L’obéissance  est peu attrayante! N’est-elle pas une entrave à notre juste liberté ? Pas si sûr ! Ne permettrait-elle pas au contraire au meilleur de nous-mêmes de voir le jour ? Il ne s’agit pas ici de l’obéissance à des règlements, à des lois, mais de cette obéissance du cœur, de cette attitude intérieure d’accueil du réel, de notre réel, tel qu’il se présente, fait de relations à nous-mêmes, de relations aux autres. Y consentir ne va pas de soi tous les jours. Car la vie est relation. La tentation de rêver notre vie nous guette parfois surtout dans les moments obscurs et difficiles.

Marie obéissante

La Vierge Marie a vécu de cette obéissance du cœur, à toutes les étapes de sa vie. Elle a accueilli l’inattendu de Dieu faisant irruption au matin de son existence, dérangeant tout ses plans, elle est allée ensuite là où la charité l’appelait, face au danger, elle est partie en exil puis, revenue, elle s’est enfoncée avec  Jésus et Joseph dans la vie cachée de chaque jour. Quant le moment fut venu, elle a suivi Jésus pendant les trois ans de sa vie publique puis, quand une fois encore le moment fut venu, elle l’a soutenu silencieusement dans la nuit du calvaire. Enfin, après la résurrection, elle est là, persévérante et priante, au cœur de la primitive église.  Elle a dû  percevoir, au-delà des événements et des personnes, ce qui plaisait le plus à Dieu.  « Obéir, c’est aimer » écrivait sainte Bernadette. L’obéissance  serait donc une question d’amour ? Oui, car alors se serait une soumission d’esclave !  Cette obéissance plonge ses racines le mystère des Trois Personnes Divines qui se donnent l’une à l’autre en une danse incessante. C’est leur bonheur. Jésus nous laisse bien deviner cela quand il dit qu’il fait toujours ce qui plaît à son Père : « je fais toujours ce qui lui plaît. » (Jn 8, 29) Et ce qui plaît à son Père, c’est sa « nourriture » (Jn 4, 34).

Par son baptême, le chrétien participe à l’obéissance filiale du Christ à son Père. L’obéissance nous fait donc mettre nos pas dans les pas de Jésus, elle nous fait avancer sur le chemin de l’imitation du Christ, et par le fait même, sur le chemin du retour vers le Père. L’obéissance chrétienne relève donc directement de la foi au Christ, d’un attachement à sa personne, à sa vie.   Celui qui désire suivre le Christ, au jour le jour, rencontrera inévitablement bien des intermédiaires – personnes, choses, événements – qui lui signifieront, avec plus ou moins de clarté, ce qui plaît à Dieu. Car suivre le Christ se vit au cœur même de nos jours de vie les plus ordinaires.  Dans un sermon sur l’obéissance, le bienheureux Gabriel-Maria décline cinq attitudes qui peuvent aider à vivre cette obéissance du cœur, au jour le jour, qui peuvent aider à entrer petit à petit dans les sentiments mêmes du Christ obéissant.

L’obéissance et ses nuances

La première nuance est celle de  la disponibilité. L’obéissance est service des autres, « quand vous obéissez à tous, Dieu vous obéit en tout » ose écrire Gabriel-Maria. Il veut dire par là que si nous sommes ouverts à l’autre, disponibles, nous faisons ce qui plait à Dieu et Dieu y prend son plaisir. Plus nous sortons de nous-mêmes, de nos propres préoccupations, de nos propres sécurités ou de nos propres  idées pour accueillir l’autre et le servir, pour lui être disponible, nous atteignons le Cœur de Dieu. Donner, servir, accueillir, nous rapproche des autres, et par le fait même, nous rapproche de Dieu.

