Le  dictionnaire Larousse  définit ainsi la patience: « Aptitude à supporter avec constance les maux et désagréments de l’existence ». Posséder son âme dans la patience, supporter, tenir bon,  ne pas se décourager…  c’est un chemin  difficile, usant.  La patience est un  fruit de l’Esprit.  Accepter les petites épreuves du quotidien : la radio des voisins, la panne de chauffage, la fatigue des transports en commun,  les sautes d’humeur d’un conjoint, les cris  d’un enfant,  un mal de tête,  tous ces petits riens qui, à la longue, mettent nos nerfs à l’épreuve. Être patient  envers soi-même : ne pas se décourager dans la prière, dans le combat spirituel : le chemin  est long.  La vertu de patience est cette force qui nous fait durer dans les épreuves de la vie, elle est aussi celle de la recherche de Dieu dans la durée des jours.  Dialogue secret avec Lui dans la prière, la patience des jours.  La  patience chrétienne n’est pas la patience du sage qui tend sa volonté ; c’est la patience de celui qui reçoit, accueille en lui la force de l’Esprit Saint.

La force dans la faiblesse

Nous savons que notre expérience spirituelle sera toujours un mélange de fragilité, de faiblesse – nous sommes de chair – mais aussi de force que nous recevons de l’Esprit.  La foi en l’Esprit Saint, ne nous fait pas évader dans un rêve impossible. Au cœur d’une faiblesse, qui est toujours là, l’Esprit vient nous donner sa force. Il met sa force dans notre faiblesse. La faiblesse et la fragilité : c’est notre condition habituelle sur la terre, c’est notre condition humaine, c’est tout ce qui me brise, m’écrase, tous mes agacements, mes résistances, mes misères, mes énervements devant les autres, mes heurts, la peine que j’éprouve dans la maladie, la difficulté que j’ai à avoir quelques souffrances, parfois si minimes, etc… tout  cela c’est ma faiblesse. Au cœur de tout cela, je peux appeler l’Esprit Saint, car c’est l’Esprit Saint qui, en nous, nous aide à porter, à attendre, à tenir debout, dans la vie, comme la Vierge au pied de la Croix. Ainsi, la vertu de patience va avec celle de l’espérance.

Quelqu’un de patient est « comme une tour forte et bien fondée que nul vent de prospérité ni d’adversité ne peut atteindre ni troubler. » Il « prend tout avec égalité ; ses affections se reposent en Dieu » (Bx Père Gabriel-Maria), c’est à dire, le souvenir de Dieu habite ses dispositions intérieures. À première vue, un programme qui paraît bien au dessus de nos forces ! Pourtant, la patience dans les épreuves de la vie « fait partie intégrante de l’engagement à la suite du Christ et de la pleine maturation humaine. La vraie patience qui vient de la conformité à la volonté de Dieu est une force de salut à ne pas sous-estimer » (B. Häring).

La patience ne se comprend pas par l’exercice de notre volonté, ou la discipline de nos sentiments, mais par une vie dans et par l’Esprit Saint. Voilà le lieu et la source de notre force : force de l’Esprit Saint dans notre fragilité.

Jour après jour au creux du réel

Selon Gabriel-Maria, la patience avec les autres comme avec soi-même, est un vrai chemin de conversion personnelle, un vrai chemin d’union au Christ, d’union à la Vierge, un chemin d’Évangile vécu à partir de la réalité présente, à partir du réel de notre quotidien, comme par exemple : « lorsqu’on nous ennuie et nous tourmente de toutes parts, soit par les tentations que suscite le démon, soit par la sensualité et la fragilité de notre nature, soit par le monde ou par les créatures qui nous énervent », ainsi « on gagne plus à supporter avec patience ces contrariétés, qu’à jeûner et à châtier son corps une semaine durant. […] On peut tenir pour certain qu’on est rangé parmi les amis de Jésus et de Marie », c’est à dire, parmi les familiers du Christ et de sa Mère, parmi ceux qui les suivent et entrent patiemment dans leurs sentiments, en vue du meilleur à donner.

