Juridiction franciscaine

Notice

Par son testament du 26 janvier 1617, Antoinette Delherm fait don à l’Annonciade de la totalité de ses biens, avec cette clause : la fondation d’un monastère annonciade en la ville de Rabastens,  et la distribution du tiers des ses biens aux pauvres, une fois la fondation achevée. Le Provincial des Franciscains d’Aquitaine s’adresse au couvent de l’Annonciade de Notre-Dame  de Fargues,  à Albi,  pour avoir des sujets, ainsi qu’à l’évêque du lieu, Alphonse d’Elbène, pour les autorisations nécessaires.

Les Annonciades d’Albi ne pouvant pas envoyer des sœurs pour cette fondation, le provincial fait appel au monastère annonciade de Bordeaux qui accepte d’envoyer temporairement cinq religieuses afin de fonder  le couvent de Rabastens. Ainsi, Marguerite de Sceaux (Sault), ancelle, Catherine Tellier, Catherine de Vienne, et deux novices, Françoise Mercier et Catherine de Sceaux (Sault), quittent Bordeaux pour Rabastens. Catherine Tellier et Catherine de Vienne devaient mourir à Rabastens, l’une en 1622 et l’autre 1624 ; Marguerite du Sault restera ancelle une dizaine d’années, jusqu’en 1627, puis regagnera Bordeaux.

Acte de fondation du monastère par le Provincial d’Aquitaine, frère Guillaume

Le petit groupe des fondatrices arrivent à Rabastens vers le 15 septembre 1617. Le 20 octobre 1617, elles achètent  un terrain à Jean-François d’Ysarny.  Au 29 juillet 1618, la construction de l’église est bien avancée ainsi que les bâtiments conventuels, si bien que le 3 novembre 1618 peut avoir lieu l’érection canonique du nouveau monastère par l’évêque du lieu, Alphonse d’Elbène.

Dix ans s’écoulent.  Puis, les religieuses venant de Bordeaux, dont l’Ancelle Marguerite  de Sceaux (Sault), regagnent  leur monastère d’origine, ce qui diminue le nombre de sœurs.  Le Provincial  se tourne une nouvelle fois vers le monastère d’Albi, afin de demander quatre religieuses pour  renforcer Rabastens. Sa demande est du 19 octobre 1627. Les Annonciades d’Albi vont accepter, à la suite il est vrai d’une intervention de l’Evêque. A la tête de ce petit groupe se trouve Anne de Cambefort, qui est élue Ancelle du monastère de Rabastens.  Il est intéressant de noter que ses ancêtres ont été en relation avec François d’Estaing, un ami du cofondateur de l’Annonciade, le père Gabriel-Maria. De son côté, la donatrice et bienfaitrice du monastère de Rabastens Antoinette Delherm, ainsi que sa famille, sont des proches de  l’Observance franciscaine. Dans son testament du 26 janvier 1617, Antoinette Delherm demandera à être ensevelie dans l’église des cordeliers.

Près du monastère des Annonciades de Rabastens  se trouve le couvent des Cordeliers. Il a déjà une longue histoire puisqu’il a été fondé en 1291. Les Annonciades de Rabastens, dès la fondation de leur couvent, jusqu’en 1762, vont bénéficier de la sollicitude des frères pour le service de l’aumônerie, des confessions.

Si le couvent des Cordeliers a été un couvent bien réformé, dans la seconde moitié du 18ème siècle ce n’est plus tout à fait le cas, si bien que la juridiction sur les Annonciades va leur être retirée. Deux documents gardent la mémoire de cette affaire :

1- mémoire de l’archevêque d’Albi à l’assemblée générale du clergé de France, rédigé en 1762, contre les cordeliers, soutenus, quant à eux, par le Parlement de Toulouse.

2- rapport de l’archevêque de Rodez Charles de Grimaldi d’Antibes, de la maison des Princes de Monaco, à l’assemblée générale du clergé de France, où il réclame pour les annonciades la juridiction de l’ordinaire, en juin 1762.

Cet incident jette une lumière sur la situation de l’Église en France au 18e siècle. Les Ordres mendiants sont soucieux de défendre leurs privilèges, entre autres leur exemption de la juridiction de l’Ordinaire du lieu, ce qui les entraîne à certains abus dans le gouvernement des communautés dont ils ont la charge. Les parlements des villes, quant à eux, empiètent sur la juridiction ecclésiastique. De son côté, l’épiscopat gallican, au lieu de recourir à Rome, sollicite plutôt l’intervention du pouvoir civil et royal dans des conflits à caractère purement religieux. Ainsi ce qui survient en 1762 à l’Annonciade de Rabastens est révélateur de la situation de l’Église en France, en cette seconde moitié du 18e siècle.

