Juridiction franciscaine

Notice

Le 20 juillet 1626 le père provincial des Frères Mineurs de l’Observanc e, Jacques Lafroigne, conduit un groupe d’annonciades à Saint-Nicolas-de-Port, afin d’y fonder un monastère de leur Ordre. La fondatrice, c’est-à-dire la personne qui a permis la fondation grâce à son aide pécuniaire, est Dame Claude Pinocel, première femme de chambre d’Henriette de Lorraine, la sœur de Charles IV de Lorraine. Dame Pinocel entrera elle-même au monastère de Saint-Nicolas-de-Port prenant le nom de sœur Marie des Anges.  La mise en clôture des premières sœurs a lieu le 5 juillet 1626.

Plusieurs religieuses fondatrices viennent du monastère annonciade de Pont à Mousson ; l’ancelle et son assistantes, quant à elles, viennent du monastère de Saint-Eutrope : ce sont la mère Marguerite de Saint-Gabriel de Saint-Vrain et la sœur Marie de Saint-François.  Deux ans après la fondation, en 1628, ont lieu les professions des sœurs nouvellement entrées au monastère : celles d’Anne de Saint-Nicolas, de Jeanne de Saint-Gabriel, de Séraphique de Saint-François, de Françoise de Saint-Laurent et de sœur Marguerite de Saint-Jean.  De 1628 à 1787, il y a eu 104 professions religieuses.

Des sœurs peuvent être envoyées dans un autre monastère de l’Ordre, d’autres, venant d’un autre Ordre, peuvent demander d’entrer à l’Annonciade. Deux exemples : le 15 août 1635, sœur de l’Assomption fait profession à Saint-Nicolas-de-Port. Elle mourra au monastère annonciade de  Bar-le-Duc, en 1700. Le 21 février 1754 a lieu la profession de sœur Rosalie Le Blanc : auparavant, elle a été religieuse de chœur au couvent des religieuses de Saint-François, de Nancy.

Voici  quelques noms de  Mères Ancelles :

Mère Marguerite de Saint-Vrain, ancelle de 1626 à 1630 ;

Mère Séraphique de Saint-François, ancelle de 1630 à 1672 ;

Mère Marie-de-Jésus, ancelle de 1682 à 1690 puis de nouveau en 1693

Mère Marie de Saint-François Philippin, ancelle de 1736 à 1739….

En tout : 17 Ancelles se succédées.

En 1697, le monastère compte 11 religieuses.

Les revenus de la communauté sont constitués de dots, de produits de la terre (blé, avoine, orge, vignes), de biens provenant des héritages, de biens provenant des fermes louées à des fermiers ou que les religieuses exploitent elles-mêmes, de biens meubles comme tableaux, argenterie etc.

Quelles peuvent être les charges du monastère ? L’inventaire du 22 juillet 1790 en donne une idée : entretien de la sacristie, de l’aumônier, de l’infirmerie, d’une sœur oblate et de 2 servantes, réparations des bâtiments, dons – à l’hôpital de la ville, par exemple – paiement des impôts… Ce document mentionne également des ventes : 1662, maison vendue par le monastère à Nicolas Roy ; 1678, maison vendue par le monastère à Jean de Rambervillers … ; des locations : les religieuses louent en 1710 à perpétuité un jardin et une vigne en friche qu’elles possèdent à Vignerolles. En 1719, les sœurs vendent une maison à leur jardinier,  Jean Colson ; en 1733 : les sœurs louent une maison au cordonnier Picard.

En 1711, les religieuses font de grosses pertes, si bien qu’elles n’ont pas assez de blé pour l’année. De plus, on les a taxées pour donner du blé aux pauvres de la ville. Elles n’ont pas assez de vin : il leur faudra donc boire de l’eau !

Deux sœurs ont marqué la communauté par leur personnalité. Ce sont les sœurs Barbe et Henriette de Pullenoy. Elles présideront d’une manière ou d’une autre à la vie et au destin du monastère quand celui-ci devra partir à Paris, au Petit Vaugirard, à cause de la guerre de Trente Ans, quand le Petit Vaugirard fondera Fécamp, quand Saint-Nicolas-de-Port sera restauré, après les vicissitudes de la guerre de Trente Ans.

