Chers amis, parmi les dix vertus de Marie,

il en y a une que j’aime particulièrement : c’est la vertu de pureté !

« Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Mt 5, 8)

Heureux : c’est un chemin qui conduit au bonheur, le cœur pur est un cœur paisible car apaisé et heureux de la joie que donne la vie d’intimité avec Dieu. La pureté n’est pas contre ceci et cela ….elle est POUR  …., pour le plus grand bonheur que seul Dieu peut donner, POUR le plus grand, le plus Bel Amour

Dans le dictionnaire Littré, la pureté est définie comme ce qui est sans mélange.  J’aime penser à la découverte du Radium par Pierre et Marie Curie : certains étaient dubitatifs sur l’existence de cet élément. Il  a fallu quatre années d’un  labeur de purification pour que les deux scientifiques arrivent à obtenir du radium  pur c’est-à-dire dégagé de tout autre élément, du radium visible à l’œil nu.

Évidemment, avoir le cœur pur, ce n’est pas être parfait…. ; cette perfection-là peut même être dangereuse… : pensons au rêve nazi d’une race arienne pure, supérieure à toutes les autres peuples et qui élimine tous ceux qui ne sont pas ariens. Cette tentation est permanente dans le cœur de l’homme…, même en nous : penser que nous sommes irréprochables ou chercher à l’être – ce qui est impossible – et éliminer de notre cercle tous ceux que nous estimons trop imparfaits pour faire partie des nôtres.

Le cœur pur est simple, c’est celui qui est tout en Dieu et tout à Dieu et qui aime selon Dieu.

Le cœur pur est unifié en Dieu, il fait tout pour Dieu.

La pureté du cœur est une intimité d’amour avec Dieu : c’est cela voir Dieu : c’est un cœur qui devient le grand intime de Dieu. A ce sujet, j’aime penser à ce mot de Mère Teresa sur le cœur pur : elle parle d’un groupe de personnes qui passe dans la rue et dans le caniveau gît un SDF. Tout le monde passe sans voir, sauf une personne qui regarde ce pauvre et s’en approche : et Mère Teresa dit « parce que cette personne (celle qui voit le pauvre) a le cœur pur : je me suis demandé pourquoi Mère Teresa choisissait cet exemple pour illustrer la pureté de cœur. Eh bien, il me semble que cette personne qui voit le pauvre n’est aucunement centrée sur elle-même, elle ne pense pas à elle-même,  elle voit Dieu en l’autre parce que son cœur est libre d’elle-même, désencombré d’elle-même ! Le cœur qui est encombré par le souci de lui-même n’est pas un cœur pur qui peut voir Dieu et selon Dieu.

La pureté du cœur, c’est le « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton Cœur, de toute ton âme, de toute ta force, de Tout ton esprit … » du livre du Deutéronome.

Dans l’admonition n°16, saint François d’Assise définit ainsi la pureté du Cœur : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu. » ont vraiment le cœur pur ceux qui méprisent (c’est-à-dire ceux qui sont détachés) les biens de la terre, cherchent ceux du Ciel et ainsi purifiés de tout attachement de l’âme et du cœur, ne cessent jamais d’adorer et de voir rien d’autre que le Seigneur Dieu vivant et vrai. »

Pour nos fondateurs, il me semble que cette pureté du cœur se résume dans ces mots : Jésus seul… .Jésus mon amour, Jésus mon époux, Jésus mon Dieu et mon tout.

Pas seulement en mots ! Mais en vérité intime ! Dieu est-il mon tout ? « Dieu seul suffit- qui a Dieu ne manque de rien » s’écrie sainte Thérèse d’Avila ! « Le Seigneur est mon berger » chante le Psaume 22-23….et pour moi ? Jésus est-il mon Dieu et mon Tout ?

Continuons à avancer !

 Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus dit à sa sœur Céline devenue novice : « vous me demandez souvent ce qu’est le pur amour : c’est de ne se rechercher en rien ! à l’instant où on se recherche, on cesse d’aimer. »

Un cœur pur est donc un cœur à 100% à Dieu, et en Dieu : ainsi passé en Dieu, il est rendu capable par Dieu d’aimer comme Dieu aime car il aime avec le cœur même de Dieu.

