« Un bon religieux qui est humble ne doit en rien préférer sa propre volonté, à la volonté d’autrui. Il doit faire en toute simplicité ce qu’on lui dit, sans désirer ni vouloir autre chose. Un homme humble ne dit jamais : « Il me semble que ce serait mieux comme ceci ou comme cela. » Qui dit « comme ceci ou comme cela » préfère évidemment sa propre volonté et sa propre opinion, à celle d’autrui. » (Bx P. Gabriel-Maria).

La suite des propos du Père Gabriel Maria dans cette partie du sermon qui traite de la vertu d’humilité est limpide. Mais comme la dernière fois, il mérite que nous nous arrêtions pour réfléchir afin de ne pas nous encombrer d’éventuels agacements : Quoi ? Gabriel Maria nous demande-t-il d’être un pantin  qui n’a plus aucune volonté propre . Alors, si cette réaction vous effleure, asseyons-nous sur le bord du chemin :

Tout d’abord, il est bon de se souvenir une nouvelle fois que Gabriel Maria est pétri de spiritualité franciscaine et de la pensée de Saint Bonaventure en particulier. Ce dernier relie les trois facultés de l’âme qui sont la mémoire, l’intelligence et la volonté aux trois personnes de la Sainte Trinité : Dieu le Père, qui engendre,  à la mémoire, L’intelligence au  Verbe engendré c’est-à-dire au  Fils et la volonté est jointe au saint Esprit qui est l’Esprit d’Amour.  Ce premier élément nous place donc devant une perspective toute simple,  mais oh combien longue à accueillir dans la vie concrète :   l’homme  humble qui renonce à avoir le dessus se laisse conduire dans sa volonté par l’Esprit du Christ qui est Amour. Et aussi, nous le voyons clairement, la volonté plonge très loin, dans notre cœur c’est-à-dire dans notre être profond. Alors,  quand  renonçant à tout conduire moi-même selon ma volonté  propre je laisse le volant à Dieu,  j’entre profondément dans l’immensité du bon vouloir divin. Et ce bon vouloir divin est plus vaste que l’Océan. Je vogue  alors vers le grand large, abandonnant toutes mes crispations sur ma volonté à si courte vue.

Considérons la façon dont Jésus a vécu ce point.

« Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et de mener son œuvre à bonne fin »(Jn 4, 34) – « Je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé. »(Jn 6, 38-40) –  « Père…, non pas comme je veux mais comme tu veux (Mt 26, 39) Et encore,  à Bartimée Jésus demande : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? »  Nous le voyons, comme l’écrit saint Paul (Ro 15, 3) « Le Christ n’a pas cherché ce qui lui plaisait ». Jésus s’ajuste sans cesse à  la volonté du Père, et par ailleurs il est à l’écoute du cœur de l’aveugle au bord de la route de Jéricho. Jésus n’était pas sans volonté. Mais il a librement mis sa volonté dans celle du Père et en même temps on le voit  à l’écoute du désir de Bartimée.  Nul n’est plus libre que Jésus parce que sa liberté est celle de l’Esprit Saint. Mettre sa volonté dans celle d’un autre requiert non pas d’être sans volonté mais au contraire d’en avoir beaucoup. Ce qui change dans le fond, c’est la source et l’orientation de ma volonté. « Père….que ta volonté soit faite » nous invite à dire Jésus quand il nous apprend à prier. Il faut le reconnaître : Lui, Jésus vit cela ! Mais nous, quand nous disons ces mots, dans le fond de notre cœur nous pensons plutôt : « Que ma volonté soit faite ! ».S’ouvrir à la volonté de Dieu, vraiment, profondément exige  de se mettre à l’écoute de Dieu, comme Marie « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta Parole » (Lc 1, 38)         

Vous allez peut-être me dire que je m’éloigne du texte et que je suis en plein hors sujet : en effet, le Père Gabriel Maria ne parle pas de mettre sa volonté dans celle de Dieu mais dans celle d’autrui ! C’est vrai. Mais justement : se mettre au diapason de la volonté du Père comme Jésus en ayant part à son Esprit d’Amour passe par l’ouverture à l’autre et conduit à l’autre. En m’accordant à la volonté de mon frère, je discerne celle du Père, je m’accorde à celle du Père. Et en m’ouvrant au désir de Dieu, je tends l’oreille aisément au bon plaisir de mon frère.  Et ce chemin passe par la petite porte étroite de l’humilité. Sans Dieu je ne suis rien et sans mon prochain je ne puis rien : Si, en m’ouvrant  à l’action de l’Esprit Saint je m’accorde au bon vouloir de l’autre, alors nous pouvons ensemble jouer une magnifique symphonie qui sera toujours plus belle que si je souffle toute seule dans ma flute ou dans ma trompette. Un seul instrument ne fait pas un Orchestre.  En fait il s’agit de passer du « je » au « nous » en passant par le « toi » : Notre Père…que Ta volonté soit faite : aide-nous à découvrir ensemble Ta volonté pour que nous puissions l’accomplir.

Sr Marie de l’Annonciation OVM

Jeanne de France comme un roman (suite)

Un  beau  matin, l’attelage s’ébranle dans la cour du Château d’Amboise. A bord, la petite Jeanne qui n’a que cinq ans prend le chemin de Lignières dans la Berry afin d’y recevoir la bonne éducation d’une princesse sous la garde de François de Bourbon-Beaujeu, un des chambellans et cousin du roi,  et de son épouse Anne de Culan.

L’enfant est émue tandis que la voiture à cheval s’éloigne. Bien sûr, elle le sait : son Père en a décidé ainsi et la Providence passe par ce choix  du Roi. Mais bien que très jeune, elle sent déjà les regards gênés qui se posent sur son petit corps déformé. Elle devine dans les chuchotements et par les expressions sur les visages familiers qu’elle n’est pas telle qu’on la désirait. Elle sait intuitivement comme les enfants savent si justement deviner,  qu’elle part au loin comme exilée. Eloignée à dessein des regards. Tandis que le trot des chevaux ballote son être  si frêle, sa gorge se serre. Cependant elle clôt les paupières, respire doucement et pense à la Vierge Marie. Sa mère lui a tant donné le goût de notre Dame,  qu’elle cherche spontanément sa consolation en la douce Mère du Seigneur Jésus Christ. Et puis la petite Jeanne rouvre les yeux et contemple le paysage qui défile au fil du voyage. Ces arbres immenses qui élancent leurs branchages vers le ciel, ses rivières joyeuses qui chantent çà et là  en passant les ponts. La beauté de la Création la porte vers les réalités d’en haut qui chassent toute mélancolie. L’enfant sait qu’elle n’est pas seule. Elle s’abandonne au Roi du Ciel. (Suite le mois prochain)

 

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