« Pour en revenir, à la miséricorde et à la compassion : c’est au bon Jésus crucifié que nous compatirons tout d’abord. Il est facile d’avoir pitié de celui qu’on aime, quand on le voit dans de grandes souffrances. Et à qui devons-nous un plus grand amour qu’à notre bon Seigneur Jésus ? Il nous a tant aimés et, pour nous, il a tant souffert. C’est pourquoi, nous lui devons de la compassion. » (Bx Gabriel-Maria)
A nouveau, me voici bien en retard pour cette nouvelle lettre ! Peut-être parvenons-nous au rythme de quatre lettres par an ! Après une invitation à entretenir le feu vif dont notre cœur s’embrase en s’approchant de la Croix, source de tout amour et de tout bien, le père Gabriel-Maria nous invite cette fois à la compassion concrètement dans notre vie quotidienne.
« C’est au bon Jésus crucifié que nous compatirons tout d’abord. »
Compatir dans la Bible est le sentiment par lequel on est porté à percevoir ou ressentir la souffrance des autres et qui nous y fait participer de cœur. Souffrir avec c’est le chemin à parcourir par cette fine pointe de l’amour
Il me semble qu’il y a deux mouvements de compassion : l’une qui me tourne vers Dieu et l’autre qui me tourne avec Dieu.
Qui me tourne vers Dieu : quand je souffre, je vais à Dieu pour lui confier ma peine, pour qu’il me soulage dans mon épreuve : ne dit-il pas en Matthieu 11, 28 « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. » ? Et c’est bien une réalité. Dans l’épreuve, aller à Jésus en méditant par exemple les mystères douloureux du Rosaire, en faisant un chemin de Croix, en lisant le récit de la Passion de notre Seigneur ou en contemplant une icône de la Sainte Face nous donne d’expérimenter ce soulagement, cette consolation dans l’Esprit Saint que Jésus nous donne. Aller à la Croix par ces moyens humbles et simples m’ouvre à la Compassion de Dieu qui en Jésus me console de toute mes peines. C’est donc bien un mouvement de compassion qui me tourne vers Dieu dans mon épreuve
Encore une autre façon de vivre ce premier mouvement de compassion qui me tourne vers Dieu. Le Père Gabriel Maria l’explique très clairement. « Il nous a tant aimés et, pour nous, il a tant souffert. C’est pourquoi, nous lui devons de la compassion ».
Ces lignes du livre d’Isaïe nous entraînent dans ce mouvement : en cette contemplation du Christ dans sa Passion, je découvre ma misère et la miséricorde de Dieu. Is 53, 04-05 : « En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. » Dans ce regard sur le Christ humilié, torturé, bafoué, outragé, torturé, crucifié, défiguré, je découvre mon propre péché, mes douleurs, mes souffrances, mes blessures, ma mort. C’est moi qu’il porte, toute défigurée. Il fait sienne toutes mes défigurations. Et là , il me dévoile son amour.
Et puis, il y a ce que j’appelle plus haut une compassion qui me tourne avec Dieu. Il s’agit de compatir au point de compatir avec Dieu pour l’humanité entière. Beaucoup plus que d’aller à Jésus parce que je souffre, je vais cette fois entrer dans le regard et la souffrance de Dieu à la vue de l’immense souffrance de chaque être humain sur cette terre, ses errances qui le conduisent à la détresse la plus extrême. Comme Marie au pied de la Croix : elle devient, là , la Mère de l’humanité entière parce que Jésus donne sa vie pour l’humanité entière et qu’elle s’unit à ce don pour la gloire de Dieu et le salut du monde. « Ils m’ont abandonné, moi, la source d’eau vive, et ils se sont creusé des citernes, des citernes fissurées qui ne retiennent pas l’eau ! » Jr 2, 13. « J’ai soif » (Jn 19,23) fut le cri qui frappa le cœur de mère Teresa et la fit entrer dans le cœur compatissant de Jésus. Toutes les soifs des hommes sont portées dans ces mots de Jésus. Compatir en se tournant avec Dieu, c’est entrer dans toutes les soifs des humains avec Jésus. Je vous souhaite un fervent Carême !
Sœur Marie de l’Annonciation ovm