Nous voilà  en route sur ce chemin des vertus comme en un voyage. Nous allons suivre les conseils du Père Gabriel Maria tels que nous les trouvons dans un de  ses sermons parvenus jusqu’à nous. La prudence est notre première escale.

Rappelons l’objectif de l’ensemble du périple :

« Le but d’une vie vertueuse consiste à devenir semblable à Dieu. »  (Saint Grégoire de Nysse) Le Seigneur nous recrée à travers les actes bons que nous posons : ainsi, à chaque fois que  je pose un acte de prudence, Dieu me fait un cœur plus prudent  par cet accord délicat de ma libre coopération à la Grâce.

Dans le texte de notre  Règle de Vie, Gabriel Maria écrit « que la sagesse et la prudence parfaites consistent à savoir comment plaire à Dieu et à se garder de tout péché par lequel Dieu est offensé. » Comment ne pas rapprocher cette affirmation de la Lettre de Saint Paul aux Romains (Rm 12, 1-2) :  Je vous exhorte donc, frère, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, saint,  agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre. Et ne vous modelez pas sur le monde présent, mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait. (Rm 12.1-2)

Il s’agit donc de discerner. Thomas de Celano, dans sa vie de Saint  François note que le discernement est « le seul cocher capable de conduire l’attelage des Vertus » (2C154) Le co-fondateur de l’Annonciade ne dit pas autre chose :

« (…) Dans toutes nos actions et par rapport à tous, nous devons nous diriger par cette vertu de prudence. Elle est la maîtresse et la reine de toutes les vertus. Sans elle aucune vertu n’est parfaite, de même qu’une vertu sans discrétion nous est comptée comme un défaut(…)» (les Sources page 997-998. La version longue des dix Marie)

Le Père Gabriel Maria nous indique cinq manières de mettre en pratique cette vertu. : « Premièrement par rapport à Dieu ; deuxièmement par rapport  à nous-mêmes ; troisièmement par rapport au prochain ; quatrièmement, au temps de prospérité ; cinquièmement, au temps de l’adversité. » Dans le développement du texte,  les deux derniers points sont inversés : le père achève son propos par la prudence en temps de prospérité. Quel itinéraire étonnant, à travers les cinq points : partant de Dieu, il passe par la vérité de notre être sous le regard aimant du Père avant l’accueil de l’autre comme un frère et le jusqu’au bout de cette  voie dans l’épreuve et dans l’aisance. Regardons Jésus, c’est  tout son chemin : il vient du Père, Lui qui connaît le Père et qui nous le révèle.  Il est le Fils –il reçoit tout son être de Fils et il a une juste connaissance de lui-même dans la Lumière de son Père. Il est le Bon Pasteur qui donne sa vie pour tous et restaure les relations fraternelles. A l’heure de sa Passion, il prend résolument la route de Jérusalem et va au-devant de ceux qui viennent l’enchaîner  car rien ne peut l’arrêter dans la fidélité à sa mission filiale.  Enfin dans la lumière de la Résurrection et de l’Ascension,  il demeure le Fils qui ramène tout au Père et retourne au Père sans se laisser retenir par ses disciples. Il marche vers son Père quoi qu’il arrive… Être fils pleinement : voilà le fil d’or de Jésus autour duquel va s’accomplir tout le mystère de sa vie et de son ministère.

Gabriel Maria n’a pas choisi de développer son propos en cinq points uniquement par souci pédagogique !  Il utilise fréquemment ce chiffre en l’honneur des cinq plaies du Christ : drôle d’idée me direz-vous ?  Le Père Gabriel Maria est Franciscain. On appelait alors facilement les Frères de cet Ordre religieux les Frères des Cinq Plaies parce que Saint François d’Assise a reçu les stigmates du Christ : Il était parvenu à une telle intimité avec Jésus Christ qu’il a reçu les marques de la Passion dans sa propre chair. Cette expérience de Saint François a beaucoup marqué la spiritualité franciscaine. Cet exposé en cinq point ramène inlassablement tout disciple à cet essentiel qui est d’être avec Jésus jusqu’au bout de cet amour livré.

Pour aller plus dans le détail de ces cinq points du sermon sur la Prudence, je vous donne rendez-vous le mois prochain.

Bel Avent à tous.

Sœur Marie de l’Annonciation, ovm

Note : dans le sermon des dix Marie, le Père Gabriel Maria suit l’ordre des vertus de la première règle (celle de 1502). Dans la Règle de 1517 qui est encore celle des Annonciades aujourd’hui, la pureté vient en premier suivie de la prudence.

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Un grand merci

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