Le chemin de vertus, à l’école des Fondateurs de l’Annonciade, va se poursuivre tout au long de cette année 2018. La prière ou vivre autrement ; l’obéissance, celle du coeur ; la pauvreté ou la quête spirituelle ; la patience ou la force dans la faiblesse. Tel est le chemin proposé. Chaque médiation évoquera un musicien. Pourquoi donc ? A cause de sainte Jeanne et du bienheureux Gabriel-Maria qui utilisent une image musicale quand ils évoquent les vertus. L’un les appelle « le psaltérion à dix cordes, l’autre « la harpe de la vie ». Les vertus, pour eux, sont des forces capable de faire chanter la vie.

 

1. Janvier 2018 La prière ? Ne serait-ce pas l’histoire d’une relation d’amitié entre celui qui prie et Dieu ? Si c’est cela, la prière prendra alors toute la vie comme elle a pris toute la vie de la Vierge Marie. On peut dire que Marie a été enracinée dans la prière. Et de ce fait elle est entrée dans la familiarité du Très Haut. Sa vie nous en trace le chemin.  Si nous suivons ce chemin, si nous mettons la prière au cœur de notre existence, nos journées seront vécues autrement, la prière sera comme une musique de fond soutenant notre marche.

Marie priante

En relisant les passages d’évangile où il est question de la Vierge, on peut deviner quelques aspects de la prière de Marie. D’abord, l’écoute et la louange. Marie a été attentive aux paroles de l’Ange de l’Annonciation. Son attention ou son écoute s’est épanouie en un « Oui » sans retour : « qu’il me soit fait selon ta parole. » Marie a loué les bienfaits divins pour elle et pour le Peuple de Dieu. C’est son Magnificat, une prière de louange. Puis vient la méditation. Il est dit que Marie retenait, gardait dans son cœur pour les méditer, les repasser en son esprit, tout ce qui lui était dit de la part de Dieu. Prière silencieuse, méditative. Un autre aspect de la prière de Marie est l’intercession. Aux Noces de Cana, lorsque le vin est venu à manquer, Marie l’a remarqué et, discrètement, elle a intercédé auprès de Jésus : « ils n’ont plus de vin ». La prière de Marie s’est faite aussi communion silencieuse, insondable cœur à cœur, lorsqu’elle s’est trouvée debout près du Christ en croix. La prière de Marie a été enfin persévérante. Après la résurrection, en effet, il est dit dans les Actes des Apôtres, que Marie était assidue à la prière, avec les apôtres et quelques femmes. La  prière a accompagné les pas de Marie tout au long de son pèlerinage sur la terre. Tout ce qui vient d’être dit sur la prière de Marie, nous parle de notre propre vie de prière : l’attention à la Parole de Dieu, la louange, la méditation, la prière de demande et d’intercession, le cœur à cœur silencieux. Toutes ces formes de prière nous aident à entrer dans la familiarité avec Dieu, comme la Vierge. Et cela est essentiel à notre vie, car une vie sans prière serait comme sans lumière, sans respiration. Mais la prière n’est pas facile. On peut dans la prière rencontrer l’ennui, le découragement, la lassitude, la répétition ou l’habitude. Qu’importe. L’important c’est de persévérer et de désirer car, comme le dit saint Augustin, « si le désir est continuel, la prière est continuelle ».

Prier c’est vivre autrement

La prière aide à se décentrer de soi pour accueillir la grâce de Dieu, accueillir les grâces de Dieu en nos vies. La prière donne la force de vivre le quotidien avec ses grisailles et ses mille difficultés. La prière est une force qui nous aide à nous enraciner en Dieu. C’est une force de vie car cela change la manière de vivre le réel de l’existence. Quand on prie, on n’accueille pas de la même façon l’autre, un autre qui, peut-être, peut nous énerver, nous déranger, nous blesser… Prier purifie le cœur  qui peut s’ouvrir au travail secret de l’Esprit saint. Prier permet de vivre le moment présent « autrement ».  L’inattendu qui peut déranger est vécu « autrement ». Grâce à la prière, – même courte mais cependant régulière -, les situations de la vie ne sont pas abordées de la même façon. Car, la prière change le regard sur autrui. Certes, dans certains cas, on ne peut pas toujours avaliser ce que fait l’autre qui peut parfois avoir des torts. Mais la prière peut, à la fois, donner la lumière sur l’acte plus ou moins bon de l’autre et la force de ne pas condamner la personne. La prière est un chemin vers la paix intérieure, au cœur même de l’ « intranquillité ». La prière, encore une fois, demande l’assiduité, la persévérance. Donner du temps à Dieu, gratuitement, se laisser imprégner par l’Esprit du Christ. La prière nous aide à connaître, à discerner, ce que nous devons faire. La prière ouvre le cœur à la volonté d’amour de Dieu sur nous, et cela, à travers n’importe quelle situation de la vie.

