Chers tous,

Je vous souhaite une très belle année 2021. Après le détour de la retraite en ligne proposée pendant le temps de l’Avent, il nous faut poursuivre notre périple sur cet itinéraire des dix Vertus avec, en guise de guide tout terrain, les méditations du Père Gabriel Maria – sermons, rappelons-le, vieux de cinq siècles et pourtant si actuels.

« Nous devons avoir aussi deux mains, l’une de Jésus, l’autre de Marie. Par les mains, nous comprenons les bonnes œuvres. Ainsi, nous comprenons par la main de Jésus: travailler et faire tout ce que nous savons devoir être fait. Car toute la science et la connaissance des religieux et des personnes spirituelles qui veulent suivre Jésus est de faire ce qu’ils savent devoir être fait. La mesure de leur agir est la mesure de leur savoir. L’autre main est de Marie. Cela consiste en ceci : éviter tous gestes inconvenants, tant sur soi-même que sur autrui. »

« C’est beau un homme qui travaille ! » s’exclamait Sœur Marie de la Paix, un soir où nous regardions un magnifique documentaire sur la fabrication des cloches.

Oui, c’est beau des mains qui pétrissent le pain, qui manient la pioche, le ciseau à bois, la bêche et autres outils. Ou encore des mains qui soignent, soulagent, écrivent….

Le Père Gabriel Maria nous parle de deux mains. Arrêtons–nous tout d’abord sur celle de Jésus. Le Franciscain précise : « par les mains, nous entendons les bonnes œuvres ». Pour nous en 2021, à la lecture de ce mot de « bonnes œuvres », nous pensons sans doute à donner quelques piécettes aux pauvres, donner un peu de son temps pour distribuer des repas aux personnes sans-abris etc. Mais pour le Père Gabriel Maria, il s’agit tout simplement de faire le bien : cela peut être de secourir une détresse bien sûr mais beaucoup plus largement, prier pour une personne, faire avec application son devoir d’état, tout effort humble et quotidien de conversion, la simple fidélité profonde à nos engagements est une « bonne œuvre ». Et cela est magnifique ! Par la main de Jésus qui travaille et fait ce que nous savons devoir être fait, nous sommes invités à fuir l’oisiveté mais dans un sens très vaste : travailler de ses mains pour gagner son pain et ne pas rester inoccupé, oui mais bien plus que cela : par ce premier travail, je m’unis à l’œuvre Créatrice de Dieu, c’est déjà immense ! Mais par l’effort quotidien de conversion je participe à la Rédemption, qui est à la fois recréation et libération profonde de l’être : c’est un véritable travail d’enfantement à la Vie divine ! Pensons à ces mots de Saint François dans sa « Lettre à tous les fidèles » : Saint François dit que nous sommes les mères de notre Seigneur Jésus-Christ lorsque « nous le portons dans notre cœur et dans notre corps par l’amour, par la loyauté et la pureté de notre conscience et que nous l’enfantons par nos bonnes actions, qui doivent être pour autrui une lumière et un exemple ». Saint François était lui-même très insistant pour que ses frères ne soient pas oisifs. Mais encore une fois cela va beaucoup plus loin que le simple fait de travailler. Cela va jusqu’à travailler à une unité profonde entre ce que je pense, ce que je dis et ce que je fais : la pureté va avec la simplicité ! Simple dans le sens de « ce qui n’est pas double ». On retrouvera cette idée plus loin dans le sermon. Le travail de la main de Jésus va jusqu’à une cohérence totale entre l’intérieur et l’extérieur des gestes que je pose. Ce sont aussi des actes de travail pleins d’amour et non pas vide de sens. On peut travailler beaucoup mais tomber dans l’activisme qui épuise et tourne finalement à vide, en restant à la surface de l’activité, alors que nos gestes laborieux peuvent prendre énormément d’épaisseur et de profondeur quand celle-ci prend sa source dans notre cœur, dans le cœur de l’humble serviteur qu’est le Christ. Le Père Gabriel Maria nous invite à aller très loin dans nos « bonnes œuvres ».

