Quel jour inoubliable pour Michèle que ce jour tant attendu de 1973, jour de son entrée en ce monastère de Thiais, tout près de chez elle car elle habite Orly.
Quelques années auparavant, avec des camarades, elle avait demandé à mère Marie de Saint-François d’Assise (1911-2005), alors ancelle du monastère de Thiais, de venir passer quelques jours en clôture, avec les sœurs. Elle avait 15 ans. Quatre ans plus tard, le 7 janvier 1973, elle entrait donc au postulat. La jeune Michèle reçoit l’habit de l’ordre le 30 septembre 1973 et choisit comme nouveau nom celui de Marie-Blandine. Elle fait sa profession temporaire le 29 septembre 1974, en la fête de saint Michel – son saint patron de baptême. Elle prononce ses vœux perpétuels le 2 octobre 1977.
Un an avant son entrée, répondant à une annonce de journal, elle était partie travailler dans une ferme, en montagne. Elle s’occupait des vaches, fabriquait du fromage et accomplissait toutes les autres tâches des agriculteurs. Pour une Parisienne comme elle, c’était très dur. De plus, il y avait le froid et la neige. Elle n’a pu qu’y rester un mois. Mais cela a été néanmoins une expérience très formatrice. Ensuite, elle a travaillé comme surveillante dans un pensionnat de religieuses.
A sa prise d’habit, elle choisit sainte Blandine comme sainte patronne pour guider ses pas. Son saint patron, saint Michel, l’aiderait aussi dans les combats de la vie qu’elle aura à vivre !  Sep ans vont passer. En 1980, elle fait partie des sœurs fondatrices du monastère de Peyruis. Leur mission ? Tenir la maison diocésaine, tout en menant leur vie monastique. Un équilibre entre le service d’accueil, la prière et les exigences de la vie monastique est à trouver. Les sœurs font un grand acte de foi. Petit à petit, l’équilibre se trouvera. Le travail ne manque pas ; les nombreux dons de sœur Maria-Blandine sont très utiles : jardinage, accueil des visiteurs, couture, vaisselle, sacristie, cithare, liturgie… Elle se passionne pour chaque tâche. Elle aime le travail bien fait et minutieux.
C’est une soeur artiste. En effet, soeur Marie-Blandine dessine. Jeune professe perpétuelle, elle a illustré un livre racontant la vie des saints. Elle aime jouer de la flûte, a une prédilection pour la musique sud-américaine. Est-ce déjà un appel ? Au Bartèu, elle fait des merveilles au jardin, aide au service des hôtes, et s’investie dans l’emploi de liturgiste de la communauté, et de cithariste.
Mais très vite l’épreuve traverse la fondation provençale. La responsable de la première heure tombe malade et la communauté se retrouvera sans tête pendant trois longs mois. Vont-elles rester ? Quitter la Provence ? SÅ“ur Marie-Blandine, avec ses sÅ“urs, reste forte. Quelques mois passent. En août 1981, arrive enfin une soeur responsable, sÅ“ur Marie du Rédempteur. La croix des premiers mois a laissé son empreinte : au sein de la communauté, grâce à la persévérance de chacune, une profonde unité s’est forgée. Cela leur a permis d’aller de l’avant. En 1982, une soeur doit retourner au monastère de Thiais prendre un temps de repos. Il faut la remplacer.  SÅ“ur Marie-Blandine, en plus de ses propres responsabilités, va la suppléer dans ses divers emplois, dont l’accueil des groupes d’enfants. Elle s’en acquitte admirablement. Le jardin s’embellit grâce au travail acharné, persévérant de soeur Marie-Blandine qui anime aussi les fêtes communautaires : composer une saynète, un chant, ou aider les autres à terminer les leurs, pour la fête de la Vierge Marie ou une autre occasion. Apporter la paix dans les moments difficiles. Donner un coup de main pour les corvées en cas d’urgence. Décorer le réfectoire aux jours de fêtes. Les célébrations communautaires, préparées avec grand soin, sont des moments de lumière, de joie et d’unité fraternelle, si chers à sainte Jeanne.
Chaque année, en été, le Seigneur fait un cadeau à sœur Maria Blandine : sa mère et son père qui a tant regretté son entrée au monastère, lui rendent visite, très heureux. Cependant, les années passent, sœur Marie-Blandine, travaille, sœur Maria-Blandine observe : aucune vocation en vue. Que réserve l’avenir ? Une fois par mois, une lumière illumine toute la communauté : le confesseur franciscain bien-aimé, le père Marie-Éphrem, vient avec toute sa bonté et sa sagesse encourager chacune.
