L’année 2017 est une année importante pour l’Annonciade, celle du 500ème anniversaire de l’approbation de sa Règle de vie. Il a paru donc bon de revisiter à cette occasion l’itinéraire marial de cette Règle, un itinéraire qui décline dix vertus évangéliques de la Vierge Marie. Les quatre premières vont être proposées au cours de cette année : la pureté en janvier, la prudence en avril, l’humilité en juillet et la foi en octobre. Pour parler de ces vertus, les Fondateurs, sainte Jeanne de France et le bienheureux père Gabriel-Maria, utilisent une image musicale. L’un les appelle « le psaltérion à dix cordes, l’autre « la harpe de la vie ». Voilà pourquoi, ces médiations vont donner une large place à la musique. 

 

1. Janvier 2017

« Rien d’ici-bas n’est aussi pur que l’âme de Marie. Un océan de cristal sous le soleil de midi » (frère David, osb)

La Vierge est sans partage, pure, simple. Elle vit sans s’en apercevoir en présence de Dieu. En toute circonstance, elle discerne sa Présence. Elle vit d’une manière exemplaire la béatitude des cœurs purs : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Mt 5, 8). Comme Marie, nous pouvons nous aussi « voir Dieu », toucher son action, pressentir sa Présence dans notre vie, au cœur même de notre quotidien. Car Dieu a rejoint la Vierge dans son quotidien, à Nazareth. Et nous aussi nous avons notre Nazareth, ce lieu où Dieu même nous rejoint et nous appelle à donner le meilleur de nous-mêmes.

Le cœur pur de Marie

Il y a des musiques qui portent à l’intériorité ; il y a des musiques qui éveillent en nous le meilleur de nous-mêmes, qui attisent notre soif d’absolu, notre désir du beau. Il y a des musiques qui font penser à Marie. Telle celle d’Arvo Pärt. Sa musique suscite une réelle impression de pureté, d’intensité recueillie. En cela, elle dit quelque chose de l’être de Marie. C’est une musique très épurée. Cette impression est due par le choix qu’il fait d’utiliser dans ses compositions des rythmes simples – jeu d’un instrument entre trois notes principales par exemple – ou bien des notes récurrentes qui donnent à sa musique une impression de stabilité ; ou bien encore, absence ou peu de modulations. Tout cela contribue à créer un climat de contemplation et d’intériorité.
« Je pourrais comparer ma musique, dit-il, à une lumière blanche dans laquelle sont contenues toutes les lumières. Seul un prisme peut dissocier ces couleurs et les rendre visibles : ce prisme pourrait être l’esprit de l’auditeur ». Il dit encore : « j’ai découvert qu’une seule note suffit quand elle est bien jouée ». Marie n’est-elle pas cette « lumière blanche » dans laquelle sont contenues toutes grâces et tous biens ? « Réjouis-Toi pleine de grâce » lui dit l’Ange de l’Annonciation. N’est-Elle pas encore cette « note » unique que l’Esprit Saint fait vibrer incomparablement ? « L’Esprit Saint viendra sur Toi et te prendra sous son Ombre » lui a dit encore l’Ange de l’Annonciation.

Notre meilleur modèle

Regarder Marie, la prier, éveille en nous le désir de la véritable pureté. On sent monter en soi le désir de se tourner vers la lumière, de se tourner vers Dieu qui est la source de tout Bien. La pureté ? Chacun en rêve comme quelque chose d’impossible, comme un idéal inaccessible ! Et pourtant, c’est possible. La vie de Marie nous le dit. Suivre son exemple nous en ouvre l’accès.
Marie n’a pas mis d’obstacle à l’action de Dieu en sa vie, Elle lui a soumis toute son existence. Elle a fait confiance, à l’Annonciation et dans tous les événements qui ont suivi : elle n’en connaissait ni le sens ni la portée, mais elle a consenti, n’ayant rien d’autre à donner « que le trésor de son oui ».
Sa vie nous dit qu’un cœur pur est sans partage, il se donne tout entier, cherchant en tout à plaire à Dieu, s’ajustant à ce qui Lui plaît. Un cœur pur est simple : pas de calcul, pas de mensonge, ni de faux-semblant. Il est sans arrière-pensée.

Surmonter les défis

« Toutes ses inclinations se soumettent au désir des vertus, simplement pour plaire à Dieu. Elle ne consent jamais à prendre plaisir en des choses vaines et transitoires. Elle refuse tout ce qui pourrait empêcher la pureté de son cœur. Elle prend toute sa consolation à faire le bien qu’elle peut pour l’amour de Dieu ; elle conduit toujours les autres à bien faire et à se réjouir du bien que l’on fait… » Telle est la feuille de route que le bienheureux Gabriel-Maria donne à toute personne assoiffée de pureté afin de l’aider à surmonter les défis que cela suppose.
Car si la pureté du cœur est un « oui » à Dieu mais, nous le savons bien, nous avons aussi à dire « non » à tout ce qui fait obstacle en nous à la grâce de Dieu, « non » à ces tendances peccamineuses qui nous habitent. Rude combat, combat contre les séductions de l’égoïsme ou de l’orgueil, contre toute concupiscence et tout ce qui peut ternir ou troubler notre conscience. Mais la conjugaison de notre désir, de nos efforts humbles et persévérants, et de notre disponibilité à l’action de l’Esprit saint aide à résister aux multiples tentations de ce monde.
Pour que notre vie puisse laisser pressentir quelque chose de la Beauté de Dieu, il faut faire comme en musique, « Il faut beaucoup travailler, connaître à fond les règles de l’art qu’on veut cultiver…. Or, pour travailler efficacement, en admettant qu’on possède déjà les principaux éléments de l’harmonie, il est, non seulement utile, mais nécessaire d’étudier les œuvres des hommes de génie, soit en les entendant, soit en les lisant. Il faut, de plus, se rendre compte des procédés qu’ont employés ces hommes pour arriver aux effets qui nous frappent […. ] Quant aux procédés pour trouver soi-même des mélodies ou des combinaisons vraiment belles il n’y en a pas. Ils ne peuvent être enseignés méthodiquement. Mais, par l’étude du Beau, on peut arriver à découvrir en soi-même un feu qu’on ne connaissait pas et qui est l’inspiration »…. », qui est l’Amour du Beau prenant corps dans une création musicale. Car « la flamme créatrice ne trouve son véritable aliment que dans l’amour, et dans le fervent enthousiasme pour la Beauté, la Vérité et le pur Idéal » (Vincent d’Indy).
Ce que dit Vincent d’Indy peut se transposer dans le domaine spirituel. L’attrait d’une vie pure, en effet, l’attrait d’une vie simple et belle, cela demande beaucoup de travail sur soi. Cela demande aussi d’être attentif à ce « feu » intérieur qui brûle en nous depuis notre baptême, d’être attentif aux bonnes inspirations que l’Esprit Saint éveille en nous : la prière, la réception des sacrements, la fréquentation de la Parole de Dieu, de la vie des saints, tout cela peut nous y aider. Et puis, si d’aventure nous prenons la Vierge comme guide et modèle de nos existences, alors sur nos chemins de vie si compliqués, parfois si obstrués et obscurs, brillera une douce et pure lumière. Marie nous fera comprendre que « tout est possible à celui qui croit ».

 

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