Comme l’année précédente, l’Encart du Message Marial reprend des textes adressés à la Fraternité Annonciade Jeunes, écrits avec la plume vive, alerte et pertinente de sœur Marie de l’Annonciation.

 

Janvier 2024

Regardons l’œuvre de la Création : un si grand jaillissement de vie dans ce foisonnement de paysages, de plantes, d’astres, d’animaux en tout genre, de minéraux, d’insectes. Et plus encore, observons son ouvrage en nous-mêmes : la beauté de chaque être humain ! Oui, Dieu est un Artiste immense ! C’est par ces mots que je veux inaugurer la nouvelle étape de notre voyage suivant l’itinéraire des Dix Vertus de la Vierge Marie avec pour guide pratique les sermons du père Gabriel Maria. Ce dernier m’inspire les premiers mots de cet article parce que pour illustrer son propos sur la pureté, il nous emmène dans l’univers artistique.

« Quand un peintre veut représenter quelqu’un sur le vif, il considère attentivement cette personne. Il imprime son image aussi fidèlement que possible dans son esprit et commence alors à tirer les lignes et le dessin… Nous aussi, nous voulons exprimer en notre âme l’image de Jésus et de Marie et représenter sur le vif non seulement leur ressemblance, mais leur personne elle-même… »

Ainsi, nous sommes engagés sur le chemin d’une profonde recréation par le subtil accord de la grâce de Dieu et de notre libre coopération à travers la mise en œuvre des vertus évangéliques de Marie. En ces lignes, nous allons découvrir la pureté de son cœur. Cette pureté de Marie est mise en vis-à-vis de Jésus comme Vérité : il s’agit «d’exprimer dans notre âme l’image de Jésus et de Marie ». Gabriel Maria parle de « vouloir exprimer… l’image de Jésus et de Marie. » Ce verbe est important.

Qu’est-ce qu’un cœur pur ? C’est un cœur qui n’est pas partagé. Un cœur, c’est-à-dire notre volonté profonde : la source cachée de nos choix et de nos décisions. Ce verbe nous interroge donc avant toute chose : voulons-nous vraiment suivre Jésus, Chemin, Vérité et Vie ? Marie, Elle, a profondément voulu. C’est pourquoi elle est profondément pure.

Dieu est un artiste ! Quel espace lui offrons-nous pour qu’il donne libre cours à son œuvre créatrice ? Les conseils de Gabriel Maria pour vouloir comme Marie par des actes et non simplement par des mots sans suites sont décapants et surprenants ! Un de ses conseils : écouter….. Nous venons de dire que le cœur pur est un cœur qui n’est pas partagé. Un cœur, c’est-à-dire notre volonté profonde – la source cachée de nos choix et de nos décisions.

Jésus nous parle de brebis qui le suivent parce qu’elles connaissent sa voix. « Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix… Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis…. Les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un étranger…. » (Jn 10, 2-5). Le livre du Deutéronome lance ce cri et ce cri traverse la Bible : « Écoute Israël ! ». Écouter la voix de Dieu est bien un moyen pour nous mettre à sa suite d’un cœur sans partage. Le père Gabriel-Maria ne dit pas autre chose :

« Nous voulons exprimer en notre âme l’image de Jésus et de Marie… Nous les avons considérés et nous avons trouvé que Jésus est la Vérité et Marie, la Pureté. Afin de reproduire fidèlement cette image, commençons par le principal, le visage. Nous avons deux oreilles, l’une de Jésus, l’autre de Marie. L’oreille de Jésus sera de fuir la vanité et la médisance, de ne pas leur donner audience, car elles sont contraires à la vérité. L’oreille de Marie sera d’avoir en horreur toutes les paroles et les représentations inconvenantes, car elles sont opposées à la pureté…. Voilà deux bonnes oreilles, peintes fidèlement d’après leur ressemblance. »

