La Vierge Marie  apparaît dans maintes œuvres d’art  toute enveloppée de lumière et d’éclat céleste.  Il reste vrai qu’elle demeure celle qui, tout au long de son pèlerinage sur la terre, a vécu dans la foi et la confiance, humble et cachée. Depuis la prophétie de Siméon jusqu’au pied de la Croix, Marie est celle « qui a cru » et dont toute la vie n’a été qu’un « oui » confiant donné à Dieu. Cette constance dans la foi constitue véritablement une clé qui nous ouvre à la véritable compréhension de la personne même de Marie. Tout au long de sa vie sur terre, Marie a été en contact avec Celui qui s’est dit Vérité, Chemin et Vie. Mais elle ne le savait pas. Ainsi, lorsqu’elle-même et Joseph  retrouvent Jésus, leur enfant,  dans le Temple de Jérusalem après trois jours de recherche angoissées et qu’ils l’entendent dire face à leur trouble : « ne saviez-vous pas qu’il fallait que je sois aux affaires de mon Père », Marie, elle, ne comprit pas. Mais elle gardait cela dans son cœur pour le méditer, y repenser, pour chercher à comprendre peut-être.  Sa vie sur terre est fait de moments d’obscurité, d’incertitude, d’interrogation, et certainement aussi de joie profonde.

Tous les saints aiment la Vierge Marie. Sainte Jeanne, la fondatrice de notre Ordre, l’a donc aimée. Avant de voir comment, d’une manière concrète, Jeanne a  mis ses pas dans ceux de Marie,  je dirai quelques mots sur l’origine de sa dévotion mariale et terminerai en essayant de montrer que le chemin des vertus de Marie dessiné par Jeanne, si on le prend, peut simplifier nos existences souvent bien compliquées, les provoquer à la confiance.

Suivre la Vierge

Toute l’aventure humaine de sainte jeanne de France commence par l’irruption en sa vie de l’inattendu de Dieu : comme Marie au jour de son Annonciation, elle a cru en une parole de Dieu reçue un jour de ses 7 ans, alors qu’elle priait dans l’église de Lignières, en Berry, là où elle a demeuré jusqu’à l’âge de 19 ans.  Elle comprit alors qu’elle était appelée à devenir la fondatrice d’un Ordre religieux. Mais comment cela se fera-t-il ? Jeanne ne le découvrira qu’au fur et à mesure des événements qui jalonneront sa vie. Cette parole pour l’heure l’a seulement mise en route. Jamais elle ne l’oubliera, mais elle l’accompagnera tout au long des années jusqu’au jour où elle connaîtra que le moment est venu pour elle de la réaliser concrètement.

Jeanne s’est donc mise en route, sous la houlette de la Vierge Marie. Dès son jeune âge, Jeanne a prié la Vierge, elle la priait même souvent, nous raconte son premier biographe, lui demandant  « en quoi elle pourrait lui faire grand service et plaisir, car c’était tout son désir de la servir, de l’honorer et de lui plaire » (Les Sources p. 38).

Désirant mettre le Christ au cœur de sa vie, elle a très vite compris que la Vierge Marie pourrait l’aider à réaliser son désir. Son regard s’est donc posé sur Marie. Marie a été véritablement l’étoile qui l’a guidée durant toute sa vie. Elle a posé son regard sur Elle, elle a médité sa vie qu’elle a découverte en lisant les évangiles, elle a pris le chemin de ses vertus. Son confesseur, le franciscain Gabriel-Maria, rapporte que Jeanne avait l’habitude de demander à la Vierge de « lui enseigner comment lui plaire, ne demandant pas d’autre grâce que de lui plaire et, par Elle, à la Bienheureuse Trinité » (Sources, p. 892). La Vierge est  bien pour Jeanne un chemin qui conduit à plaire à Dieu. Pour ce faire, poursuit son confesseur, elle  « fit une gerbe de tous les passages de l’Évangile où il est fait mention de la Vierge. Elle trouva que les évangélistes ont seulement fait mention de dix vertus de la Vierge » (Les Sources p. 886). Ces vertus  sont la pureté, la prudence, l’humilité, la foi, la louange, l’obéissance, la pauvreté, la patience, la charité, la compassion.

