Image, 20è siècle, Annonciade, Heverlee (B)

Image, 20ème siècle : symbole de la louange

La prière ? Ne serait-ce pas l’histoire d’une relation d’amour entre celui qui prie et Dieu ? Si c’est cela, l’histoire d’une relation, la prière prendra alors toute la vie comme elle a pris toute la vie de la Vierge Marie, de l’Annonciation à la Pentecôte en passant par le Calvaire. On peut dire que Marie a été enracinée dans la prière, enracinée en Dieu. Et de ce fait elle est entrée dans la familiarité du Très Haut. Sa vie nous en trace le chemin.  Si nous suivons ce chemin, si nous mettons la prière au cœur de notre existence, nous journées seront vécues autrement, la prière sera comme une musique de fond soutenant notre marche.

Marie priante

En relisant les passages d’évangile où il est question de la Vierge, on peut deviner quelques aspects de la prière de Marie. D’abord, l’écoute et la louange. Marie a été attentive aux paroles de l’Ange de l’Annonciation. Son attention ou son écoute s’est épanouie en un « Oui » sans retour : « qu’il me soit fait selon ta parole. » Marie a loué les bienfaits divins pour elle et pour le Peuple de Dieu. C’est son Magnificat, une prière de louange. Puis vient la méditation. Il est dit que Marie retenait, gardait dans son cœur pour les méditer  et les ruminer, les repasser en son esprit, tout ce qui lui était dit de la part de Dieu. Prière silencieuse, méditative. Un autre aspect de la prière de Marie est l’intercession. Aux Noces de Cana, lorsque le vin est venu à manquer, Marie l’a remarqué et, discrètement, elle a intercédé auprès de Jésus : « ils n’ont plus de vin ». La prière de Marie s’est faite aussi communion silencieuse, insondable cœur à cœur, lorsqu’elle s’est trouvée debout près du Christ en croix. La prière de Marie a été enfin persévérante. Après la résurrection, en effet, il est dit dans les Actes des Apôtres, que Marie était assidue à la prière, avec les apôtres et quelques femmes. La  prière a accompagné les pas de Marie tout au long de son pèlerinage sur la terre.

Tout ce qui vient d’être dit sur la prière de Marie, nous parle de notre propre vie de prière : l’attention à la Parole de Dieu : la louange, la méditation, la prière de demande et d’intercession, le cœur à cœur silencieux, et bien sûr, la persévérance. Toutes ces formes de prière nous aident à entrer dans la familiarité avec Dieu, comme la Vierge. Et cela est essentiel à notre vie, car une vie sans prière serait comme sans lumière, sans respiration. Mais la prière n’est pas facile. On peut dans la prière rencontrer l’ennui, le découragement, la lassitude, la répétition ou l’habitude. Qu’importe. L’important c’est de persévérer et de désirer car, comme le dit saint Augustin, « si le désir est continuel, la prière est continuelle ».

Prier c’est vivre autrement

La prière aide à se décentrer de soi pour accueillir la grâce de Dieu, accueillir les grâces de Dieu en nos vies. La prière donne la force de vivre le quotidien avec ses grisailles et ses mille difficultés. La prière est une force qui nous aide à nous enraciner en Dieu. C’est une force de vie car cela change la manière de vivre le réel de l’existence. Quand on prie, on n’accueille pas de la même façon l’autre, un autre qui, peut-être, peut nous énerver, nous déranger, nous blesser… Prier purifie le cœur  qui peut s’ouvrir au travail secret de l’Esprit saint. Prier permet de vivre le moment présent « autrement ».

L’inattendu qui peut déranger est vécu « autrement ». Grâce à la prière, – même courte mais cependant régulière -, les situations de la vie ne sont pas abordées de la même façon. Car, la prière change le regard sur autrui. Certes, dans certains cas, on ne peut pas toujours avaliser ce que fait l’autre qui peut parfois avoir des torts. Mais la prière peut, à la fois, donner la lumière sur l’acte plus ou moins bon de l’autre et la force de ne pas condamner la personne. La prière est un chemin vers la sérénité du cœur. La prière, encore une fois, demande l’assiduité, la persévérance. Donner du temps à Dieu, gratuitement, se laisser imprégner par l’Esprit du Christ. La prière nous aide à connaître, à discerner, ce que nous devons faire. La prière ouvre le cœur à la volonté d’amour de Dieu sur nous, et cela, à travers n’importe quelle situation de la vie.

Une forme de prière qui peut changer la vie, c’est la prière des psaumes. Tous les sentiments du cœur humain traversent les psaumes. Prier avec les psaumes peut alors être une force pour soi, certes, mais aussi une force de communion avec les hommes et les femmes du monde entier. Car les psaumes disent notre vie d’aujourd’hui, avec ses drames, ses guerres, mais aussi avec ses joies et ses espérances. On prie avec les mots mêmes de l’Église, notre Mère.

