J’étais sûre de Celui qui m’appelait…

L’une vient de fêter son jubilé de 70 ans de vie religieuse. L’autre est au début de son cheminement et se prépare à prononcer ses vœux perpétuels pour s’engager définitivement dans l’Ordre de la Vierge Marie. Fascinée par cette longe vie avec le Christ, soupçonnant un trésor de sagesse, la jeune religieuse décide d’interroger sa sœur aînée. Voilà leur échange !

Sœur Marie- Aimée de Jésus : Il y a toujours une différence entre la vie dans un monastère et la vie – disons – dans le monde. Comment avez-vous vécu les premiers mois, premières années ? Est-ce que les doutes ont surgi ? Si oui, comment les avez-vous vaincus ?

Sœur Marie du Cœur Immaculé : Les premiers jours, les premières semaines ont été difficiles. Je venais de quitter ma famille et nous étions très unis. Lors de mon entrée nous étions encore 7 enfants sur 9 – de 12 à 24 ans – à vivre chez nos parents. J’arrivais dans une communauté monastique avec silence et solitude une grande partie de la journée. J’avais 20 ans. Pas de doutes sur ma vocation, c’est bien là que Jésus m’appelait ; mais la différence de vie entre la société et la vie monastique était très grande, et la rupture avec ma famille vraiment dure! A peine un mois après mon entrée, j’avais la tentation de partir très vite. Ce qui m’a gardée fidèle à cette première démarche, c’est l’ouverture simple et confiante à un prêtre, au cours de la première retraite communautaire. Avec la grâce de Dieu, j’ai suivi ses conseils et, jour après jour, j’ai poursuivi la route, non sans peine mais avec foi, sûre qu’Il ne me laisserait pas seule.

Quels sont les souvenirs du jour de votre engagement définitif, du jour de votre profession perpétuelle ?

Des souvenirs très mélangés mais qui ont débouchés dans la paix et l’action de grâce : Au cours de la cérémonie, tout le temps de la prostration, durant laquelle toute la communauté chantait les litanies de la Sainte Vierge, propres à l’Ordre, je priais intensément le Seigneur d’exaucer leur prière. Doucement, le combat s’est apaisé et je me suis relevée pour prononcer mon « OUI » définitif, dans la paix. Dieu était là !

Dans votre longue vie de religieuse avez-vous eu des moments où il a fallu à nouveau choisir le fait d’être moniale ?

Non, l’engagement était pris dans la lumière, et confirmé par ceux qui me guidaient ; j’étais sûre de Celui qui m’appelait. Il me conduit, je fais confiance. Dieu agit comme un Père avec son enfant. Il est Dieu de tendresse, plein d’amour et de fidélité. Il ne veut que notre bonheur. Chacun de nous est unique pour Lui.

70 ans de vie tournée vers Dieu font de vous un témoin privilégié de l’œuvre de Dieu. Comment cette œuvre de Dieu se dessine-t-elle devant vous ? Dieu, comment travaille-t-il ? Comment reconnaissez-vous son action ? Notre Dieu, le connaissez-vous mieux maintenant ?

Dieu travaille doucement, fermement parfois, comme un père avec son enfant. C’est dans le silence la patience et une écoute qui se veut toujours plus attentive à ses appels, que nous pouvons percevoir ce qu’Il désire de nous, pour y répondre, sûre que sa grâce nous sera donnée. Alors au long des jours et des années, la vie d’intimité avec Lui s’approfondit. Cela ne se fait pas tout seul, bien évidemment. Avec le temps et non pas sans luttes – les difficultés, les contrariétés inévitables dans toute vie communautaire ici bas, sont plus facilement surmontées. Elles sont vécues alors comme un nouvel appel de Celui que j’aime et…qui nous aime, donc acceptées plus calmement et offertes généreusement pour sa joie. Qui peut dire qu’il connaît Dieu ? Son mystère est si grand ! Cependant au bout de ces 72 ans passés au monastère, au milieu d’une communauté qui se veut fraternelle et aimante, je peux dire que sa grâce nous accompagne toujours. C’est peu et c’est beaucoup. C’est la seule manière je crois de poursuivre la route tout simplement. « Il est mon appui, ma forteresse » comme nous le chantons dans les psaumes.

Et votre relation à la Vierge Marie ? Était-elle toujours la même ou bien a-t-elle connu une évolution ?

Naturellement, elle a connu une évolution. Entre les petits autels que tout enfant nous faisions à la maison et ma vie de moniale à l’Annonciade ! Cependant, je peux dire qu’elle est demeurée la même, mais orientée par la Règle de l’Ordre qui est spécifiquement mariale et évangélique. Marie dans l’Évangile nous est donnée comme modèle. C’est une personne et non des « lois ».

Et notre fondatrice – Sainte Jeanne de France ? A-t-elle tout de suite conquit votre cœur ou il vous a fallu du temps pour l’apprivoiser ?

Sainte Jeanne de France ??… En entrant à l’Annonciade, je ne la connaissais pas. Nos livres d’histoire de France n’en parlaient pas. Je l’ai découverte au monastère, mais il m’a fallu du temps pour la rejoindre. En fait, c’est surtout lorsqu’il m’a été demandé de travailler aux archives que, lentement, j’ai été conquise surtout par sa vie si douloureuse et effacée, mais encore si belle dans sa vie spirituelle et mystique. Alors tout a changé et sa vie comme celle de l’Ordre me passionnent.

Quel est votre rapport au temps ?

Je l’accueille comme un ami, en m’efforçant de le vivre pleinement dans l’instant présent. C’est l’aujourd’hui de Dieu qui m’est offert comme un cadeau. C’est « son heure » celle où Il me fait grâce. Hier ne m’appartient plus, demain, ne m’appartient pas encore, mais aujourd’hui c’est le moment où Jésus m’appelle à vivre, avec Lui, en toute confiance comme un enfant. L’aujourd’hui de Dieu ! Le temps, infime parcelle de notre vie est un don de Dieu. A moi de l’accueillir comme un signe de son amour pour le vivre jour après jour, en sa présence. Ce rapport au temps a bien changé au cours des années. J’étais très active par tempérament. Pour m’arrêter, prendre le temps de faire les choses les unes après les autres c’était difficile. Cela s’apprend doucement et l’âge aidant il faut bien se rendre à l’évidence et se dire que, demain, je continuerai si Dieu me prête vie !

Après tant d’années d’expériences dans la vie communautaire, relationnelle, quelle est votre ligne de conduite quand les difficultés avec les sœurs surgissent ?

A vrai dire, je n’ai pas de ligne de conduite car ces petits événements se présentent toujours différemment. Pourtant, je peux dire, au soir de ma vie, que je commence par quelques secondes de silence : 3 ou 4 pas plus. Puis un regard intérieur rapide qui se veut prière, appel. Après, selon ce qui a eu lieu, une réponse très brève si nécessaire, sans animosité, et je me retire, sans plus. Si la réponse n’est pas nécessaire, je regarde la personne tout simplement, avec un sourire si possible et… je pars.

Je vous remercie beaucoup, ma Sœur, d’avoir accepté de répondre à toutes mes questions. Votre ouverture et sincérité me font chaud au cœur. Je rends grâce à Dieu de nous avoir donné de nous rencontrer!

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