La prière qui prend toute la vie

«Je n’ai rien trouvé qui ne m’ait fait plus de bien, pour progresser en vertus, que de prendre pour mon métier quotidien de toujours me reprendre et de toujours louer, honorer et magnifier Dieu. Ainsi, quoi que je fasse, soit que je prêche, que je confesse, que je dise mon office ou fasse quelque chose d’autre, que tout soit pour la gloire et l’honneur de Dieu, tout le reste m’importe peu. Et je ne voudrais pas perdre une seule parcelle de temps sans avoir toujours les louanges de Dieu et de sa très digne Mère dans mon cœur et sur mes lèvres, soit en allant et venant, mangeant, buvant, parlant et dormant, autant qu’il est possible… » (Bx P. Gabriel-Maria). La prière a pris toute la vie de Gabriel-Maria. Ses pensées, ses paroles, ses gestes étaient imprégnés de prière.  Sa vie de prière l’a véritablement établi en Dieu.  Cela lui a demandé du travail. Sa vie de prière était comme un métier que l’on exerce tous les jours. Toutes circonstances ont été pour lui une occasion de louer Dieu, de Le prier. À ses filles spirituelles il recommandait que, dans les contrariétés de la vie, elles aient  le réflexe de se réjouir intérieurement car elles sont alors sur le chemin de la véritable joie, celle imprenable, celle des béatitudes, celle de la Vierge reconnaissant en son Magnificat les dons de Dieu pour elle et pour toute l’humanité. Pour Gabriel-Maria,  la prière a été un véritable milieu de vie comme peut l’être la musique pour un musicien.  Les exemples en ce domaine ne manquent pas. Ainsi, le célèbre organiste Louis Vierne. Bernard Gavoty, dans la biographie qu’il a consacrée à ce grand musicien, a bien mis cela en valeur : « La musique fut, sans aucun doute, sa passion dominante : il y concentrait le meilleur de lui-même, et n’y exprimait que lui-même. [… ] Je l’ai vu, à telle heure douloureuse de sa vie, quand tout sombrait autour de lui, se raccrocher à l’espoir de la création, comme un naufragé à la dernière épave. Par un jeu inverse, la musique le sauvait de lui-même, en l’obligeant à traduire son désarroi. La nécessité de maintenir à bonne distance son mal pour le mieux peindre l’empêchait de s’y abandonner, et l’apaisement que le temps donne à la passion, la musique le lui procurait parce qu’elle lui faisait franchir d’un bond cet espace au delà duquel la douleur cesse d’être une douleur pour n’être plus qu’un souvenir. Le temps, l’éloignement, c’est la consolation, peut-être… » (p. 187).  La musique lui a permis de prendre de la distance par rapport à ce qu’il vivait de difficile. Jusqu’à son dernier souffle,  il a été habité par la musique puisqu’il est décédé subitement alors qu’il s’apprêtait à improviser sur l’Alma Redemptoris Mater, au grand orgue de Notre-Dame de Paris. Ce que la musique a été pour Louis Vierne, la prière peut l’être pour celui qui prie.  Aux heures sombres de la vie, la prière peut nous sauver de nous-mêmes, de nos enfermements ; dans l’épreuve, elle peut nous rapprocher de Celui qui est venu emplir de sa Présence  toute souffrance ; elle peut ouvrir une brèche dans les murs de nos prisons intérieures. Aux heures claires, aux heures étoilées de la vie, la prière peut relancer nos désirs et notre espérance, élargir notre horizon, nous aider à aller de l’avant.