Jésus indique que ses brebis distinguent sa voix de celle de l’étranger, c’est-à-dire qu’elles reconnaissent la voix de Dieu au milieu de toutes les autres voix. Pour nous mettre à la suite du Christ de tout notre cœur, nous sommes invités à fuir les autres voix. Et le père Gabriel-Maria indique concrètement ces voix auxquels nos oreilles ne doivent donner aucun accès : les paroles de vanité, qui sont ces paroles creuses, sans consistance – paroles que le Pape François qualifie de mondanité ! Fuir aussi la médisance : un rude combat, difficile à mener, toujours à reprendre ! La médisance, il faut le dire sont tous ces mots contre le prochain : on a coutume de dire que la médisance dit des choses vraies qu’il vaudrait mieux taire contrairement à la calomnie qui est une parole mensongère contre le prochain.

Je crois que la médisance a toujours quelque chose de faux car nous ne voyons pas le cœur de l’autre comme Dieu le voit. Nous pensons dire une parole vraie alors qu’en fait nous ne savons pas ! Nous ne voyons pas le secret du cœur. Et le père Gabriel-Maria le dit bien : ces paroles sont contraires à la vérité. Il nous invite à ne pas écouter ces paroles, à ne pas leur donner audience. Quand nous considérons nos propres faiblesses, nos propres capacités à faire le mal, alors il devient difficile d’écouter ces paroles puisqu’elles nous condamnent nous-mêmes : l’expérience de notre propre misère mendie la Miséricorde divine pour soi-même et pour tous et rend sourd aux paroles médisantes.

Le père Gabriel-Maria avance un peu plus loin sur ces paroles qui parasitent nos oreilles et nuisent à la pureté de notre cœur. Il s’agit cette fois « d’avoir en horreur toutes les paroles et les représentations inconvenantes » : nous sommes conviés à fuir la vulgarité, les grossièretés, toutes les formes de violence sonore. Écouter une belle pièce de musique classique, un chef-d’œuvre de la musique sacrée, le chant des oiseaux, le bruit des vagues ou un grand silence laisse en notre cœur une toute autre atmosphère que des chansons violentes, agressives, des plaisanteries lourdes ou chargées de raillerie.

Le franciscain indique ce qu’il faut fuir mais nous donne aussi le remède car le secret est de remplacer une mauvaise habitude par une bonne : « nous ne devons prendre de plaisir qu’à écouter de nos deux oreilles les paroles de Jésus et de Marie. » Écouter la Parole de Dieu : « Écoute, Israël – disions-nous en citant le Deutéronome – le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force » (Dt 6, 4-5). Voyez : d’abord vient le verbe « écouter » puis cette suite du Christ d’un cœur sans partage : « de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. » Alors, chut ! Écoute ! Écoute la Parole de Dieu.
 

 

Avril 2024

Nous arrivons à ce qui me semble être une porte. Une porte étroite. La porte étroite de l’Évangile: « entrez par la porte étroite…, étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouvent. » (Mt 7, 13-14) Cette porte étroite dont parle Jésus, je l’ai longtemps regardée comme un passage difficile, un barrage sélectif tel un examen préparant aux concours de nos grandes écoles françaises. Dans ce cas là on est plutôt tenté par le découragement : « à quoi bon! C’est trop difficile pour moi! Je n’y arriverai jamais. » Mais je me suis trompée.

Cette porte étroite qui ouvre au royaume infiniment désirable de la vie dans l’intimité de notre Seigneur Jésus Christ et par lui dans le délectable jardin du Dieu Amour Père-Fils et Saint Esprit, c’est l’humilité. Oui, l’humilité. Dire « je suis petit », ce n’est pas encore cela l’humilité.
En faire l’expérience, et surtout se réjouir profondément d’expérimenter notre petitesse, voilà je crois le chemin de la petite porte qui alors s’ouvre toute seule, donne joie, paix parce qu’alors notre cœur et tout notre être sont dans la vérité profonde. L’humilité comme un cheminement d’expérience de petitesse en expérience de petitesse, accueillies à chaque fois sans se laisser troubler, sans que la petite flamme de la joie qui brille au fond du cœur ne diminue mais plutôt, qu’elle en soit ravivée.

