Qu’est-ce donc que la charité ? Est-elle cette disposition intérieure qui nous pousse à faire, comme on dit, des bonnes actions comme. Ou bien encore, à ne pas en vouloir à son prochain, à ne pas lui faire de mal ? À ne pas dire du mal de lui. ? La charité, c’est cela, bien sûr mais est-elle seulement cela ?

Ce qu’en dit un bienheureux

Pour ce franciscain qu’est le bienheureux Gabriel-Maria, la charité prend tour à tour le visage de la douceur et de la bonté, de la bienveillance et de la paix, de la générosité et de la compassion. Ainsi, dit-il, la personne oublieuse d’elle-même, désireuse de vivre selon les vues de Dieu, « est douce tant en ses paroles qu’en ses œuvres, grâce auxquelles elle console les désolés. Elle est bienveillante envers tous et porte doucement le tort et l’injustice qui lui est faite. Par pitié, elle rend le bien pour le mal. Elle a toujours paix et charité. Si elle pense avoir donné quelque occasion d’ennui à quelqu’un, elle n’a aucun repos, tant qu’elle n’a pas réparé. Elle est généreuse et ne saurait voir autrui avoir besoin de quelque chose, qu’elle a, sans le lui donner. Elle se dépouille pour vêtir les pauvres. Si elle ne peut pas le faire en acte, elle le fait spirituellement par la prière. Elle pleure avec ceux qui pleurent, portant dans son cœur le péril et le dommage des autres, spécialement le dommage spirituel. De tout son pouvoir, par pitié et par compassion, elle donne conseil et réconfort. »

Gabriel-Maria dit encore qu’il faut attiser « le feu de notre amour par le bois des bonnes œuvres », le bois des bonnes actions. Car elles « allument en nous le feu de l’amour. Négligeons-nous d’y mettre le bois des bonnes œuvres, il ne tardera pas à s’éteindre. » Mais, « aussi longtemps que nous attiserons le feu de notre amour du bois des bonnes œuvres, il n’y a nul danger qu’il s’éteigne, par exemple, réciter un Ave Maria, nourrir en nous une bonne pensée, ou faire d’autres bonnes œuvres. Mais aussitôt que nous en restons là, et que nous cessons de faire le bien, notre feu s’éteint, et nous devenons plus froids encore que si nous ne nous étions jamais approchés du feu. […] C’est pourquoi, il est nécessaire de mettre toujours beaucoup de bois dans notre feu. Plus nous en apporterons, plus le feu sera vif. Est-il une fois bien allumé, ayons soin de ne plus le laisser s’éteindre … »

La charité nous atteint au profond de nous, nous transforme jusqu’à l’union avec Dieu qui est la Charité même. La charité nous fait avancer en profondeur en ce sens qu’elle nous fait sortir de nos égoïsmes, de l’apitoiement sur soi, elle nous pousse au bien, à la justice et la fidélité. Elle nous pousse en avant, vers l’autre. Elle travaille notre cœur, purifie et unifie toutes nos dispositions intérieures, tous ces bons sentiments qui peuvent nous habiter, mais qui peut-être ont encore besoin de se purifier.

La Vierge charitable

Marie, comblée de grâce, est emplie,  traversée,  par cet Amour de charité. Elle en rayonne à travers ses gestes, ses paroles, son sourire, ou ses larmes. Amour ardent, pitié, bonté, miséricorde, son cœur en déborde envers tous,  à commencer par ce nourrisson qu’elle porte  dans ses bras. Hélas, il faut bientôt fuir en Égypte afin de soustraire l’Enfant à la fureur d’Hérode,  protéger sa vie au prix de mille désagréments : l’amour anxieux de Marie  est là tout entier.

Trente années passent. Puis, voici  Cana, en Galilée.  On y célèbre  des  noces. Marie est là  et Jésus également. La fête bat son plein.  Le vin fait défaut ; qui va le remarquer ? Marie. Elle devine la gêne qui s’installe. « Ils n’ont plus de vin » dit-elle à Jésus. Puis, aux serviteurs : « Faites tout ce qu’il vous dira ». La fête est sauvée ! Le vin coule à flots et, dans le cœur des disciples, la foi vient de jaillir. Comment pouvons-nous incarner la charité de Marie dans notre propre existence ?

Tout d’abord en aimant Jésus « de tout notre cœur ». Penser  à Lui, Le prier,  mettre la Parole en pratique, c’est faire grandir Jésus dans le monde.  Ce trésor qui nous habite, il faut le protéger  et parfois « s’enfuir en Égypte », c’est à dire, fuir telle ou telle tentation : abandon de la prière,  des sacrements,  sollicitations extérieures, et tous ces faux dieux qui cherchent à nous séduire. Et puis,  comme Marie à Cana, avoir les yeux ouverts sur les besoins des autres,  les faire nôtres,  en faire l’objet de notre prière : « ils n’ont plus de vin ». Se sent-on impuissant à soulager la misère du monde ? Présentons-la au Seigneur : « Regarde, Seigneur… » Et quelque part, dans l’invisible,  cela  portera ses fruits.  La prière, mais aussi l’engagement ! Éveiller la foi dans les cœurs,  c’est  de  la  charité, dès lors qu’on l’accompagne  de gestes de partage et de service. « Faites tout ce qu’il vous dira »  c’est la seule parole que Marie  ait dite aux hommes, d’après l’Évangile.  Depuis 2000 ans elle ne cesse, cette parole, de nous interpeller.

Charité en acte

La charité ? Elle est en toute personne de bonne volonté, pouvant prendre multiple visages tel celui de la générosité et du désintéressement. Puisque chacune des vertus étudiées jusqu’à maintenant ont été illustrées par l’exemple d’un musicien, c’est vers eux que nos regards se tournent. Ainsi, Brahms et Liszt ont fait preuve dans leur vie de charité bien concrète.

Un incendie avait éclaté dans une menuiserie proche de l’immeuble où demeurait Brahms. Sans se préoccuper de ses propres affaires, le compositeur se précipita au secours du menuisier. Pendant ce temps le feu s’était propagé dans son immeuble. On l’en avertit. Jugeant le sort du menuisier plus menacé que le sien, il resta à son poste. Heureusement, un ami réussit à ce que le musicien lui donne les clefs de son appartement  et c’est lui, cet ami, qui mit en sécurité les manuscrits du maître.

Liszt fut toujours prêt à ouvrir sa bourse ou à donner un concert en faveur de telle ou telle détresse. Combien de musiciens n’a-t-il pas aidé.   À sa mort, il ne lui restait pour ainsi dire rien des sommes immenses que lui avaient rapportées ses concerts ; comme musicien enfin, il ne montra aucune aigreur contre des rivaux parfois plus heureux que lui et, bien plus, il les soutint dans la lutte, il les encouragea dans le malheur ; merveilleux « découvreur » il sut apprécier parmi tant d’autres et parfois révéler à eux-mêmes Brahms, Moussorgski, Saint-Saëns, Wagner surtout, qu’il appelait « mon Saint-François », les aidant à gravir les pentes du génie… » (Les grands musiciens, tome 2, p. 34). Après trente ans de vie éloignée de l’Église, il revient à la foi catholique, témoignant de son amour pour Dieu en entrant dans le tiers ordre franciscain.

Un dernier mot

La charité nous appelle sans cesse à devenir meilleurs. Elle nous attire à l’essentiel et nous aide à atteindre ce que nous désirons, ce à quoi nous aspirons tous, le bonheur, pas n’importe quel bonheur éphémère, mais celui qui ne passe pas et qui est l’union avec la Charité même.

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