1. Avril 2018

L’obéissance  est peu attrayante! Et pourtant, bien comprise, elle est un chemin de vie et, paradoxe, de liberté.

Marie obéissante

La Vierge Marie a vécu de cette obéissance du cœur, à toutes les étapes de sa vie. Elle a accueilli l’inattendu de Dieu faisant irruption au matin de son existence, dérangeant tout ses plans, elle est allée ensuite là où la charité l’appelait, face au danger, elle est partie en exil puis, revenue, elle s’est enfoncée avec  Jésus et Joseph dans la vie cachée de chaque jour. Quant le moment fut venu, elle a suivi Jésus pendant les trois ans de sa vie publique puis, quand une fois encore le moment fut venu, elle l’a soutenu silencieusement dans la nuit du calvaire. Enfin, après la résurrection, elle est là, persévérante et priante, au cœur de la primitive église.  Elle a dû  percevoir, au-delà des événements et des personnes, ce qui plaisait le plus à Dieu.  « Obéir, c’est aimer » écrivait sainte Bernadette. L’obéissance  serait donc une question d’amour ? Oui, car alors se serait une soumission d’esclave !  Cette obéissance plonge ses racines le mystère des Trois Personnes Divines qui se donnent l’une à l’autre en une danse incessante. C’est leur bonheur. Jésus nous laisse bien deviner cela quand il dit qu’il fait toujours ce qui plaît à son Père : « je fais toujours ce qui lui plaît. » (Jn 8, 29) Et ce qui plaît à son Père, c’est sa « nourriture » (Jn 4, 34).

Par son baptême, le chrétien participe à l’obéissance filiale du Christ à son Père. L’obéissance nous fait donc mettre nos pas dans les pas de Jésus, elle nous fait avancer sur le chemin de l’imitation du Christ, et par le fait même, sur le chemin du retour vers le Père. L’obéissance chrétienne relève donc directement de la foi au Christ, d’un attachement à sa personne, à sa vie.   Celui qui désire suivre le Christ, au jour le jour, rencontrera inévitablement bien des intermédiaires – personnes, choses, événements – qui lui signifieront, avec plus ou moins de clarté, ce qui plaît à Dieu. Car suivre le Christ se vit au cœur même de nos jours de vie les plus ordinaires.

L’obéissance et ses nuances

Dans un sermon sur l’obéissance, le bienheureux Gabriel-Maria décline cinq attitudes qui peuvent aider à vivre cette obéissance du cœur, au jour le jour, qui peuvent aider à entrer petit à petit dans les sentiments mêmes du Christ obéissant.

La première nuance est celle de  la disponibilité. L’obéissance est service des autres, « quand vous obéissez à tous, Dieu vous obéit en tout » ose écrire Gabriel-Maria. Il veut dire par là que si nous sommes ouverts à l’autre, disponibles, nous faisons ce qui plait à Dieu et Dieu y prend son plaisir. Plus nous sortons de nous-mêmes, de nos propres préoccupations, de nos propres sécurités ou de nos propres  idées pour accueillir l’autre et le servir, pour lui être disponible, nous atteignons le Cœur de Dieu. Donner, servir, accueillir, nous rapproche des autres, et par le fait même, nous rapproche de Dieu.

Une seconde nuance de l’obéissance est la simplicité : « L’obéissance est tout d’abord simple […] Quelque instruit ou intelligent que soit un homme, c’est à cette simplicité qu’il doit s’appliquer avant tout. » Accueillir simplement ce qui vient, l’inattendu, le dérangeant etc. Pas si facile ! À travers les médiations humaines, à travers les choses et les événements, un Autre désire nous rejoindre. Vais-je avoir assez de foi pour le reconnaître et aller à sa rencontre avec élan ? Cet élan est la troisième nuance dont parle Gabriel-Maria qu’il nomme la promptitude. Pour Gabriel-Maria, en effet, « l’obéissance doit être prompte et docile. Cela veut dire que nous ne pouvons accomplir ce qui nous est commandé avec tristesse, ni inattention, ni délai. […] Par exemple, nous recevons l’ordre de faire une chose dans le moment présent ; mais cela ne nous plaît pas, et nous en remettons à plus tard l’exécution… » Empressement devant ce qui vient, devant la vie qui se présente ! Dans un monde traversé par l’individualisme, cette attitude est bien difficile et va à contre courant. L’obéissance du cœur nous tire en avant, capable qu’elle est de faire surgir le meilleur de nous-mêmes.

