésorerie, et parvient à lui donner une assise solide. Un certain nombre de jeunes filles se présentent et leurs dots sont sagement utilisées. En 1653, le couvent voit son effectif porté à 32 religieuses, et une large partie des bâtiments conventuels ont pu être restaurés dans de bonnes conditions.

La mort de la mère Marguerite Boutin place la maison en situation délicate. Les sœurs qui lui succèdent n’ont pas son sens du gouvernement et font des dépenses inconsidérées. Cependant, en 1683, l’élection de la mère Bonneau, et surtout en 1725, celle de la mère de Lescar marquent le début d’une période brillante. Les travaux nécessaires sont effectués, et le monastère se voit reconstruit presque en entier : 28 cellules sont ainsi aménagées. Les ancelles successives, durant tout le 18e siècle, vont continuer sur cette lancée, spécialement mère Lafargue, mère de Labatut et mère de Birazel.

Concernant le recrutement de la communauté : nombreuses sont les filles nobles, d’avocats ou procureurs au Parlement, de marchands, ou même de docteurs. La proportion des postulantes venant de Bordeaux est particulièrement élevée, au moins jusqu’au milieu du 17e siècle.

Le monastère de La Réole est un monastère régulier, fidèle à sa vocation. On aimerait connaître la vie spirituelle de cette communauté. Malheureusement, les sources manquent à ce sujet.

Quelques dates importantes 

8 septembre 1603 : prises d’habits à La Réole avec procession solennelle.

29 décembre 1603 : bénédiction du dortoir. Le 30 décembre 1603 : bénédiction de la cloche.

Anne de Bordenave meurt le 3 novembre 1609. Elle est Inhumée dans la chapelle du couvent des Frères Mineurs de  l’Observance. Jusqu’en 1646, les 11 religieuses décédées sont également inhumées dans la chapelle des Frères. Le 12 mai 1609, un caveau est béni dans la chapelle des annonciades et les restes mortels des 12 religieuses sont ramenés au monastère.

1618 : ouverture d’un petit pensionnat pour les jeunes filles de la ville.

1629 : Soucis d’argent et épidémie de peste. Les pensionnaires sont priées de se retirer. La communauté à cette époque frôle la misère.

1635 : Marguerite Boutin est élue ancelle. Son activité est considérable. Elle reconstruit les bâtiments, fait restaurer la chapelle. Les sœurs d’Agen et de Bordeaux étant parties, il y a 8 sœurs de chœur à ce moment qui mettent leur ardeur au redémarrage du pensionnat. Mère Marguerite Boutin meurt le 13 novembre 1653, après 42 ans de vie religieuse.

1632-1635 : 7 entrées ; 1638-1641 : 8 entrées ; 1644-1647 : 9 entrées ;  1647-1650 : 5 entrées.

Fin 17ème siècle : les soucis financiers réapparaissent.

15 septembre 1717 : la communauté compte 13 religieuses, un confesseur, un clerc, un jardinier, une servante, une tourière. En 10 ans (1707-1717) : 6 entrées.

1729-1731 : de grands travaux sont entrepris. Construction d’un dortoir de 28 chambres pour mieux loger les pensionnaires. Les Cordeliers de la Réole assurent les confessions, le provincial préside les chapitres d’élections. Les Frères font aussi le catéchisme aux pensionnaires.  Les affaires se rétablissent sous le supériorat de la mère de Léca. La dernière ancelle est mère Marie de Birazel.

Le 28 janvier 1791 a lieu un chapitre d’élection. À cette époque troublée, ce n’est plus le provincial des Frères Mineurs  mais le maire de La Réole qui préside à l’élection de l’ancelle et des différentes officières : Marie de Birazel est élue ancelle, Marguerite Dupin assistante, Rose Lafargue maîtresse des novices et sacristine, Marie Labatut procureuse, Jeanne Christine Héraud première portière, Marie Doumax seconde portière, Marie Delzollliès infirmière. Il faut ajouter : Marie Barbe, sœur « donnée », et les sœurs Jeanne de Madaillan et Anne Arjo. Du côté des Frères Mineurs de la Réole, leur couvent ne compte plus à l’époque que 3 religieux.

Au moment de la Révolution, le monde ecclésiastique est assez présent dans la ville de La Réole. Les Bénédictins sont entre 8 et 10, les Cordeliers 3, les Dominicains 3. Il faut ajouter à cela les 15 chanoines du Chapitre Saint‑Michel, et le vicaire de la paroisse, soit un total de 31 à 33 prêtres et religieux. Les Annonciades sont 10, et les Filles de la Charité 3, soit 13 religieuses. Toute cette organisation est emportée dans la tourmente révolutionnaire. Les trois Dominicains refusent d’abord de se séculariser et demandent à demeurer dans leur Ordre. Mais, finalement, deux d’entre eux acceptent de faire partie du clergé constitutionnel : Eymeric Chamloup, qui devient curé de Vaugnac, en Dordogne, puis, après la Révolution, de Saint  Jory, et Armand‑Joseph Duval qui devient en 1790 aumônier de l’Hôpital Saint‑André à Bordeaux. Le troisième, Jean Ferchaud, remet ses lettres de prêtrise en 1794. Des quatre Cordeliers, un traverse la Révolution : il s’agit du frère Dussault. Après avoir refusé tous les serments révolutionnaires, il se retire à Morizès dans sa famille dont trois membres seront exécutés à La Réole comme contre‑révolutionnaires ; lui‑même a survécu aux événements.