Jeanne, suivait en tout, Marie,  première disciple du Christ. Elle « s’efforçait, dit encore Gabriel-Maria, de suivre la glorieuse Vierge Marie en ses dix vertus et plaisirs au plus près qu’il lui était possible. Car, si on regarde bien sa vie et si j’avais le temps de vous l’exposer, vous verriez bien que toutes les dix vertus de la Vierge Marie brillaient en elle. »

Au concret de la vie

Gabriel-Maria a pris le temps de parler de Jeanne aux premières annonciades. Et celles-ci ont mis par écrit ce qu’il leur a dit sur leur fondatrice.  Ainsi, on peut se rendre compte comment Jeanne a suivi la Vierge dans le quotidien de son existence, comment elle a mis en œuvre en sa vie les vertus de Marie.

En tout premier, Gabriel-Maria met l’accent sur l’honnêteté de sa vie, c’est-à-dire, la pureté de sa vie. Jeanne a vécu  sous le regard de Dieu. Comme Marie,  elle s’est entièrement remise entre les Mains de Dieu, n’ayant qu’un désir celui de Lui plaire. Et ce désir a virginisé son cœur. Puis, il évoque la prudence de Jeanne, sa sagesse. Jamais, dit-il,  je ne vis personne plus prudente, car jamais elle n’aurait parlé ni donné de réponse si, en premier, elle n’avait considéré si cela plaisait à Dieu et à la Vierge Marie, demandé leur aide. » Cette sagesse était connue de son entourage, car, dit-il encore, « dans les affaires importantes, on venait à elle pour avoir un conseil, sachant que la sagesse divine reposait en elle. » Jeanne, dans la prière, la méditation et la réflexion cherchait le meilleur à penser, à dire ou à faire. Elle vivait ce que conseille saint Paul dans sa Lettre aux Romains : « ne vous modelez pas sur le monde présent, mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait » (Rm 12, 2).

Puis Gabriel-Maria évoque l’humilité de Jeanne. Le geste du lavement des pieds, qu’elle faisait chaque année, au soir du Jeudi Saint afin de commémorer la Cène du Seigneur, illustre bien cette vertu en elle.  Par ce geste, Jeanne manifestait qu’elle avait fait siennes ces paroles du Christ : « je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir » (), siennes également ces paroles de Marie : « je suis la servante du Seigneur » ()

Jeanne est une femme de foi.  « C’était la plus croyante et la plus catholique qu’on eût pu trouver de son temps », nous dit encore Gabriel-Maria. On peut dire que Jeanne a lu les événements de sa vie à la lumière de sa foi. Ainsi, au moment où son mari, Louis XII, demande à Rome la reconnaissance en nullité de son mariage et qu’il l’obtient, Jeanne distingue en cet événement qui la brise dans sa vie de femme l’heure de réaliser la promesse divine reçue en ses jeunes années : fonder un nouvel ordre religieux.

Jeanne est aussi une femme de prière. « C’était tout son plaisir de prier Dieu et d’entendre parler de Dieu, d’avoir toujours Dieu en son cœur, dans ses paroles et dans ses œuvres …  Son cœur était entièrement à Dieu, elle ne prenait plaisir qu’à être avec lui ou à entendre parler de lui. » nous dit encore son confesseur. Jeanne est une femme heureuse dans sa vie de foi, heureuse dans sa vie de prière. Comment ne pourrait-elle pas alors garder « les commandements de Dieu et de l’Église avec grande sollicitude et exactitude » ? Comment ne pourrait-elle pas désirer voir son confesseur la conduire toujours plus loin sur ce chemin de l’union à Dieu ? Ainsi, « de tout ce qu’il lui ordonnait et commandait, elle n’en aurait pas passé un iota ». C’est lui-même qui nous l’assure, mettant ainsi en lumière l’obéissance de Jeanne.

