Seigneur, je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux ;  je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent. Non, mais je tiens mon âme égale et silencieuse ;  mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. Attends le Seigneur, Israël, maintenant et à jamais. (Psaume 130)

Mots simples, mots intenses qui déclinent un thème cher à sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, celui de l’enfance spirituelle.

Au centre du psaume, l’image d’un enfant, l’image d’une mère. Tendresse des hommes, tendresse de Dieu : « Quand Israël était jeune, je l’aimai… Je les menais avec des attaches humaines, avec des liens d’amour. J’étais pour eux comme ceux qui soulèvent un nourrisson tout contre leur joue ; je m’inclinais vers lui et le faisais man­ger» (Os 11,1.4).

L’enfant : fragile  et confiant dans l’aide des autres, de ses parents. Fragilité et confiance : telle est sa force, celle qui le garde dans la paix.

A l’opposé,  l’orgueil, cet orgueil  qui barre la route à l’Esprit Saint. À l’opposé, la démesure dans les désirs, dans  les projets, dans  les comportements.  La vie se défait.

Le remède à tout cela, c’est bien  celui de la véritable « enfance » de l’esprit, de l’esprit  qui s’abandonne à Dieu non pas d’une manière aveugle et automatique, mais d’une manière sereine et respon­sable.

L’humble confiance s’oppose à l’orgueil, à cet orgueil qui détruit toutes les vertus ; l’humble confiance ouvre sur une plénitude de vie. Telle est la véritable paix. Cette paix qui n’est pas d’abord la tranquillité psychologique mais une abondance de vie. Paix de Dieu. Paix de Ciel. Paix promise.

Là où il y a la paix, Dieu habite.  Et donc, « là où  il n’y a pas la paix, Jésus ne saurait y faire sa demeure » (Bx P. Gabriel-Maria).  Sans la paix, la vie s’en va. Car Jésus est Vie.

Garder la paix. Difficile. Mais indispensable. Il en va de la vie. Le premier pas ? Sortir de soi, cesser de se regarder. Ne pas tenir compte de soi. Oubli de soi, si bien que « s’il arrive qu’on nous oublie, nous ne nous fâchons pas mais nous en sommes bien aise… » (Bx P. Gabriel-Maria). Difficile, mais chemin de sagesse.  La personne humble serait –elle ainsi  la plus sage?

C’est que l’humilité creuse en soi un chemin et sur ce chemin s’engouffre la grâce de Dieu. En effet,  « sans humilité on ne peut recevoir aucune grâce de Dieu » (Bx P. Gabriel-Maria). Et la grâce de Dieu est un don inestimable, sans prix.

Sainte Jeanne de France a été humble. Elle n’a pas présumé de ses forces, ni de ses capacités personnelles. Ainsi, dans la fondation de son Ordre, elle ne voulait rien faire sans le conseil de Gabriel-Maria : « Je ne puis agir sans vous et sans votre conseil » lui disait-elle. Connaissance de soi va bien avec humilité.

Car l’humble est modeste. Pas de prétention déraisonnable. De la mesure, toujours. Ainsi, l’humble reçoit la force d’en haut, celle du Saint-Esprit. Avec une telle force, on peut aller de l’avant, changer en soi ce qui peut l’être, accepter  ce qui ne peut pas changer.

Humilité et intelligence se tiennent la main. Il y a une intelligence qui pousse à l’humilité, l’intelligence  qui  prend conscience de ses propres limites, de ses faiblesses, si bien que l’on en vient à se confier en Dieu.

Force de l’humilité qui, cultivée, détruit ressentiment, égocentrisme, amertume, revendications etc.  Elle libère la vie.

L’humilité est la plus grande force car elle déplace l’axe de la vie  en Dieu ; ce n’est plus l’univers que l’on fait tourner autour de soi, mais c’est soi-même qui se situe dans la proximité de Dieu, se trouvant ainsi exactement à sa place … c’est-à-dire sous le regard de Dieu.

Humilité et intelligence. Mais aussi, humilité et simplicité. C’était  l’idéal de saint François d’Assise, c’était la vertu qu’il aimait retrouver chez tout le monde : humilité-simplicité, à qui Dieu suffit.  Simplicité qui est regard sur Dieu. Car Il n’y a de vraie simplicité et d’humilité véritable que face à Dieu et face aux autres dans la lumière de Dieu, et non pas en se regardant soi-même et en se diminuant pour le plaisir. Simplicité-humilité se connaît suffisamment pour ne condamner personne. Respect de l’autre. Humilité-simplicité préfère plutôt agir que parler, sans bruit elle fait le bien.

Car les choses vraiment importantes ne sont pas forcément celles qui font le plus de bruit. Les choses vraiment importantes cheminent au cœur du quotidien, elles s’y mêlent comme un levain dans la pâte. L’essentiel souvent ne se distingue pas de l’insignifiant. L’humilité-simplicité sait être disponible à ce qui se passe, sait attendre. Que penser de tous ces milliards de gestes insignifiants de chaque jour, depuis le début de l’histoire : tel, un jour, le « oui » de l’humble Vierge de Nazareth ?

Humilité-simplicité peut changer le cours des choses en bien… car,  l’  « humble ne peut nuire.  Je parle de cette humilité  qui ne veut pas s’élever sur le fragile appui  des  choses périssables,  mais dont la pensée est sincèrement fixée  sur ce qui est éternel… » (Saint Augustin)

Alors, par Dieu, se laisser prendre par  la main, comme un enfant, l’enfant de Dieu que je suis, et croire qu’il me conduit de la nuit au matin ; se laisser prendre par la main car avec Lui ma vie se fait, L’écouter me dire au secret : je t’emmène vers demain….

(à suivre)

La communauté de Thiais rénove son monastère

Un grand merci

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