En effet, en 1635, le monastère est incendié par les troupes suédoises et françaises. Il va être abandonné pendant une douzaine d’années.  Fuyant la Lorraine, les religieuses réussissent à s’établir à Paris, au Petit Vaugirard, grâce à Anne d’Autriche. La mise en clôture des sœurs a lieu en septembre 1636. Bientôt, les sœurs vont recevoir de nouvelles vocations. Mais bientôt des difficultés internes vont surgir. Cinq sœurs de la communauté vont alors quitter le Petit-Vaugirard, partant s’installer à Fécamp, en 1648. Le Petit Vaugirard va perdurer encore quelques années pour finalement être vendu le 4 octobre 1656. Avec le prix le mère ancelle, Marguerite de Saint-François, pourra alors relever le monastère de Saint-Nicolas-de-Port.

Quand les annonciades reviennent à Saint-Nicolas-de-Port, les bâtiments sont en mauvais état. Nombreuses sont les réparations et peu nombreux les revenus.  Une lettre des annonciades adressée au Roi de France montre leur précarité : les religieuses supplient le roi de leur épargner la nécessité d’aller quêter en lui demandant de l’aide ; elles sont en gêne financière à cause des frais de reconstruction de leur couvent, d’emprunts dont les rentes les appauvrissent ; de plus, les dots des religieuses sont employées en grande partie pour payer les amortissements et, pour comble de malheur, elles ont perdu une partie de leur bétail qui les faisait en partie subsister.

Une autre lettre, qui est une demande de réduction d’impôts, adressée également au Roi, témoigne  de cette dure période. Dans cette lettre, en effet, les sœurs  rappellent qu’en 1635, elles sont subi l’invasion des troupes suédoises. Elles ont dû abandonner leur maison qui a été saccagée, leurs biens qu’elles possèdent à la campagne ont été laissés en friche. A leur retour, en 1656, elles ont été réduites à vivre d’aumônes, et de leur travail. Vie frugale. Les dots sont peu nombreuses, faute d’entrées : les jeunes filles en effet hésitent à s’engager dans une maison faites de vieux bâtiments menaçant ruines. De plus, les sœurs  doivent payer des taxes assez élevées, vu les biens qu’elles ont, même si ceux-ci sont en mauvais état ou en friches à cause des années d’abandon dues à la guerre. Elles demandent donc une réduction d’impôt, afin de pouvoir vivre.

En janvier 1711, la mère ancelle Marie Catherine Parterre, constatant la vétusté de son monastère, décide la construction de nouveaux bâtiments. À cet effet, elle conclut un marché avec les entrepreneurs Jané et Betto pour la construction d’un dépôt, d’une cuisine, d’un réfectoire, d’une salle de chapitre, d’un chauffoir, d’un ouvroir et d’une salle pour le noviciat, d’une cave et d’un jardin d’hiver, de dortoirs de 26 cellules, d’un grenier. Le monastère comprendra quatre niveaux : cave, les offices, 28 cellules, grenier.  L’Église sera reconstruite plus tard, en 1738.

Le 20 février 1711, on commence à démolir l’ancien bâtiment afin de construire le neuf, en commençant par le chapitre, les chambres de pensionnaires.  D’après les entrepreneurs : c’est un miracle que les religieuses n’aient pas été accidentées par la caducité des murs de leur couvent. Les travaux seront terminés et payés le 7 janvier 1713.

Le 28 mars 1711, pose de la première pierre des nouveaux bâtiments. La pierre est bénite par le R.P. Dom Hyacinthe Gillot, prieur de Saint-Nicolas, elle est posée par le père Gaillard, prêtre et chapelain de Notre-Dame de Lorette. Cette cérémonie a lieu en présence de la mère ancelle Marie Catherine Parterre et des 17 moniales composant la communauté, ainsi que de leur confesseur,  le père Bernardin Petit-Bailly, cordelier. La cérémonie est suivie d’un repas servi à une trentaine de personnes, dans le bâtiment où réside le confesseur.