Prier aussi avec l’Évangile : cet Évangile nous interpelle dans la manière dont nous vivons notre vie.  La rencontre en tête-à-tête avec le Seigneur, à la manière d’un couple, donne le goût de se donner, de temps en temps, un petit moment de retraite spirituelle, comme un cadeau que l’on se donne à soi, mais aussi à Celui que l’on prie !

Prier avec son cœur. Il est dit que sainte Jeanne de France avait toujours « Dieu en son cœur » ; il est dit de son confesseur, le frère franciscain Gabriel-Maria, que la prière de  louange habitait tous les instants de sa vie. Tous deux ont fait l’expérience de la prière du cœur, de la prière continuelle. Nous-mêmes nous pouvons faire cette même expérience quand jaillit de notre cœur, au milieu de notre travail, de nos occupations journalières, des courtes prières comme « Dieu, viens à mon aide », le « Je vous salue Marie », les Noms de « Jésus, Marie », ou bien des phrases de psaumes. Ces courtes prières, que la tradition monastique appelle les oraisons jaculatoires, sont un moyen de canaliser nos pensées, de mettre fin à nos ruminations intérieures souvent stériles, d’apaiser ou de purifier  les puissances désirantes, irascibles et raisonnables de notre être. Petit à petit, notre vie devient une vie priante, sous le regard de Dieu et, de ce fait, plus disponible, plus accueillante au réel de notre quotidien.

La prière qui prend toute la vie

«Je n’ai rien trouvé qui ne m’ait fait plus de bien, pour progresser en vertus, que de prendre pour mon métier quotidien de toujours me reprendre et de toujours louer, honorer et magnifier Dieu. Ainsi, quoi que je fasse, soit que je prêche, que je confesse, que je dise mon office ou fasse quelque chose d’autre, que tout soit pour la gloire et l’honneur de Dieu, tout le reste m’importe peu. Et je ne voudrais pas perdre une seule parcelle de temps sans avoir toujours les louanges de Dieu et de sa très digne Mère dans mon cœur et sur mes lèvres, soit en allant et venant, mangeant, buvant, parlant et dormant, autant qu’il est possible… » (Bx P. Gabriel-Maria).

La prière a pris toute la vie de Gabriel-Maria. Ses pensées, ses paroles, ses gestes étaient imprégnés de prière.  Sa vie de prière l’a véritablement établi en Dieu.  Cela lui a demandé du travail. Sa vie de prière était comme un métier que l’on exerce tous les jours. Toutes circonstances ont été pour lui une occasion de louer Dieu, de Le prier. À ses filles spirituelles il recommandait que, dans les contrariétés de la vie, elles aient  le réflexe de se réjouir intérieurement car elles sont alors sur le chemin de la véritable joie, celle imprenable, celle des béatitudes, celle de la Vierge reconnaissant en son Magnificat les dons de Dieu pour elle et pour toute l’humanité.

Pour Gabriel-Maria,  la prière est un véritable milieu de vie comme peut l’être la musique pour un musicien.  Les exemples en ce domaine ne manquent pas. Ainsi, le célèbre organiste Louis Vierne. Bernard Gavoty, dans la biographie qu’il a consacré à ce grand musicien, a bien mis cela en valeur : « La musique fut, sans aucun doute, sa passion dominante : il y concentrait le meilleur de lui-même, et n’y exprimait que lui-même. [… ] Je l’ai vu, à telle heure douloureuse de sa vie, quand tout sombrait autour de lui, se raccrocher à l’espoir de la création, comme un naufragé à la dernière épave. Par un jeu inverse, la musique le sauvait de lui-même, en l’obligeant à traduire son désarroi. La nécessité de maintenir à bonne distance son mal pour le mieux peindre l’empêchait de s’y abandonner, et l’apaisement que le temps donne à la passion, la musique le lui procurait parce qu’elle lui faisait franchir d’un bond cet espace au delà duquel la douleur cesse d’être une douleur pour n’être plus qu’un souvenir. Le temps, l’éloignement, c’est la consolation, peut-être… » (p. 187).

Enraciné dans la musique, Louis Vierne a pu traverser les épreuves de la vie ;  elle lui a permis de prendre de la distance par rapport à ce qu’il vivait de difficile. Jusqu’à son dernier souffle,  il a été habité par la musique puisqu’il est décédé subitement alors qu’il s’apprêtait à improviser  sur l’Alma Redemptoris Mater, au grand orgue de Notre-Dame de Paris.

Ce que la musique a été pour Louis Vierne, la prière peut l’être pour celui qui prie.  Aux heures sombres de la vie, la prière peut nous sauver de nous-mêmes, de nos enfermements ; dans l’épreuve, elle peut nous rapprocher de Celui qui est venu emplir de sa Présence  toute souffrance ; elle peut ouvrir une brèche dans les murs de nos prisons intérieures. Aux heures claires, aux heures étoilées de la vie, la prière peut relancer nos désirs et notre espérance, élargir notre horizon, nous aider à aller de l’avant.

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