Juridiction des Frères Mineurs.

Notice

Les débuts de la fondation sont bien connus grâce à la Chronique de sœur Barbara de Put, Sœur Grise avant d’être une Annonciade,  et de la première Ancelle, sœur Sara Herlin.  Les Sœurs Grises franciscaines du couvent de Venlo, désireuses de vivre en clôture, selon les directives pour la vie religieuse féminine promulguées par le Concile de Trente, font appel aux Annonciades  de Louvain pour réformer leur couvent et embrasser la Règle de l’Ordre de la Vierge Marie. Le Père Provincial des Frères Mineurs de leur province va lui-même à Louvain pour plaider leur cause. En fait, deux monastères annonciades vont répondre à la demande des Sœur Grises : Anvers et Louvain. Ainsi, partent pour Venlo du monastère d’Anvers deux annonciades, sœur Sara Herlin, comme mère Ancelle et une sœur converse. Trois annonciades partent de Louvain. Cela fait donc cinq religieuses.

Les débuts du monastère ont été racontés par sœur Sara Herlin. En voici quelque aperçu :

Quand les Annonciades arrivent à Venlo, les sœurs sont sans clôture. Mais rapidement, la clôture, le tour et le parloir vont être instaurés. Sœur Sara, cependant, est prudente et ne va amener les Sœurs Grises à leur nouvel état de vie que petit à petit, progressivement. Car, dit-elle, « il faut être prudent dans toutes ces choses car c’est une chose de faire une fondation, et une autre de faire une reformation. Je préfère, confie-t-elle, aider à fonder dix monastères qu’en réformer un seul » ! Pourquoi ? Il faut tenir compte des différences d’un côté comme de l’autre et essayer d’y trouver l’harmonie nécessaire à une vie conventuelle régulière.

Cependant les Sœurs Grises font tellement  preuve de bonne volonté, si bien qu’au bout de huit jours, sœur Sara peut donner l’habit à dix sœurs grises. Messe solennelle. Après la messe, les « épouses », comme les appelle sœur Sara, viennent, avec le Père Gardien – supérieur du couvent des frères Mineurs de Venlo –  frapper à la porte de  clôture. Et chaque sœur est introduite en clôture. Après quoi, chacune remercie la mère ancelle qui accueille les sœurs dans la salle du chapitre. Celle-ci leur souhaite la bienvenue. Elle les exhorte à  la pauvreté, à venir demander ce dont elles ont besoin comme les enfants vont vers leur mère. Si sœur Sara note ceci, c’est que sur ce sujet il y avait des difficultés…  La Chronique de sœur Sara donne d’ailleurs quelques détails à ce sujet.

Ensuite, sœur Sara va nommer les officières : cuisinière, économe, sous-sacristine, infirmière, etc. Elle les change souvent d’emploi durant les premières années afin d’apprendre à les connaître. Ensuite, ce changement fréquent ne sera plus nécessaire. Au début, elle donne elle-même le point de méditation. Par la suite, elle passera cette tâche à la maîtresse des novices. Sœur Sara note que l’uniformité dans une communauté est une grande richesse.

Le silence, pour sœur Sara, est une grande « consolation » car « il est un temps précieux pour parler à Dieu quand il est si proche ». Ici, elle fait allusion au temps de silence après la communion.

Elle évoque une sœur, sœur Walburge qui, avant d’être Annonciade, a été religieuse pendant 32 ans à Hoecht et 22 ans prieure. Voilà 4 ans qu’elle au noviciat, dit-elle, et « elle lave, récure et fait tous les humbles travaux comme les autres. Elle ne voudrait en rien être dispensée et cela est une telle édification dans notre communauté qu’il arrive que nous ayons les larmes aux yeux ».

Elle entraîne sa communauté à ne vivre que pour Dieu, pour le prochain. « Ne chercher que Dieu en tout fait vivre l’homme en grande joie et avec joie  ou au moins avec moins de peine…. ».  Elle dit encore : « Là où la mortification, l’humilité et l’amour de Dieu habitent ensemble dans une âme, oh, comme c’est facile de vivre avec de telles personnes. Chacune tend vers le plus humble, vers ce qui est le plus pauvre… Devenons toutes petites pour que Dieu puisse devenir grand en nous »…

Elle dit encore au destinataire de son récit – une ancelle certainement : « donnez-vous toujours de la peine pour qu’elles soient toujours reconnaissantes de leur vocation. Ceci est une grande importance… » .