En 1790 : suppression des vœux religieux. Les Annonciades sous la conduite de la mère de Birazel refusent de quitter leur monastère. Leur couvent est alors inquiété par des éléments agités. En octobre 1791, le maire, Constantin Faucher, leur écrit une lettre respectueuse pour les prendre sous sa protection. Cependant, en octobre 1792, elles doivent quitter les lieux.

Que deviennent-elles ? Mère de Birazel n’abandonne pas la direction de ses sœurs, demeurant en liaison avec elles malgré leur dispersion. Elle-même gagne sans doute Saint Hilaire de la Noaille. Marie Doumax, gagne Marmande où elle a de la famille. Certaines vont aller s’occuper des pauvres et des malades dans les hôpitaux. Plusieurs se réfugient à Bordeaux vivant un moment ensemble ou entrant dans un réseau dont le but est de soutenir l’apostolat du clergé réfractaire. Rose Lafargue, Jeanne Christine Héraud, Anne Arjo figurent sur une liste de religieuses se cachant en 1792. Plusieurs vont être emprisonnées comme suspectes, sous la Terreur, dont Anne Arjo qui sera libérée au début de février 1795. Jeanne Christine Héraud comparait devant le tribunal révolutionnaires avec d’autres religieuses, dont deux annonciades de Bordeaux qui seront, quant à elles, guillotinées. Elle-même sera condamnée à la détention jusqu’à la paix.

Les biens des Annonciades de La Réole sont déclarés biens nationaux et sont vendus aux enchères.  De 1603 à 1791, 29 ancelles se sont succédé. De 1608 à 1791, 92 sœurs ont fait profession, et peut-être un peu plus car il manque des noms dans les listes de sœurs établies au 18ème siècle.  Sur l’emplacement de l’ancien monastère  des Annonciades réolaises, démoli en 1885, se trouve le lycée Jean Renou.

Sources manuscrites

Bordeaux, Archives Municipales, Manuscrit 667 (Fonds J. Delpit), f° 370. Les archives possèdent également : Chronique manuscrite du monastère de La Réole, 182 feuillets, cote H 74, à la fois chronique et livre de comptes. Arrêt de la rédaction : 1744.

Les ouvrages suivants donnent des indications de sources manuscrites :

Biron Réginald, osb, Histoire du diocèse de Bazas, 2 volumes manuscrits, inédits, en microfilm aux Archives Départementales de la Gironde, sous la cote I Mi. 2027 et I Mi. 2028. Sur les Annonciades, voir : I Mi. 2027, p. 503/33 – 507/37, 519/49 ; 1 Mi. 2028, p. 719/45 – 721/47

Biron Réginald, osb, Précis de l’histoire religieuse des anciens diocèses de Bordeaux et Bazas, Bordeaux, 1925, p. 121, 142, 143, etc ;

Sources imprimées

Coudroy De Lille P., La Réole, Éd. Féret et Fils, Bordeaux, 1977.

Coudroy De Lille P., Le monastère des annonciades de La Réole (Gironde), mise en image et maquette, J. Destombes et M. Caralp, La Réole, 2000, 20 p. Arch. Fr. Hist. t. 94, 2001, p. 257.

Daspit de Saint-Amand, « Les Annonciades de la Réole », Revue Cath. de Bordeaux, 1892, 25 févr. et 10 mars ; 1893, 25 mars.

Dupin Michel, Monographies des villes et villages de France, collection dirigée par M.-G. Micberth, Ed. Office d’édition du livre d’histoire, 1839 : Notice historique sur La Réole.

Dupont I., « Le monastère des Annonciades de la Réole (1602-1630) », La France Franc., t. 4, 1921, p. 90-102, 303-323 ; t. 5, 1922, p. 153-184, 398-424. Édition : chez Le Puy, impr. Peyriller, Rouchon et Gamon, 1923.

Jamet L., « Les communautés religieuses de La Réole avant la Révolution », Cahiers du Réolais, 17e année, n°63, 3e trimestre 1965, p. 2-4. Sur les Annonciades : p. 3.

Manley – Bendall,  « L’Ordre des Annonciades dans le Réolais », Les Cahiers du Réolais, n°14, 1953, p. 2-4.

Peyrous Bernard, « Les couvents de La Réole (Franciscains, Dominicains, Annonciades, Filles de la Charité) XIIIe-XVIIIe siècles », dans Actes du Colloque du millénaire de la fondation du prieuré de la Réole, Bordeaux, Société des Bibliophiles de Guyenne, 1980, p. 209-225.

RHF, tome 3, 1926, p. 565 ; tome 5, 1928, p. 131, 140, 165.

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