L’humilité a une saveur d’humus – cette terre brune noirâtre qui provient de la décomposition de débris végétaux et animaux dans le sol et contribue à sa fertilité. L’humilité est la vérité s’exclame Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. « Tant vaut l’homme devant Dieu, tant vaut-il en réalité sans plus. » nous dit Saint François d’Assise dans son admonition 20.

Nous sommes si souvent comme la grenouille de la fable de La Fontaine, voulant nous aussi nous faire aussi grosses qu’un bœuf au lieu d’être pleinement et simplement nous-mêmes, louant le Seigneur de nous avoir créés tel que nous sommes.

Le père Gabriel-Maria nous oriente bien dans l’esprit de l’humilité franciscaine par cette nouvelle partie de son sermon sur les vertus. En une introduction très déployée il commence par poser un long regard sur l’humilité de la Vierge Marie.

« Nous devons avoir en nous Marie humble. Il est impossible d’expliquer ou d’exprimer combien notre bonne Mère a été parfaite dans l’humilité et combien elle l’a aimée. Son humilité dépasse toute autre humilité. Grâce à cette vertu, elle fut trouvée digne de devenir la Mère de Dieu : « Je suis sûr, dit Saint Bernard parlant de Marie, que si elle n’avait pas été si humble, elle ne serait jamais devenue la Mère de Dieu. » La Sainte Vierge nous apprend combien cette vertu est excellente, puisqu’elle ne se glorifie d’aucune autre que de son humilité, bien qu’elle possède toutes les autres vertus à un degré éminent. »

« Elle ne se glorifie d’aucune autre [vertu] que de son humilité ». Se glorifier de son humilité, cela n’est-il pas paradoxal ? Non, car justement Marie n’est qu’accueil du don de Dieu sans s’attribuer jamais rien à elle-même. Elle n’y pense même pas, toute occupée qu’elle est à se donner toute, telle qu’elle est sortie de la main de son divin Créateur. « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur.

Il s’est penché sur son humble servante…. » (Lc 1, 48) Marie est simplement ce qu’elle vaut devant Dieu. Cette gloire qu’évoque le père Gabriel-Maria n’est en rien synonyme de renom tout humain mais elle a plutôt un accent de gloire biblique qui est une révélation de l’être d’une personne et l’intensité de la présence de Dieu. Ainsi, l’humilité de Marie est manifestation de la présence intense de Dieu en elle.

Le père Gabriel Maria nous invite à une expérience de mort et de résurrection. Regardons combien les lignes relatant la résurrection sont peu nombreuses et sans éclat : un tombeau ouvert, les linges restés là, le ressuscité que l’on prend pour un simple jardinier, le compagnon de route que l’on invite à l’auberge et qui n’est reconnu qu’à la dernière minute, des femmes qui ont peur et qui ne disent rien, quelques apparitions dans l’intimité du Cénacle ou d’un pique-nique sur les rives du lac.

Les récits de la Passion sont tellement plus développés, détaillés! Lorsque ceux qui sont guéris par Jésus veulent crier leur joie à tous, Jésus les invite à se taire. Jésus a véritablement pris la dernière place : alors pourquoi cherchons-nous si facilement la première ? Pourquoi cherchons-nous à monter tandis que Jésus descend ? Si nous prenons le chemin opposé au sien, il n’est guère étonnant que nous ne le trouvions pas !
Le père Gabriel Maria nous invite vraiment à cet itinéraire pascal de dépossession radicale de soi-même pour trouver Jésus qui est la vraie vie au bout de cette descente dans la vérité de ce que nous sommes et de ce qu’est Dieu.

L’humilité, cette petite porte étroite, bien basse, elle est là. Petite porte de l’humilité et de la vérité si intimement liées que nous avons tant de mal à franchir. Il suffit d’un pas vers en bas. Un seul petit pas puis un autre, puis un autre…., dans la direction de la dernière place et la porte est franchie, et le Royaume est découvert! Que l’humble Vierge de Nazareth nous montre le chemin de ces petits pas vers le bas qui nous font franchir le seuil du Royaume de Dieu.

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