Obéissante, Jeanne a un cœur de pauvre. C’est une béatitude : « Bienheureux les pauvres en esprit… » () Elle fait partie de ces petits à qui est révélée la sagesse  de Dieu. Elle « avait des biens, mais elle n’y mettait pas son cœur… Aussi, distribuait-elle ses biens à tous les indigents dont elle avait connaissance. » Jeanne a vécu le détachement, le désintéressement, le partage. Elle savait où était son trésor. Son cœur était tout à Dieu et, étant tout à Dieu, il était par le fait même, ouvert sur les besoins des autres.

Pauvreté, patience. Patience de Jeanne. Elle attendra plus de trente ans avant de pouvoir mener à bien la construction du premier monastère de son Ordre, à Bourges. Sa patience aussi dans l’épreuve qu’a été le procès en nullité de son mariage.  En cette grande épreuve, nous dit son confesseur, « elle se comporta avec une grande patience et égalité d’âme ».  Cette égalité d’âme  montre que Jeanne, en cette heure dramatique, a choisi non pas la polémique mais la paix. C’est une femme de paix. Elle l’a suscitée autour d’elle par toutes ses œuvres de charité.  De sa charité, son entourage en  témoigne. Jeanne est une personne profondément bonne et sa bonté s‘exprimait par des actes bien concrets : « elle était la mère des orphelins, des désolés et des malades, de tous ceux qui étaient dans l’affliction, tant spirituelle que corporelle ou temporelle», nous rapporte ses contemporains.  Gabriel-Maria  ne manque pas enfin de souligner la compassion de Jeanne pour le Christ en sa Passion. « De la Passion de Jésus Notre Sauveur, elle en était toute imprégnée en son coeur par compassion et douleur, en sa bouche par ses paroles … c’était tout son plaisir et tout son désir que d’en entendre parler »  (Les Sources 188-192). Cette compassion pour le Christ en sa Passion, Jeanne le manifestait par sa douceur et son humanité. « De ses propres mains, elle soignait elle-même les plaies qu’avaient certaines pauvres femmes aux jambes …  Elle pansait leurs plaies doucement et humainement…. Et, par son saint toucher, ces femmes étaient guéries. (Les Sources 237) En ces personnes malades Jeanne voyait le Christ souffrant. Comme la Vierge, debout près de la croix, Jeanne était là, auprès de ceux qui souffraient.

Chemin de simplicité

Ainsi, Jeanne a avancé pas à pas sur le chemin des vertus de Marie. Elle fait bien partie de ces tout petits qui réjouissaient le Christ : « Père, je te bénis, d’avoir caché cela aux sages et aux savants et de l’avoir révélé aux tout-petits » (Lc 10,21).  Jeanne fait partie de ces tout petits qui se sont laissé conduire  par Dieu, à travers l’humble quotidien de leur vie, à l’exemple de Marie de  Nazareth. Car le style de Marie de Nazareth se repère dans l’existence de Jeanne, en particulier, par sa fidélité à son devoir d’état. Car son existence  a comporté des données irréversibles  (son mariage et le procès en nullité, son handicap etc…). Ces données irréversibles ont orienté et authentifié ses choix ; sa sainteté est à chercher dans son obéissance au réel de sa vie et de sa soumission au quotidien. Marie n’a pas voulu autre chose, de l’Annonciation à la Croix. Chemin de simplicité.

La simplicité marque toute l’existence mariale de Jeanne ; cela n’a pas empêché, bien au contraire, son audace évangélique au service de l’Église : la fondation d’un nouvel Ordre religieux. L’Esprit a réalisé en elle bien des merveilles dès lors qu’il a trouvé en elle une croyante obéissante et souple, pauvre d’elle-même et soucieuse uniquement de plaire à Dieu seul.