L’Esprit Saint fait vivre le disciple de Jésus non pas au niveau des victoires immédiates ou de ce qui peut se vivre tout de suite, mais au niveau de la pauvreté du cœur, là où la patience s’éprouve en nous, là aussi où nous goûtons la paix profonde qui vient de Dieu. La patience est sagesse, elle est une « science » dirait le père Gabriel-Maria, celle de la vie avec le Christ.  Il faut ainsi laisser l’Esprit Saint conduire nos vies. Il faut Le laisser venir au cœur de nos pauvretés, en sachant que, jusqu’à notre dernière heure, nous serons de chair, nous ne quitterons pas ici-bas notre condition humaine. Mais c’est au cœur même de nos limites et de nos pauvretés que la grâce du Christ peut nous rejoindre. Saint Paul en a fait l’expérience : « lorsque je suis faible, écrit-il, c’est alors que je suis fort » (2Co 12, 9-10). Et il a goûté le vrai bonheur.

Car faire l’expérience de la grâce de Dieu rend heureux, heureux dans la foi. On fait l’expérience, au sein même des contradictions de la vie, de la Bonté même de Dieu. Joie paisible qui est à la fois le fruit de l’effort personnel et de l’accueil de la grâce. On comprend que le père Gabriel-Maria puisse nous conseiller, dans les contrariétés de la vie, à faire l’effort de la joie : « nous devons nous exciter à la joie […]. Ainsi, ont agi les Apôtres et les disciples de Jésus. Il est écrit qu’ils quittèrent joyeux la salle du Grand Conseil où ils venaient d’endurer des peines et des tortures pour l’amour de Jésus » (Ac 5, 41). Cela est possible dans et par l’Esprit Saint.  L’Esprit Saint nous apprend à ne pas nous attrister des silences et des lenteurs de Dieu, mais à vivre au jour le jour avec les lumières déjà reçues comme la Vierge Marie qui retenait dans son esprit tous les événements de sa vie, en « en cherchant le sens, […] les méditant dans son cœur » (Lc 2, 19.51).

Jusqu’au bout de l’espérance

C’est pourquoi, il faut demander souvent à l’Esprit-Saint de transformer nos moments de détresse, de désarroi non seulement en patience aimante mais aussi en espérance afin que le gémissement intraduisible de l’Esprit, qui est dans notre cœur, puisse devenir confiance dans le Père, afin que ce gémissement intraduisible de l’Esprit nous apprenne patiemment à tenir bon, à persévérer, à grandir dans la grâce, appuyés sur les promesses de Dieu, qui sont des promesses de vie.  Car la longue patience de l’amour de Dieu, tel un vent fertile, passe sur la terre de notre humanité. La patience ? Vertu des longs mûrissements, des lentes transfigurations ….

Si Gounod ne connut jamais la misère d’un Wagner à ses débuts, du moins, se heurta-t-il, comme Berlioz, Bizet et tant d’autres à des incompréhensions dont il eut peine à venir à bout. Ce sont ces heures de lutte, c’est la force de caractère qui permit au compositeur de ne jamais se décourager… »  (Charles Clerc, dans Olivier Lesourd, Les grands destins, tome 2, p. 162).  Les derniers instants de sa vie sont des instants de patience. « Ses toutes dernières années, le musicien les passa à lire, méditer, à écrire, à « se ramasser de son mieux devant la dernière heure », comme il disait avec un sourire résigné.   Dans l’après-midi du 15 octobre 1893, il venait de faire entendre à sa fille et à son cher disciple Henri Busser […..] un requiem que lui avait inspiré la mort d’un de ses petits-fils, lorsqu’une attaque d’apoplexie le terrassa, tandis qu’il rangeait ses partitions. Il vécut encore soixante heures, tenant un crucifix dans sa main crispée, mais sans avoir un seul instant repris connaissance. » Cette mains crispée sur le crucifix parle de patience. Comme son œuvre… sa vie reste un enseignement. Incompris d’abord, traité en novateur trop hardi parce qu’il rompait avec des routines insoutenables, il eut à affronter des  luttes de toutes sortes, aussi bien pour s’imposer au public  que pour vaincre ses propres perplexités et trouver son orientation entre l’harmonie et la foi. Intimement convaincu que « Dieu aime ceux qu’il admet à la souffrance », il eut plus souvent qu’à son tour, le cœur brisé, lui qui pourtant semblait prédestiné à une vie facile et sans heurts.  « L »art a dit Dumas Fils est une fleur des rochers qui veut un vent âpre et un terrain rude ; les atmosphères tièdes l’étiolent vite. » (Id. 178-179) Ainsi, la vie de Gounod.

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