Une page de la chronique de l’Annonciade

Connaissez-vous l’histoire de la vocation de sœur Françoise de Mouhet, une des premières filles de Jeanne de France qui sera Ancelle du monastère de Bourges? Installez-vous confortablement et lisez.

« Il faut noter que Madame avait avec elle une jeune fille, qui était de ses demoiselles, âgée de quatorze ans. Madame l’aimait particulièrement. Elle se nommait Françoise de Mouhet et était d’une fort bonne maison. Madame l’avait toujours avec elle. Quand elle allait en quelque lieu, elle la prenait dans sa litière et lui apprenait ses petites dévotions. Mais elle n’en comprenait pas grand chose car elle avait son cœur aux choses de ce monde. La sainte Dame avait un très grand désir qu’elle ait son cœur à Dieu et qu’elle veuille être de son ordre. Elle priait le père Gabriel-Maria de bien vouloir lui parler et de l’exhorter, de connaître sa volonté.  […] Cela ne lui faisait pas plaisir car son cœur était aux choses de ce monde. Madame en était très navrée. Elle disait souvent à son père : « Mon père, que ferons-nous pour gagner Françoise à la Vierge Marie ? » Alors, il lui répondait : « Madame, il faut prier le Saint Esprit pour qu’il veuille l’éclairer, car nous aurions beau lui parler, si Dieu ne lui touche pas le cœur, nous travaillons en vain à son endroit. Je lui ai fait toutes les remarques que j’ai pu et je ne cesse de l’exhorter quand je la rencontre, mais elle ne veut rien entendre. » […] Alors, Madame s’étonnait, ainsi que le révérend père, qu’il y ait tant de difficultés à la convertir, vu qu’elle était une fille si douce et bonne que Madame et tous ses gens ne l’appelaient que la « petite brebis ».

 Après plusieurs prières et oraisons faites à Notre Seigneur et à la glorieuse Vierge Marie par Madame et le bon père, pour sa conversion, le bon père la prit à part une fois, l’exhortant de nouveau à laisser le monde et à se donner au service de Dieu et de sa très digne Mère. Elle lui répondit d’une manière assez fâchée : « Mon père, je vous prie, ne m’en parlez plus, car vous ne me faites pas plaisir de tant m’exhorter, vu que je n’ai nulle envie d’être religieuse. Je servirai Dieu et sa très digne Mère le mieux que je pourrai, aussi bien dans monde qu’en religion. » Or, le bon père voyant qu’elle avait tranché, lui dit : « Ma fille Françoise, j’appelle Dieu et sa bénie Mère à témoin, que Madame et moi avons fait tout ce qui a été possible pour vous amener à Dieu et à son service [..] Voulez- vous que je n’aie plus à vous en parler ?» La pauvre fille, entendant ces mots, se trouva soudainement remuée en elle-même, comme elle l’a dit depuis. Il lui semblait que tout ce qui était en elle, depuis la tête jusqu’aux pieds, était bouleversé, et que, si elle lui avait répondu qu’il n’avait plus à lui en parler, l’enfer lui était ouvert, mais que si elle acquiesçait à ce qu’il lui disait, le Paradis lui était ouvert. Elle sentit en ce même instant tout son cœur et sa volonté changés. C’est pourquoi, elle lui répondit : « Mon père, je ferai tout ce qu’il plaira à Madame et à vous-même. Et, s’il lui plaît de me prendre parmi les filles de son ordre, elle me fera un grand honneur. » Alors, le révérend père, levant les yeux au ciel, lui répondit : «Ma fille, que Notre Seigneur et sa bénie Mère soient loués ! En peu de temps le Saint Esprit a fait de grandes choses en votre âme. Je le prie qu’il lui plaise de parfaire en vous ce qu’il a commencé

Comme il est étrange ce récit pour un lecteur moderne ! La première impression qu’on pourrait avoir c’est que sainte Jeanne et le bienheureux père Gabriel-Maria insistent trop – une vraie bataille pour gagner la pauvre Françoise à la vie religieuse. À  notre époque, qui veut mettre la religion dans le domaine de la vie privée, proposer à quelqu’un la voie de la vie consacrée, cela ne se fait pas !

Regardons les choses de plus près. Cette insistance qui nous gêne n’entrave pas la liberté de la fille, le respect de la personne est toujours gardé. La Duchesse de Berry n’est pas de celles qui veulent remplir le monastère à tout prix. Elle qui a mis à l’épreuve les premières de ces filles pour voir si elles avaient vraiment désir d’être des annonciades, ne saurait contraindre personne. Qu’est-ce qui l’anime alors ? Elle souhaite partager avec Françoise son plus grand trésor – la vie d’intimité avec Jésus et Sa Mère. Cela n’est-il pas possible quand on vit dans le monde ? – pourrait-on répliquer. Bien sûr que si. Ce que le texte ne dit pas clairement mais qu’il nous permet de penser, c’est que Jeanne a dû discerner, dans cette fille qu’elle connaissait bien, des signes de vocation religieuse. Dieu ne donne pas la vocation monastique à Françoise parce que Jeanne le demande. C’est plutôt Jeanne qui pressent la volonté de Dieu envers Françoise et demande humblement qu’elle se fasse. Cette sorte de bataille à laquelle on assiste n’est pas contre Françoise elle-même mais contre son attachement « aux choses de ce monde », contre tout ce qui la sépare de Dieu. Enfin, une chose à souligner, que cet épisode met en lumière : la place toute particulière laissé à l’Esprit Saint.

Bas relief, 19è s., Ste Jeanne et Bx Gabriel-Maria, monastère des Annonciades, Westmalle (B)

Profession privée de sainte Jeanne entre les mains du Bx père Gabriel-Maria

La lecture de ce récit nous invite à prier. D’abord pour tous ceux qui sont appelés à la vie consacrée ou sacerdotale, parce que chaque vocation est un rude combat. Mais aussi nous pouvons prier pour tous ceux qui accompagnent les jeunes, qu’ils sachent reconnaitre quand Dieu appelle quelqu’un, qu’ils n’aient pas peur d’en parler, de proposer, d’encourager.

Une proposition concrète

Prier neuf jours par l’intercession de Sainte Jeanne de France à ces deux intentions : pour les appelés et pour ceux qui les accompagnent.

Prières à sainte Jeanne de France

  • d’après un hymne ancien

Sainte Jeanne, tu as médité les choses d’En-Haut. Riche du Christ, tu as rejeté ce qui  est vain. En aimant pauvres et malades, grands et petits tu as montré à tous l’ardeur de ta charité. Toi qui, pour plaire à Dieu, es devenue messagère de la Vierge en imitant ses vertus, intercède pour nous auprès de Dieu, notre Père, afin qu’il nous accorde la grâce que nous implorons : …..

  • antienne chantée à la fin des vêpres, au monastère de Thiais

Sainte Jeanne de France, forte et fidèle dans la foi, servante au milieu de ton peuple, de toi rayonnent les vertus. Toi, qui as su durant ta vie, plaire à ton époux Jésus Christ, en prenant pour seul modèle, la Vierge Marie, sa Mère : Obtiens-nous par ta prière et selon ton seul désir d’être, comme toi, fidèles à  vivre selon leur plaisir.

Après avoir fait cette neuvaine, vous pouvez poster un petit commentaire en signe d’encouragement.

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