La vie de Jeanne nous dit aussi quelque chose  de la manière de vivre avec Marie, de vivre en connivence avec elle nos jours de vie. Jeanne s’est laissé enseigner par la Vierge. Marie a véritablement été sa maîtresse de vie spirituelle. Elle a vécu, avant l’heure, ce que le Concile Vatican II propose aux fidèles chrétiens, dans  la Constitution dogmatique sur l’Église, Lumen Gentium : lever les « yeux sur Marie, exemplaire de vertu », la considérer, elle, la Mère de Dieu comme « le modèle de la foi, de la charité et de la parfaite union au Christ ».  Jeanne est entrée petit à petit dans la connaissance de Marie : elle s’est laissé guider par Marie sur la route du bon plaisir de Dieu. Car Jeanne n’avait pas d’autre idéal que de plaire à Dieu.

Pour cela, elle est entrée dans la connaissance de la Vierge Marie par sa lecture de la Parole de Dieu, des Évangiles en particulier, par sa vie de prière. Toutefois, on peut dire que, chez elle, la connaissance qu’elle avait de Marie est plus du domaine de l’expérience. Son regard s’est posé sur la personne de Marie, sur Marie pure, Marie prudente, Marie humble, Marie fidèle et vraie, Marie priante, Marie obéissante, Marie pauvre, Marie patiente, Marie charitable, Marie compatissante.  Par un regard  prolongé sur la personne de Marie, elle est entrée petit à petit dans l’intelligence même du mystère de Marie, dans ses sentiments, dans les dispositions de son cœur.  Ainsi, la mise en œuvre des vertus de Marie a purifié sa volonté, l’a conduite à vivre de plus en plus dans la vérité et la charité, en vue de plaire à Dieu.

Suivre la Vierge à travers l’Évangile, en vue de plaire à Dieu par toute notre vie : sur un tel chemin, on se simplifie petit à petit ; on sait mieux reconnaître l’essentiel de l’accessoire, le bien nous attire ainsi que le beau, le vrai. On grandit dans la confiance en la Bonté de Dieu. La Vierge Marie est simple. Elle ne se regarde pas exister, elle vit simplement devant Dieu et devant les autres, vivant en totale union avec Jésus, en toute confiance, dans les années obscures de Nazareth, dans les détails les plus simples de ses journées comme dans les moments de la vie publique de son Fils. « Elle a mené sur terre une vie semblable à celle de tous, remplie par les soins et par les labeurs familiaux. » (Vatican II L’apostolat des laïcs).  Bref, la vie de toute femme, de toute jeune femme juive de son époque, mais transfigurée par l’âme de cette vie qui est son « oui » qu’elle a donné à Dieu dans une immense confiance. Cette attitude profonde du cœur de Marie est exemplaire, c’est un chemin qui ouvre sur une grande confiance.

Conclusion

Le chemin des vertus mariales, tel que le propose sainte Jeanne, nous aide et nous pousse sur le chemin de la véritable enfance spirituelle qui est de vivre le réel du quotidien tel qu’il se présente, à la lumière de l’Évangile ; c’est la vie ordinaire vécue dans la confiance sous le regard de Dieu, en sa Présence, à l’exemple de la Vierge Marie, à Nazareth. Plus on avance sur ce chemin-là, plus nos vies deviennent capables de vibrer, comme les cordes d’un instrument de musique, au véritable amour. Cette image musicale, employée ici, n’est pas un effet de style. Sainte Jeanne et son confesseur, le bienheureux Gabriel-Maria, ont en effet comparé les vertus de Marie aux cordes d’une harpe ou d’un psaltérion ; ils les appellent en effet la « harpe de la vie », ou le « psaltérion à dix cordes ». Pour eux, les vertus sont considérées comme des moyens de faire vibrer nos existences au véritable amour, de les mettre en contact avec le véritable amour, sous l’influence de l’Esprit Saint reçu au jour de notre baptême. Si cela est ainsi, nos pauvres existences humaines tendront à donner aux autres le meilleur d’elles-mêmes et, par-là, elles plairont à Dieu et Dieu y trouvera sa joie.

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