La main de Marie : Maintenant, nous sommes amenés à considérer le toucher : ce sens est le plus fort ! L’organe sensoriel est beaucoup plus large que la main : c’est tout le corps qui est concerné par le toucher ! Chez l’embryon, il est le premier des cinq sens à s’éveiller et chez le mourant, le dernier à s’éteindre. Quand une personne est très handicapée ou chez la personne âgée devenue totalement dépendante qui n’entend plus, ne voit plus, perd la mémoire, ne comprend plus le sens des mots, le toucher à travers la toilette, être coiffée, tenir la main, laver les dents, devient le seul moyen d’entrer en relation.

Si vous êtes surpris par une coupure de courant la nuit : ne cherchez-vous pas votre chemin à tâtons ? Si vos oreilles sont bouchées, ne percevez-vous pas les ondes du son ? Quand vous perdez le goût, ne pouvez-vous pas apprécier la texture des aliments ? De même pour l’odorat ! Ainsi, le toucher est vraiment le roi des sens. C’est également par le toucher que vous arriverez le plus sûrement à vous ancrer dans l’instant présent. Le docteur Roger Vittoz ne dirait pas le contraire puisque dans la thérapie psychosensorielle qu’il a mis au point le toucher est très investi !

Le toucher expose énormément : notre épiderme est nu contrairement à celui des animaux. Et on peut être touché au-dedans par tant de paroles, de faits douloureux, de situations difficiles, des échecs, des deuils qui nous brisent le cœur, nous blessent au plus profond de nous-mêmes ! Oui, cette porte qui nous met en relation avec le monde est un point très vulnérable de notre être !

Marie s’est laissé toucher par l’Esprit Saint. Et elle a porté Jésus dans ses bras, l’a serré sur son cœur, elle l’a nourri de son lait mais elle ne l’a pas pris ! À l’heure de la mission publique de son divin Fils, elle l’a laissé prendre son chemin, à l’heure de la Croix elle ne le retient pas davantage pour elle ! Elle accepte même cette élargissement de sa maternité à tous les disciples s’ouvrant, dans cet ultime « lâcher- prise », à une immense fécondité selon l’Esprit : pour Marie, « toucher » rime avec « pauvreté » qui ne prend pas, n’accapare pas, n’étouffe pas, ne saisit pas pour soi !

Et Jésus ? Lui aussi se laisse toucher : par la foule, par la femme hémorroïsse, par les soldats qui viennent l’arrêter, le lier, le torturer, le clouer sur la Croix et lui transpercer le côté. Jésus est touché jusqu’aux entrailles de sa miséricorde Divine par la détresse de la veuve de Naïm qui pleure son fils unique, par l’égarement des foules, par la fermeture des cœurs, par les larmes de Marthe et Marie au tombeau de Lazare.

Et Jésus touche : il touche les yeux de l’aveugle pour rendre la vue, les mains de la petite fille pour lui rendre la vie, les oreilles du sourd et la langue du muet et l’oreille tranchée du soldat venu l’arrêter pour le guérir. Jésus touche les pieds de ses apôtres pour les laver, les essuyer. Jésus touche pour donner la vie – pour donner Sa Vie Divine, la Vraie Vie ! Il touche pour libérer de toutes les espèces d’asservissement et de la mort. Le toucher de Jésus nous fait renaître à une vie nouvelle d’enfant de Dieu.

Mais nous, nos mains sont si souvent tentées de prendre pour nous, de réduire l’autre à être un autre nous-même ou un objet. Notre toucher peut si facilement donner la mort ou étouffer l’autre. Le retenir au lieu de l’aider à être lui-même selon le cœur de Dieu et non selon nos courtes vues.

Finalement, ces deux mains se rejoignent : nous sommes appelés à poser les gestes libres et gratuits de l’humble Serviteur qu’est le Christ. Sans nous lasser, sans compter nos fatigues. Des gestes pleins de Dieu et non pas pleins du mauvais côté de nous-mêmes. Nous sommes invités à aimer et à servir de cet Amour qu’est Dieu comme Jésus nous l’apprend. Comme Marie. Dieu, viens à mon aide ! Seigneur, à notre secours !

Je vous souhaite une belle année nouvelle ! Et à bientôt car la suite du texte du Père Gabriel Maria est très complémentaire de ce passage !

Sœur Marie de l’Annonciation OVM

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