Dans les dialogues de sainte Catherine de Sienne, elle décrit ce chemin qui détache de tout pour n’être attaché qu’à Dieu et ainsi aimer chaque être humain non pas avec mon cœur limité mais avec un cœur uni à la démesure du cœur de Dieu. Voilà le fruit de cette intimité avec Dieu qu’est le cœur pur : outre la paix du cœur, le fruit de la pureté du cœur est une incroyable dilatation de notre capacité d’aimer : « Fais-toi capacité, je me ferai torrent » dit le Seigneur à sainte Catherine  de Sienne. C’est le Cœur comblé de Grâce de Marie…, c’est-à-dire comblé de Dieu ! Le cœur pur qui voit Dieu, c’est le cœur tout en Dieu qui est entré dans l’intimité de Dieu.  Il y a tout un travail en creux qui s’opère : être libéré, désencombré de tout ce qui n’est pas Dieu pour être largement inondée de Lui seul ! Travail en creux et travail qui nécessite la durée et la persévérance : il en faut des gammes tous les jours pour devenir un grand musicien !

3 / Jean 15, 1-4 –  Je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron. Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, (=il le purifie) pour qu’il porte encore plus de fruit…. Demeurez en moi, comme moi en vous.

Se détacher de tout pour n’être attaché qu’à l’unique nécessaire et ainsi, aimer son prochain d’un cœur libre comme Dieu seul peut aimer est un chemin à parcourir dans l’humble quotidien de nos vies : Il y a les purifications passives c’est-à-dire que par tel ou tel événement le Seigneur me conduit à un détachement : ainsi je vais grandir dans mon attachement au Seigneur et être rendue de plus en plus libre d’aimer comme Il aime. Par exemple, pour des parents, quand leurs enfants grandissent, font des choix  inattendus, quittent le nid familial, c’est une purification passive…, nos enfants ne sont pas à nous, ils doivent répondre à leur propre vocation. Au fil des années de mariage, mon époux, mon épouse,  laisse percer tel trait de caractère difficile à supporter, une épreuve comme un  temps de chômage, une dépression…, .purification. L’amour ne cherche pas son intérêt mais celui de l’autre : comment vais-je aider l’autre à grandir, pour lui-même ? Ainsi mon cœur est purifié, dégagé de tout égoïsme, j’apprends à aimer selon Dieu et selon l’autre et de moins en moins selon moi.

Il y a des purifications actives : des renoncements, des choix que je vais faire pour préférer Dieu à tout et lui offrir un creux de plus en plus vaste pour qu’il puisse m’inonder de son Être par exemple, le dimanche, renoncer à telle activité qui me ferait manquer la messe, passer moins de temps sur les réseaux sociaux ou sur les divers médias pour passer du temps avec les autres : ma famille, telle personne qui aurait besoin d’une visite, tel service à rendre et  un temps pour prier, lire  la Bible…. C’est à travers de multiples choix au quotidien que l’on dit à Dieu qu’on le préfère à tout et qu’on fait tout pour lui. Ceci, je le répète, dans le but d’être toute unifiée en lui au lieu d’être dans la multiplicité de tas de petites convoitises et  d’aimer comme il aime  parce  qu’alors c’est lui qui aime en nous.

4 / Jean 12,1-3 – Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie, où était Lazare, que Jésus avait ressuscité d’entre les morts. On lui fit là un repas. Marthe servait. Lazare était l’un des convives. Alors Marie, sœur de Marthe et de Lazare,  prenant une livre d’un parfum de nard pur, de grand prix, oignit les pieds de Jésus et les essuya avec ses cheveux ; et la maison s’emplit de la senteur du parfum.

Il me semble que le nard pur de cette femme est réellement l’expression de son cœur pur qui lui donne de voir qui est vraiment Jésus, et qui lui donne d’avoir ce geste juste, riche de sens à l’heure où le Seigneur entre dans sa Passion. En plus, cette femme est libre sous le regard des autres ; elle n’est que sous le regard de Jésus en qui elle a une totale confiance. Ce que pensent les autres convives, elle n’y pense même pas !  Elle ne voit que Dieu – elle n’agit que sous le regard de Jésus, Son Seigneur et son Dieu !

Pour que le cœur s’unifie en Dieu, Il me semble très important  de  laisser grandir en soi le désir de Dieu. Nous sommes faits pour Dieu, et nous sommes attirés par Lui qui demeure en nous : « tu nous as faits pour toi, Seigneur et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi. » dit saint Augustin. Dieu habite en moi comme le Bien Aimé du Cantique des Cantiques qui est descendu dans le jardin de sa Bien-aimée c’est -à-dire dans le jardin de mon âme. Comment se détacher de tout si on n’est pas porté par un vif désir de Dieu ? Écoutez ce désir de Dieu qui est en vous. Ecoutez-le qui vous appelle au-dedans de vous. Pour cela, il faut du silence.