Une seconde nuance de l’obéissance est la simplicité : « L’obéissance est tout d’abord simple […] Quelque instruit ou intelligent que soit un homme, c’est à cette simplicité qu’il doit s’appliquer avant tout. » Accueillir simplement ce qui vient, l’inattendu, le dérangeant etc. Pas si facile ! À travers les médiations humaines, à travers les choses et les événements, un Autre désire nous rejoindre. Vais-je avoir assez de foi pour le reconnaître et aller à sa rencontre avec élan ? Cet élan est la troisième nuance dont parle Gabriel-Maria qu’il nomme la promptitude. Pour Gabriel-Maria, en effet, « l’obéissance doit être prompte et docile. Cela veut dire que nous ne pouvons accomplir ce qui nous est commandé avec tristesse, ni inattention, ni délai. […] Par exemple, nous recevons l’ordre de faire une chose dans le moment présent ; mais cela ne nous plaît pas, et nous en remettons à plus tard l’exécution… » Empressement devant ce qui vient, devant la vie qui se présente ! Dans un monde traversé par l’individualisme, cette attitude est bien difficile et va à contre courant. L’obéissance du cœur nous tire en avant, capable qu’elle est de faire surgir le meilleur de nous-mêmes.

Une quatrième nuance est l’écoute de ce qui advient, « disposés à obéir en des choses qui ne nous plaisent pas, qu’en celles qui nous plaisent. Il faut se faire violence… » reconnaît Gabriel-Maria car cette soumission à l’égard du réel  est parfois bien difficile. L’obéissance du cœur demande toujours un combat intérieur, une sortie de soi, un « oui » à ce qui se présente ;  ce « oui « ouvre notre cœur aux dimensions de la charité.

Mais il ne suffit pas de dire « oui » une fois, il faut le redire chaque jour. D’où la persévérance. Ainsi, poursuit le père Gabriel-Maria, une autre nuance de l’obéissance est la persévérance.  « Il ne suffit pas de commencer une bonne œuvre, il faut l’achever », en persévérant humblement. Et, dans la mesure de cette humble persévérance,  l’obéissance porte du fruit et « ne cesse de grandir en solidité. » Aller jusqu’au bout de ce que l’on a commencé…  On en retire la paix et la joie de la fidélité à ces petites choses de la vie qui font la trame de nos journées. Cette obéissance là est féconde.

Enfin, une dernière qualité, donnée par le père Gabriel-Maria à l’obéissance, est la discrétion dans le sens de discernement. En effet, une obéissance faite de disponibilité, de simplicité, de promptitude, d’écoute et de persévérance ne veut pas dire qu’elle soit aveugle. Elle doit être au contraire responsable. L’attachement au Christ, aux valeurs de l’Évangile peut parfois conduire à ne pas obéir. Comme le dit le père Gabriel-Maria : « l’obéissance discrète s’impose dans les œuvres qui nous seraient commandées alors qu’elles seraient en opposition évidente avec la vérité bien connue.  En ces situations, la discrétion s’impose et il faut se garder d’obéir. » Par exemple, résister au relativisme ambiant, au scepticisme, aux modes et aux sollicitations allant à contre courant des valeurs de l’Évangile, c’est bien difficile, cela demande du courage, d’où l’importance de se mettre à l’écoute du Christ et de lui demander le secours de l’Esprit Saint, en éternels mendiants de la grâce de Dieu.

Comme un orchestre

Disponibilité, simplicité, promptitude, écoute, persévérance et discernement tout cela fait penser à un orchestre ! Les instruments qui composent un orchestre ne jouent pas tous en même temps, ou rarement. Le plus souvent, ils jouent par groupes, parfois seuls, en faisant alterner les « voix » de leur instrument, en les faisant dialoguer. Vu le nombre de musiciens composant un orchestre symphonique, tout doit être prévu et réglé afin d’éviter la moindre erreur. Chaque musicien doit donc faire attention à bien exécuter sa propre partie, mais aussi à suivre attentivement celles des autres à travers les gestes et les indications données par le chef, afin d’être toujours en symphonie avec eux. Il y a une obéissance mutuelle simple, c’est-à-dire, sans improvisation personnelle, prompte à suivre les directives du chef d’orchestre, attentive à ses gestes, discernant ce qu’il attend. Les musiciens d’un orchestre doivent être attentifs, disciplinés, persévérants au travail. Le chef d’orchestre, lui, veille à la justesse de l’interprétation de l’œuvre qu’il dirige. Chef d’orchestre et musiciens sont tous au service d’une même œuvre, n’ayant qu’un but, entrer dans le réel de l’œuvre qu’ils interprètent.

Cette image de l’orchestre peut  ainsi faire comprendre la fécondité de l’obéissance du cœur, de cette obéissance au réel de la vie qui est relation : s’y soumettre ne serait-il pas alors une question d’équilibre, de réelle liberté, de paix ?

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