Avec l’âge, les forces des sÅ“urs diminuent et la santé de certaines décline… La sÅ“ur aînée Marie-Gabriel avance en âge. Petit à petit, elle ne va plus quitter son lit.  SÅ“ur Marie-Blandine avec ses sÅ“urs, se donnent à fond, avec une disponibilité encore plus grande. La communauté se fortifie. Dans les premières années de l’an 2000, un appel va se faire entendre auquel les sÅ“urs répondront « oui » : partir au Costa Rica. Des liens se sont tissés avec ce pays grâce à une des sÅ“urs, d’origine costaricienne, soeur Anne-Marie, entrée dans l’ordre en 1977, et partie rejoindre la communauté de Peyruis en décembre 1982. Chacune commence à apprendre l’espagnol. Cette langue est familière à sÅ“ur Maria-Blandine qui entretient une amitié profonde avec des Mexicaines. Mais cette fondation costaricienne est-elle vraiment la volonté du Seigneur ? En 2004, mère Marie du Rédempteur tombe gravement malade le jour même où l’annonce du départ est faite au clergé du diocèse. Trois ans vont alors se passer. Mère Marie du Rédempteur guérit. Après un temps de discernement, la communauté décide de se transférer à Alajuela. Le départ est alors décidé pour avril 2007.
Au début, la communauté loge dans un quartier d’Alajuela à El Llano. Pendant onze mois, les sÅ“urs sont à l’étroit… Bientôt, une occasion se présente : les frères franciscains, n’ayant pas besoin de leur noviciat, proposent de prêter leur maison aux sÅ“urs… Dieu soit béni ! Avec ses sÅ“urs, sÅ“ur Marie-Blandine se met au travail : il faut organiser la vie conventuelle. Sa force lui vient d’une foi profonde et d’une grande sagesse. Le jardin l’occupe beaucoup : plantes, fleurs, fruits exotiques. La liturgie est également très prenante : elle traduit les hymnes et les offices du français en espagnol, prépare les modèles des vêtements liturgiques, brode… La question de l’avenir demeure : que deviendra le monastère ? Malgré cette question, les sÅ“urs vont construire un nouveau monastère ; la maison du noviciat des frères va être réservée à l’accueil. SÅ“ur Marie-Blandine est la première à poser la première pierre. Elle participe à la supervision  de la construction et met en valeur le nouveau terrain. Elle est aussi l’une des conseillères de la communauté qui s’agrandit de trois jeunes costariciennes : sÅ“ur Marie de Jésus et sÅ“ur Marie-Judith de Jésus, puis Jeannette devenue depuis soeur Marie-Pia.
Brusquement la maladie va traverser son chemin. En 2024, un cancer du pancréas est décelé. Pendant une année, elle se bat courageusement contre la maladie. Au moment de son Jubilé d’Or, elle connaît un moment de rémission de sa maladie. On se prend à espérer une guérison… Mais, brusquement tout se précipite en novembre-décembre 2025. Soeur Marie Blandine sait que ses jours sont désormais comptés. Elle sait où elle va…, gardant sa paix, son sourire, sa disponibilité, sa gentillesse…. Elle a le souci de transmette aux sÅ“urs les plus jeunes tout ce qu’elle peut transmettre, en matière de formation liturgique entre autres, distribuant ses objets personnels qui peuvent faire plaisir à telle ou telle de ses sÅ“urs. Elle vit paisiblement sa Pâque le 13 décembre 2025, à une heure du matin, entourée de sa mère Ancelle et de la soeur qui la veillait cette nuit-là .
Ses funérailles ont lieu le lendemain, dimanche 14 décembre. Beaucoup d’amis du monastère se sont manifestés à l’annonce de son décès. Ils sont venus nombreux. Certains connaissant de plus près sÅ“ur Marie-Blandine ont été très émus. Les sÅ“urs ont chanté au cours de la messe le chant « Je sais en qui j’ai mis mon espérance… », comme sÅ“ur Marie-Blandine l’avait désiré, le reprenant au petit cimetière de la communauté. Elle l’avait traduit en espagnol à cet effet, il y a quelques mois… Première annonciade reposant en cette terre du Costa Rica…