Le creuset dans lequel le cœur lâche tout pour être tout à Dieu est le silence intérieur et la solitude, un passage obligé pour avancer dans l’intimité d’amour de notre Seigneur. La solitude ce n’est pas seulement se retirer dans un lieu désert le temps d’une retraite. Ce n’est pas non plus réservé aux personnes consacrées à Dieu. Il y a une solitude fondamentale de l’être qui est la place de Dieu. « À la mesure sans mesure de ton immensité tu nous manques Seigneur …, ta place reste marquée comme un grand vide, une blessure (hymne) »

Il y a inévitablement un temps ou l’on expérimente cette solitude, à l’occasion d’un échec, d’un deuil, de toute épreuve, et même dans une très intime joie, ou bien même quand on marche seul dans la rue, en forêt, quand on arrive dans une maison vide…., .un temps d’ennui, de maladie…, ne pas chercher à combler ce creux immense que l’on découvre en soi car c’est la place de Dieu, si on ne le fuit pas,  mais qu’on l’accueille simplement c’est très assurément l’espace où tôt ou tard je découvre la présence de Dieu au plus intime de moi-même. C’est le chemin irremplaçable pour se détacher de tout et plonger en Celui qui nous aime tant. Si je comble ce creux par des compensations je vais manquer ce rendez-vous en tête à tête avec le Seigneur. La solitude est un passage inévitable pour accéder à la pureté du cœur ! Pour cette raison, je suis persuadée que Marie la Mère de Jésus a goûté beaucoup de solitude. C’est dans cette expérience que  l’on peut dire en vérité avec Jésus comme Marie a dû le dire….  « Mais je ne suis pas seul car le Père est toujours avec moi »

5 /  Mt 15. [8-11] – Hypocrites ! Isaïe a bien prophétisé de vous, quand il a dit : Ce peuple m’honore des lèvres, mais leur cœur est loin de moi. Vain est le culte qu’ils me rendent : les doctrines qu’ils enseignent ne sont que préceptes humains.”Et ayant appelé la foule près de lui, il leur dit : “Ecoutez et comprenez ! Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme ; mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui souille l’homme.”

Mt 18, 18-20 – Du cœur en effet procèdent mauvais desseins, meurtres, adultères, débauches, vols, faux témoignages, diffamations. Voilà les choses qui souillent l’homme.

  Lc 11. 39-41 – Mais le Seigneur lui dit : Vous voilà bien, vous, les Pharisiens ! L’extérieur de la coupe et du plat, vous le purifiez, alors que votre intérieur à vous est plein de rapine et de méchanceté ! Insensés ! Celui qui a fait l’extérieur n’a-t-il pas fait aussi l’intérieur ? 

S’attacher à Dieu seul passe encore par un détachement de toute ma misère, tout ce qui est discordant en moi et que je découvre en me présentant en vérité sous le regard créateur et libérateur de Dieu : le père Gabriel-Maria parle dans la première  règle de purifier son cœur des ronces du péché en se confessant : c’est un détachement de soi-même, de notre intérieur rempli de rapine et de méchanceté dit Jésus aux Pharisiens…. Il s’agit d’être vrai avec soi-même, de se connaître, d’aller à la source de nos pensées, de nos paroles et de nos actions…, regarder ce qui est discordant en nous et qui nous empêche de voir Dieu. Regarder notre intérieur. Derrière une tristesse, une colère, une peine, une paresse, se cachent bien souvent une convoitise, un attachement, un lien, qui me retiennent  d’être toute à Dieu. Un seul fil empêche l’oiseau de voler dit saint Jean de La Croix.

6 / – Donnez plutôt en aumône ce que vous avez, et alors tout sera pur pour vous.

Voilà une piste que nous donne encore Jésus… Le Cœur pur est un cœur qui se donne ! C’est un cœur qui s’oublie lui-même, qui renonce à lui-même pour se donner, pour servir…..  « Toute personne se réalise pleinement dans le don désintéressée d’elle-même » dit Saint Jean-Paul II

7 / Jean 15, 1-4 – Déjà vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai fait entendre.

La Parole de Dieu nous purifie, l’étude de la Parole de Dieu est un vrai chemin de purification ; .elle me décentre de moi-même et me centre sur Dieu. Dans la Lectio, je cherche et je contemple le visage de Jésus, j’écoute le Seigneur, je vois ce qui lui plaît, ce que je dois faire …..C’est un trésor inépuisable quand je me plonge régulièrement dedans avec la lumière de l’Esprit Saint. Enfin, le cœur pur étant un cœur qui regarde Dieu, l’essentiel, pour garder les yeux fixés sur Lui est de prier, prendre le temps de prier le Seigneur, de le Louer et de lui demander ce cœur  pur, ainsi qu’à Marie…  « Donnez-moi un cœur d’enfant, pur et transparent comme une source… »

Je vous souhaite de très bonnes vacances d’été ! A bientôt !

Sœur Marie de l’Annonciation OVM

 

 

La communauté de Thiais rénove son monastère

Un grand merci

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