du Monastère de Saint-Doulchard

soeur Marie de l’Immaculée Conception

Pour parler de la miséricorde il faut revenir à l’Ecriture sainte. La miséricorde divine est présente tout au long de l’histoire du peuple de Dieu. Dieu propose une relation d’amour particulière, exclusive : l’Alliance. La miséricorde de Dieu agit toujours pour sauver. La mission de Jésus a été de révéler le mystère de l’amour divin dans sa plénitude. Jésus n’est rien d’autre qu’amour, un amour qui se donne gratuitement. Les signes qu’il accomplit, surtout envers les pécheurs mais aussi envers les malades, les souffrants, les exclus, les pauvres sont marqués par la miséricorde. La contemplation du Verbe incarné, qui s’est livré pour nous et a pris sur Lui les souffrances et la mort est la voie qui nous conduit à entrevoir les profondeurs infinies de la tendresse divine. Celui qui est miséricordieux prend sur lui comme sienne la misère qui affecte autrui et de là fait tout ce qui est en son pouvoir pour la  repousser. La miséricorde est ainsi une modalité de l’amour quand il rencontre la misère. La miséricorde est un don de Dieu qui se reçoit librement avec une totale confiance.

Alors, comment sainte Jeanne a-t-elle compris, reconnu la miséricorde dans sa vie ?

Dès l’âge de cinq ans, le roi Louis XI son père l’envoie au château de Lignières où résident le seigneur de Beaujeu et son épouse. Eloignée de sa famille et de l’affection de sa mère, Jeanne va se tourner vers Dieu et la Vierge Marie. Dans sa prière, elle demande à la Vierge Marie : «qu’il lui plut de lui enseigner et de lui révéler en quoi elle pourrait lui faire grand service et plaisir … » (cf. Chronique in Les Sources, n° 8) Et là, il est surprenant de voir que Sainte Jeanne attribue à la miséricorde la réponse à sa prière. « Un jour que j’entendais la messe, il plut à la divine Miséricorde de me révéler qu’avant ma mort je fonderais un ordre religieux en   l’honneur de la Mère de Dieu … »  Ce désir pur, cette confiance inébranlable d’une petite fille touche le cœur de Dieu.

« Rien n’est plus important que de choisir « ce qui plaît le plus à Dieu », c’est à dire sa miséricorde, son amour, sa tendresse, son étreinte, ses caresses » (Pape François, audience du 9 décembre 2015)

Sainte Jeanne désire faire le plaisir de Dieu, c’est à dire, elle veut choisir l’amour de Dieu. Pour elle, la révélation de fonder un Ordre religieux est une grâce de la Miséricorde Divine. C’est le dessein d’amour du Père. L’Ordre qu’elle va fonder est une œuvre d’amour, celle de Dieu, qui rend visible le mystère de l’amour trinitaire de Dieu. Elle ne sait pas encore quand cela se réalisera, mais elle sait que la miséricorde divine est là. Ce don gratuit de Dieu, elle va le recevoir, y répondre et accomplir par la bonté divine le dessein de Dieu. Cette révélation va éclairer toute sa vie. Son désir de plaire à Dieu, d’aimer Dieu va croître toute sa vie et dans la dynamique de cette quête, il lui sera donné de choisir les franciscains comme confesseur.

A 12 ans en 1476, son père va la marier à Louis, Duc d’Orléans, de deux ans plus âgé qu’elle. Si Jeanne présente quelques disgrâces physiques, Louis est beau mais frivole, et n’acceptera jamais cette union forcée. Jeanne s’appuiera sur son amour pour le seigneur pour affronter les épreuves .Car Louis ne l’aime pas et n’est pas souvent près d’elle. Si toutefois il y est obligé, il ne lui témoigne aucun amour et la méprise même en public. Avec d’autres princes, Louis complotera contre Louis XI et Charles VIII, son fils qui lui a succédé. Emprisonné à la grosse tour de Bourges, Jeanne fera tout pour qu’il ait des conditions carcérales dignes ; elle le visite, le console et lui témoignera beaucoup de dévouement et d’affection. Sa bonté est telle qu’elle demande avec insistance la libération de son mari au roi Charles VIII son frère. Les gens de la cour en seront presque scandalisés car ils savent que Louis a tort dans son comportement. Elle espère en la miséricorde pour les pécheurs. Elle espère la conversion de son époux envers elle, tout en étant lucide. Libéré, Louis ne changera pas ses sentiments envers elle.