L’origine familiale des sœurs  est de qualité. En 1629, on relève les noms d’Anne de  Cambefort, d’A. de Pagès, de M. et C d’André, d’A. de Blandinières, etc.  Comme ressources, le monastère possède les dots et les revenus des propriétés. Le monastère est bien considéré par la population de Rabastens.

En 1701, Théophile Teste, un frère Cordelier du couvent de Rabastens,  est confesseur de la communauté.

La béatification de Jeanne de France donne lieu à des célébrations liturgiques. Par un mandement du 17 juin 1743, l’évêque du lieu, Mgr de Castrie, fixe le programme des fêtes. Un triduum est organisé. Il s’ouvre par une procession, le dimanche 14 juillet 1743, qui a lieu après les vêpres. Le lendemain, lundi, visite du Chapitre de la cathédrale aux Annonciades, en procession ; le mardi matin a lieu la procession des pénitents bleus,  et le soir celle des pénitents blancs ; enfin la procession des cordeliers  a lieu le mercredi 17 juillet. Ces cérémonies se déroulent au milieu d’un grand nombre de fidèles.  En souvenir de ces fêtes, l’Ancelle, la Mère de Colombe, fait édifier le clocher de l’église et lui attribue une cloche d’un poids de 81 livres, œuvre des frères Regnaudin, fondeurs lorrains, venant travailler à Albi.

Après  des trois jours de fête, la vie conventuelle reprend son cours pour une quarantaine d’années.

Le 3 octobre 1791, en pleine période révolutionnaire, les autorités municipales de Rabastens signifient aux Annonciades leur expulsion. Elles sont au nombre de 15. Le 12 novembre 1792, la communauté quitte les bâtiments qui sont vendus, puis démolis. Le terrain est vendu en deux lots. Un lot est acheté par les Frères de la Doctrine Chrétienne de Carcassonne, l’autre par la ville pour y installer le presbytère de la paroisse Notre-Dame du Bourg.

Ainsi, le promeneur qui, aujourd’hui, se rendrait au centre de la ville, dans le quartier Soubira, sur les bords du Tarn,  et qui s’approcherait du presbytère de Notre-Dame du Bourg, se trouverait sur l’emplacement de l’ancien monastère des Annonciades

Sources manuscrites

Bibliothèque Nationale de Paris, BnP, Collection Doat, t .113 folio 467r‑169r ; Archives Départementales (Albi), série H, Annonciades, liasse 76.

Sources imprimées

Carrié Abbé, « Monastère de Rabastens », Semaine religieuse de l’Archidiocèse d’Albi, n° 8, 23 février 1918, n° 10, 9 mars 1918.

Carrié, « La bienheureuse Jeanne de Valois », Semaine Rel. d’Albi, 1918, 23 févr. – 9 mars.  Ces articles traitent du seul couvent de Rabastens.

De Lacger L., « À propos des Annonciades de Rabastens. L’Or­di­naire d’Albi et les Cordeliers (1760-1762) », RHF, t. 3, 1926, p. 398-415.

Desprats Abbé Bernard, « Le monastère de Rabastens », L’Écho de Rabestens, n° 123, n° 124, 1979.

Gaubert Abbé, « Le couvent des annonciades », dans Mémoires, tome 10, Rabastens, 1913, p. 5

J.V., « Une œuvre posthume d’Émile Marty. Archives des notaires de Rabastens, deuxième série », L’Écho de Rabastens, n° 136, n° 141, Rabastens, 1982-1983.

Marty Simone, « Dis-moi où tu habites », L’écho du pays rabastinois, n° 217, 2e trimestre 2002, p. 28-30 : Impasse des Annonciades.

Noyer Henry, « Les annonciades de Rabastens », L’Écho de Rabastens, n° 84 à 86 et 88 à 93, 1970 – 1971.

RHF, Tome 3, 1926, p. 398-415, 564 ; tome 5, 1928, p. 122, 131 , 139, 140, 154, 159, 165 ; tome 8, 1931, p. 204 ; FF, tome 4, 1921, p. 92.

Rossignol Élie, « Couvent des religieuses Annonciades », dans Monographies communales, tome 4, Rabastens, 1866.

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