Sœur Sara écrit son texte après 20 ans de supériorat. Le destinataire du texte a dû lui dire son souhait de la voir continuer sa mission d’ancelle. À quoi, sœur Sara répond : « je suis si fatiguée que je ne puis le décrire. J’aimerais tellement me reposer et me préparer à la mort. Aidez-moi à prier si cela est la volonté de Dieu que je puisse laisser la charge. Cela fait 20 ans que j’ai travaillé dans toutes ces grandes et multiples choses extérieures. Puissé-je maintenant commencer une nouvelle vie intérieure, combien j’en serais heureuse.  Mais, la volonté de Dieu doit se faire en toutes choses… ».

Elle dit encore au destinataire que la mère ancelle ne peut être en même temps maîtresse des novices en raison des multiples tâches de sa mission d’ancelle. Les novices de Venlo ont toutes eu quatre ans de formation ajoute-t-elle.

Certaines soeurs ont marqué la vie de ce monastère. Deux surtout.

La première, sœur Mechtilde van Lom, mystique et poète. Née à Venlo en 1600, elle est la  fille du bourgmestre Hubert de Lom. En 1619, elle entre au monastère des Annonciades de Venlo, au temps où sœur Sara Herlin est ancelle. Elle compose pour ses sœurs quarante-deux poèmes qui rendent compte du nouvel élan spirituel du couvent. Certains de ses poèmes sont de tonalité mariale. Mechtilde considère la Vierge tantôt dans sa participation à la Passion du Christ, tantôt comme la protectrice, la médiatrice de grâces, celle qui intercède. Pour elle, le don à Marie est à la fois la base et le moyen d’une union progressive et définitive à Jésus-Christ. On peut discerner dans ses poèmes l’influence de Henri Herp (1400-1478), frère mineur,  et de Benoît de Canfield (1562-1611), capucin.  Elle meurt en  1653.

La seconde est sœur Agnès, née le 14 septembre 1614 et décédée le 8 juillet 1641. Originaire du Limbourg et d’une famille de notables, elle entre dès l’âge de 12 ans au monastère des Annonciades de Venlo. Dès l’année suivante elle est frappée de paralysie. Ses parents l’envoient à Aix-la-Chapelle, ville thermale, pour une cure et des soins. Sans résultat. Elle fait alors un pèlerinage à Notre-Dame de Montaigu, où elle guérit sur le champ. Revenue dans son monastère, elle y acquiert vite une réputation de sainteté. Elle meurt à 27 ans. On affirme que des guérisons se sont produites sur son tombeau. Lors de la suppression du monastère, en 1797, sa tombe est transférée dans une chapelle proche du monastère, à Genooi. En 1925, des tentatives sont entreprises en vue de l’ouverture d’un procès en béatification…

Il est bon de dire quelques mots sur cette chapelle de Genooi, dédiée à Notre Dame. Elle a été construite par sœur Sara Herlin, en 1631. Elle est bâtie sur l’emplacement d’un ancien béguinage fondé en 1423 et dédié à Marie « Mariëndael » – ces béguines ayant pris comme règle celle du Tiers ordre de Saint-François. Une statue de la Vierge, en bois de chêne polychrome a été placée par sœur Sara. Très vite, cette chapelle devient un lieu de pèlerinage aussi fréquenté que celui de Lorette en Italie. Cette statue y demeure jusqu’à la Révolution.