Une quatrième nuance est l’écoute de ce qui advient, « disposés à obéir en des choses qui ne nous plaisent pas, qu’en celles qui nous plaisent. Il faut se faire violence… » reconnaît Gabriel-Maria car cette soumission à l’égard du réel est parfois bien difficile. L’obéissance du cœur demande toujours un combat intérieur, une sortie de soi, un « oui » à ce qui se présente ;  ce « oui « ouvre notre cœur aux dimensions de la charité.  Mais il ne suffit pas de dire « oui » une fois, il faut le redire chaque jour. D’où la persévérance. Ainsi, poursuit le père Gabriel-Maria, une autre nuance de l’obéissance est la persévérance.  « Il ne suffit pas de commencer une bonne œuvre, il faut l’achever », en persévérant humblement. Et, dans la mesure de cette humble persévérance,  l’obéissance porte du fruit et « ne cesse de grandir en solidité. » Aller jusqu’au bout de ce que l’on a commencé…  On en retire la paix et la joie de la fidélité à ces petites choses de la vie qui font la trame de nos journées. Cette obéissance là est féconde.

Enfin, une dernière qualité, donnée par le père Gabriel-Maria à l’obéissance, est la discrétion dans le sens de discernement. En effet, une obéissance faite de disponibilité, de simplicité, de promptitude, d’écoute et de persévérance ne veut pas dire qu’elle soit aveugle. Elle doit être au contraire responsable. L’attachement au Christ, aux valeurs de l’Évangile peut parfois conduire à ne pas obéir. Comme le dit le père Gabriel-Maria : « l’obéissance discrète s’impose dans les œuvres qui nous seraient commandées alors qu’elles seraient en opposition évidente avec la vérité bien connue.  En ces situations, la discrétion s’impose et il faut se garder d’obéir. » Par exemple, résister au relativisme ambiant, au scepticisme, aux modes et aux sollicitations allant à contre courant des valeurs de l’Évangile, c’est bien difficile, cela demande du courage, d’où l’importance de se mettre à l’écoute du Christ et de lui demander le secours de l’Esprit Saint, en éternels mendiants de la grâce de Dieu.

Comme un orchestre

Disponibilité, simplicité, promptitude, écoute, persévérance et discernement tout cela fait penser à un orchestre ! Les instruments qui composent un orchestre ne jouent pas tous en même temps, ou rarement. Le plus souvent, ils jouent par groupes, parfois seuls, en faisant alterner les « voix » de leur instrument, en les faisant dialoguer. Vu le nombre de musiciens composant un orchestre symphonique, tout doit être prévu et réglé afin d’éviter la moindre erreur. Chaque musicien doit donc faire attention à bien exécuter sa propre partie, mais aussi à suivre attentivement celles des autres à travers les gestes et les indications données par le chef, afin d’être toujours en symphonie avec eux. Il y a une obéissance mutuelle simple, c’est-à-dire, sans improvisation personnelle, prompte à suivre les directives du chef d’orchestre, attentive à ses gestes, discernant ce qu’il attend. Les musiciens d’un orchestre doivent être attentifs, disciplinés, persévérants au travail. Le chef d’orchestre, lui, veille à la justesse de l’interprétation de l’œuvre qu’il dirige. Chef d’orchestre et musiciens sont tous au service d’une même œuvre, n’ayant qu’un but, obéir aux intentions de l’auteur de la musique qu’ils interprètent, pour donner vie à l’œuvre.

Cette image de l’orchestre peut certainement faire comprendre la fécondité de l’obéissance, de cette obéissance au réel de la partition de notre vie : elle libère le meilleur de nous-mêmes.

 

 

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