Les religieuses font aussi toiser les voûtes de la cave. Les entrepreneurs sont payés par les religieuses de 15 jours en 15 jours de février 1711 à novembre 1712.  Le monastère comprend aussi un colombier, un four, une boulangerie, un puits. Pour commencer les travaux, les annonciades ont dû emprunter 2000 écus à Maître Foriot, avocat au parlement, demeurant à Saint Nicolas.

En 1738 e lieu la construction de l’Église et des bâtiments attenants. L’architecte est Jean Gabory. Le clocher est en sapin couvert d’ardoises. C’est Dom Joseph l’Isle, prieur de Saint-Nicolas qui bénit la nouvelle église ainsi que le tabernacle et le nouveau cimetière. A cette cérémonie, qui a lieu le 13 juillet 1741, les habitants de Saint-Nicolas et des environs assissent nombreux à la cérémonie.

Malgré les revenus du monastère, les sœurs sont pauvres. Une attestation, sans date, mentionne que les sœurs sont réduites à demander à leur famille de subvenir à leurs besoins. Elles adressent des demandes d’exemptions d’impôts au Roi. Par exemple, dans l’une d’elles on peut lire que les sœurs, n’ayant pu se dispenser de restaurer leur ancien bâtiment, se sont endettées et ne peuvent donc pas payer les sommes d’argent qu’elles doivent, ni vivre décemment. Elles auraient cependant souffert patiemment de leur indigence si on ne les avait pas poussées à faire cette demande.  Elles soulignent aussi que, par un bref du Pape, elles ont été assimilées aux Ordres mendiants, les dispensant ainsi de l’impôt… Elles soulignent encore qu’elles n’ont pas de chapelle convenable pour placer le Saint-Sacrement ; elles ont donc commencé à en construire une mais n’ont pas pu continuer, faute de ressources. Elles comptent sur le secours de la Providence. Faute de chapelle convenable, elles sont contraintes de chanter l’office dans le parloir.  Elles demandent donc d’être exemptes de payer certains impôts.  Cette demande est signée par l’Ancelle, sœur Marie-Catherine Parterre, de soeur Marie de Soucange etc… La communauté, à ce moment-là, compte 24 religieuses, 2 tourières.

En 1702, les sœurs obtiennent une réduction d’impôts, d’après un arrêté du conseil des Finances de Nancy.

En 1729, une soeur de la communauté, sœur Alexis Driant, reçoit l’ordre de se rendre au monastère de Badonviller. Motifs de son transfert : raisons personnelles, et incompatibilité de caractère. Mais, la communauté de Saint-Nicolas-de-Port garde la dot de la soeur. S’ensuit un procès que les sœurs de Saint-Nicolas-de-Port vont perdre.

À la période révolutionnaire, le monastère compte 21 religieuses et 5 converses.  Malgré leur intention formelle de rester dans leur monastère et d’y mener la vie commune, les sœurs sont dispersées en 1792.

Au cours du 19ème siècle : démolitions des bâtiments. Une communauté de pères rédemptoristes s’installeront sur leur emplacement.

Sources manuscrites

Archives de la Meurthe‑et‑Moselle : H 2386 ; Liasse ; L. 1720 ; H 2390 / 2396 ; Q 658 ; H 2385 ; H 2387 ; H 2384-2398 ; tome V, 1883

Archives départementales des Vosges conserveraient également certains documents sur les Annonciades de Saint-Nicolas-de-Port.

Sources imprimées

Mazerand Michel, Une ville lorraine chargée d’histoire, Saint-Nicolas de Port, Impr. Idoux, Saint-Nicolas-de-Port (France), 1985, p. 155 : les Annonciades.

RHF, tome 5, 1928, p. 140, 165 ; tome 8, 1931, p. 70 ; FF, 4, 1921, p. 92.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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