En 1794, la région est envahie par les Français. Les Annonciades, les Frères Mineurs, les Pères du Saint-Esprit sont chassés en 1797 de leur couvent. Le monastère des Annonciades est vendu et converti en sucrerie. Comme on vient de le dire, les restes vénérés de sœur Agnès sont transférés à Notre-Dame de Genooi. Le 25 juillet 1818, l’ancien Père spirituel des Annonciades, le Père M. Heutz, transmet les biens de la communauté, acquis par lui, c’est-à-dire la chapelle de Genooi, une ferme avec grange, à deux sœurs Annonciades qui vont agir au nom des autres sœurs survivantes. Le 29 janvier 1829, neuf Annonciades de Venlo encore survivantes vont faire don de la chapelle de Genooi à la paroisse Saint-Martin de Venlo. Le 29 janvier 1836 a lieu une première mission, dans l’esprit de celles créées au 17ème siècle par saint Vincent de Paul et qui, au lendemain de la Révolution, se répandent en vue de rechristianiser le tissu social. À cette occasion, la grande croix de cette mission est plantée à Genooi. En 1846, la chapelle est remise à neuf.  En 1916, on décide la restauration et l’agrandissement de la chapelle. On fait appel au Dr P. Cuypers, éminent architecte de l’époque. La paroisse Saint-Martin décide alors de faire la consécration de la chapelle rénovée et de procéder au couronnement de la très ancienne statue de la Vierge. La cérémonie a lieu le 20 mai 1917. Aujourd’hui, cette chapelle est toujours visitée, et sa statue, vénérée.  On peut aussi se recueillir sur la tombe de sœur Agnès. Un tableau qui la représente accueille le visiteur.

Archives manuscrites

Archives des Annonciades de Westmalle (AAW) – AAW Ms B 54. (Les AAW ont été versées au KADOC).

Bibliothèque Royale de Bruxelles, Ms 22 085 F 38v‑41.

La Bibliothèque des Archives du Musée Goltzius, à Venlo, possède plusieurs ouvrages ainsi que plusieurs revues (entres autres, Maasgouw, Ons Geestelijk erf, Nieuwe Taalgids, Monasticon Bat.) ayant rapport à l’histoire des Annonciades de Venlo.

Les Archives de la Bibliothèque centrale de Venlo ont édité en 1981 l’inventaire des archives du couvent des Annonciades de Venlo.

Les Archives des Annonciades de Thiais possèdent certains de ces documents, en français.

Archives imprimées

« 550e  anniversaire de la chapelle à Genooi, et du couvent de Mariendael 1423-1973 », Dagblad voor Noord‑Limbourn, 1973.

« Huyn van Amstenrade Agnès‑Maria, annonciade de Venlo », Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastique, fascicule 144.145, tome 25, Paris, Letouzey, 1994, col. 491-492.

Collectif,  ’t Kapelke van Genuë, Venlo, mei 1981. [La petite chapelle de Genüe, Venlo, mai 1981.

Croonenborgh P.F. Matthias, Het rijck-deughdigh leven van de zuster Agnes Maria Huyn van Amstenraedt, Brussel,  by Jacob vande Velde, 1673, reprint, Sint-Truiden, instituut voor franciscaane Geschiedenis, 1997. [La vie très vertueuse de soeur Agnès-Maria Huyn van Amstenraedt, Brussel, impr. Jacob vande Velde, 1673, reprint, Saint-Trond, institut d’histoire franciscaine, 1997.]

De Stuers Victor, Het voormalig klooster der Annuciaten Trancedron te Venlo, impr. Roermond, Gedrukt Bij J. J. Romen en Zonen, sd, p.3 à 8. [L’ancien couvent de l’Annonciade du Transcedron, à Venlo, impr. Romen et Fils, Roermond, sd, p. 3 à 8]

Michels  MHH., Geschiedenis der Lorettokapel te Genooi, Typ. Lebesque, Venlo, 1916. [Histoire de la chapelle de Lorette à Genooi….]

Nissen Peter J.-A., « Een onbekend handschrift uit het klooster Trans-Cedron te Venlo », [Un manuscrit provenant du couvent du Transcedron de Venlo], De Maasgouw, jaargang 116, 1997, col. 209-214.

RHF, tome 5, 1928, p. 140, 165.

Wijngaards N., Mechtildis van Lom, 1600-1653. Dichteres en annuntiate van Venlo. Liederen van Mechtildis van Lom en andere annuntiaten, voorafgegaan door de Transcedronkroniek van Barbara de Put, Zwolle, 1957. [N. Wijngaards, Mechtilde van Lom, 1600-1653. Poète et annonciade à Venlo. Chants de Mechtilde van Lom et d’autres annonciades, précédés de la chronique du Transcedron de Barbara de Put, Zwolle, 1957.]

Voir également la notice de l’encyclopédie numérique Wikipedia : notice « Agnès Maria van Amstenrade ».

La communauté de Thiais rénove son monastère

Un grand merci

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