Mais le cours de l’histoire bascule, le roi Charles VIII meurt accidentellement sans descendance. C’est Louis d’Orléans, le mari de Jeanne qui devient roi. Louis XII alla seul se faire sacrer roi et commença les démarches pour faire annuler son mariage avec Jeanne. Le procès démarre fin août 1498 et la reconnaissance en nullité le 17 décembre 1498. Jeanne reçoit le duché du Berry en apanage. Jeanne accepte la sentence de nullité et pardonne à ceux qui ont témoigné contre elle. Elle en choisira plusieurs pour la conseiller dans sa tâche de Duchesse du Berry. Le procès de son annulation de mariage sera une grande souffrance pour elle et pendant plusieurs mois elle fut en grande affliction. Mais elle montra beaucoup de patience en son épreuve. La force de pardonner et la patience sont les fruits de la miséricorde. Elle dira à la demande de son confesseur le Père Gabriel Maria ce qu’elle entendit: « Notre Seigneur à cette heure, me fit la grâce que, soudain, quand j’entendis ces nouvelles, il m’entra dans le cœur que Dieu le permettait ainsi afin que je fasse beaucoup de bien, selon que j’avais tant désiré. » (Les Sources, p. 350)

La force divine qui l’anime lui permet de réaliser ce qu’elle n’a pas pu faire encore : la fondation de l’Ordre, et surtout faire beaucoup de bien.

En étant duchesse du Berry, Ste Jeanne devient plus libre pour s’occuper des pauvres. Elle crée des bourses pour des étudiants pauvres et redonne vie au collège Ste Marie pour promouvoir l’éducation. Elle s’occupe de donner ou de faire donner des soins aux malades et de ses propres mains, elle soignait elle-même les plaies qu’avaient certaines pauvres femmes aux jambes, se mettant à genoux devant elles pour les leur panser plus à son aise (Chronique, in Les Sources p. 237) Elle dotera quelques jeunes filles à son service pour qu’elles soient bien mariées .En disciple de Jésus, elle lavait les pieds de douze pauvres, le Jeudi Saint, signifiant ainsi qu’elle était servante de ses frères en humanité. «  La miséricorde humaine est la forme concrète de la miséricorde divine en ce  monde. » Elle entourera et conseillera un bon nombre de femmes vivant la même situation qu’elle ou qui cherchent un appui. L’intimité d’amour entre Jésus et Sainte Jeanne, sa profonde communion avec Marie s’approfondissent. C’est la tendresse de Dieu qui se répand dans son cœur,  sa miséricorde puisque Dieu est amour. Sainte Jeanne va transmettre ce qu’elle a reçu. La  réponse à son désir de plaire à Dieu et à Marie n’est pas que pour elle. Elle la transmet à ses sœurs et aussi à toutes personnes désirant vivre de la vie de Marie.

Le charisme de l’Annonciade témoigne de la miséricorde de Dieu pour tous les hommes.

Les divers écrits de nos fondateurs sont émaillés de textes sur la miséricorde :

«  Vous mes filles, à l’exemple de Marie, vous devez bien vous aider les unes les autres en tout et être miséricordieuses entre vous ….Vous devez tant aimer la miséricorde que le jour où vous n’auriez fait aux autres miséricorde, vous le considériez perdu» (Première Règle 10,17)

« C’est à bon droit que la Vierge Marie est appelée par l’Eglise Mère de Pitié et de Miséricorde. A l’exemple et à sa ressemblance, que les sœurs revendiquent pour elles le privilège et le renom de la pitié et de la miséricorde, donnant l’aumône spirituelle et corporelle, dans la mesure où elles le peuvent, aux vivants et aux défunts, aux justes et aux pécheurs,  pleurant leurs péchés et les leurs » (Première Règle 9,30)

« A l’exemple et à l’imitation de la Vierge Marie les sœurs doivent accomplir les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles. Car puisqu’elles sont filles et sœurs spirituelles de la Vierge Marie elles doivent être miséricordieuses avec la Vierge très miséricordieuse. »

Ces textes nous montrent l’expérience des fondateurs, sur leur chemin à la suite de Jésus avec Marie, et la miséricorde de Dieu qui les habite. Sainte Jeanne a compris « ce qui plaisait le plus à Dieu », l’exigence de l’amour de Dieu. Selon le Pape François, « ce qui plait le plus à Dieu ? Pardonner à ses enfants, avoir de la miséricorde envers eux, afin qu’eux aussi puissent à leur tour pardonner à leurs frères, resplendissant comme des flambeaux de la miséricorde de Dieu dans le monde » (Audience du 9 décembre 2015). A l’école de Marie, dans la contemplation de la Passion de Jésus, dans l’amour de l’Eucharistie, Sainte Jeanne a appris la miséricorde, le pardon, la charité,  la recherche de la paix, de l’unité. Elle nous révèle les paroles que Marie lui a dites : « Tu chercheras à établir la paix entre tous ceux au milieu desquels tu habites. Tu ne diras rien d’autre que des paroles de Paix, soucieuse du salut des âmes. Tu n’écouteras pas les paroles honteuses ou médisantes et dès que tu verras quelques pécheurs, tu diras en ton cœur : il faut sauver ces pauvres gens. Car Dieu a permis qu’ils pèchent en ta présence pour voir, lui Dieu, comment tu voudrais prier pour eux et quel labeur tu entreprendrais pour pouvoir les sauver. Excuse-les auprès de Dieu afin d’être l’avocate et le défenseur de tous. »

En cette année de la miséricorde, que Sainte Jeanne nous entraîne dans la contemplation de la Passion de Jésus pour accueillir toujours mieux la miséricorde de Dieu, et nous stimule dans le pardon et la charité envers nos frères.

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