Marthe est son prénom de baptême. Originaire du Berry. Elle est née au Blanc, le 13 mai 1926, jour de Notre-Dame de Fatima. Son père est militaire. Famille de six enfants. Marthe est la sixième. Sachant écrire en sténo., on peut se demander si Marthe n’aurait pas reçu une formation de secrétaire ? Ce qui est certain, c’est qu’elle est musicienne.  On compte des prêtres dans sa famille : un frère, un neveu…

La jeune Marthe est accompagnée par un père spirituel qui lui fait connaître le chemin de l’Annonciade.  En 1957, le 27 octobre, elle entre au postulat du monastère de Thiais, en tant que sœur externe. En entrant, elle ne vient pas seule…., elle y entre avec sa 2 CV ! Car la jeune Marthe a son permis de conduire. Sa voiture devient la première voiture du monastère.

Le 16 août 1958, elle prend l’habit de l’Ordre et devient sœur Marie du Saint-Esprit. Elle prononce ses premiers vœux le 17 septembre 1960 et émet ses vœux définitifs le 21 septembre 1963.

Une sœur du monastère de Alajuela se rappelle qu’elle représentait l’Annonciade, en 1965, lors d’un pèlerinage Sainte-Jeanne à Lignières durant lequel elle s’était entretenue  longuement avec le Comte de Paris et toute la famille de Bourbon de Parme, présente.

Possédant donc son permis de conduire, elle devient vite le chauffeur de la communauté. Beaucoup se rappelle sœur Marie du Saint Esprit au volant de sa 2 CV ! Elle accompagne à l’orgue les offices liturgiques. Durant de longues années, elle a passé ses matinées à éplucher les légumes, aidée d’une autre sœur. Elle s’est également occupée des « Marie-Jeanne » – groupe de jeunes rassemblés au monastère autour de la spiritualité de l’ordre. Combien de fois, sœur  Marie de Saint-Esprit a réjoui les récréations du soir de ses sœurs en leur racontant des histoires berrichonnes, avec l’accent du terroir ! Un plaisir !

Dans les années 1980, commence pour sœur Marie du Saint-Esprit un long chemin de croix, dû à la maladie. Elle doit régulièrement faire des séjours en maison spécialisée, en Bretagne. En 2004, c’est un établissement de Toulouse qui l’accueille pour le restant de ses jours – sa maladie ne pouvant plus lui permettre de mener sa vie monastique. C’est dur, même si dans cet établissement elle trouve aide, compétence, compréhension et tous les soins nécessaires. Ses sœurs lui écrivent régulièrement, ne manquent pas de lui envoyer des petits cadeaux à chacune des fêtes jalonnant l’année. Sa famille également ne l’abandonne pas. Et mère Ancelle la visite régulièrement.

Dans ces dernières années, la présence de Marie-Germaine est pour elle une lumière sur sa route éprouvée, un réel réconfort. A son contact, notre sœur redevient vraiment « sœur Marie du Saint-Esprit ». En effet, durant ces longues années d’éloignement, une autre épreuve, en plus de celle de la maladie, l’atteint, celle de ne plus se considérer comme moniale,  vu qu’elle ne porte plus l’habit de son ordre, qu’elle ne vit plus en communauté. Petit à petit, Marie-Germaine lui a fait comprendre qu’elle fait partie encore et toujours de sa communauté, qu’elle est vraiment moniale, même si elle ne porte pas son habit. Alors, petit à petit, un apaisement s’opère. Elle prie beaucoup. La Vierge Marie est au cœur de sa prière.

Le 20 novembre 1985, elle fêtait, avec une autre de ses sœurs,  ses 25 ans de profession. A cette époque, elle était encore au monastère. Un extrait du sermon prononcé ce jour-là par l’aumônier du jette une clarté sur la route de sœur Marie du Saint-Esprit :

« Le Seigneur est mystérieusement proche de ceux, de celles qui le cherchent en silence, qui le cherchent en pauvres. Oui, c’est sur un chemin de silence, un chemin de pauvre que le Seigneur vous a mis[e]. Et ce chemin, il n’a qu’un nom, il n’a qu’un modèle, c’est le chemin de Marie. C’est le chemin caché de la perfection. …Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole. Dire que c’est Marie elle-même qui ose ainsi se présenter… Heureux celui, heureuse celle qui entend la parole de Dieu et qui la garde. Pour entendre, il faut se taire, le chemin de Marie est celui du silence. C’est le seul chemin de la prière, de la prière du cœur, de la prière incessante. Il faut parler à Dieu comme un ami parle à un ami… Est-il une béatitude qui en elle seule contient toutes les autres ? Les Béatitudes, c’est le portrait même de Jésus que lui-même, en son humanité, a eu sous les yeux dans le visage de sa Mère. Bienheureux les pauvres en esprit, le Royaume des deux est à eux. La pauvreté est franciscaine, la pauvreté est monastique, elle est évangélique… elle n’est pas quelque chose dont on se prive… elle est quelqu’un qui habite en nous… »

En 2020, elle devait fêter, à Toulouse, ses 60 ans de profession monastique. Marie-Germaine avait prévenu le personnel de l’établissement qui, pour l’occasion, avait réalisé un bel album photos sur notre sœur.  Mère Ancelle devait se déplacer pour l’occasion. Ses sœurs lui avaient préparé courrier et surprises. Tout était prêt. Mais, quelques jours avant, le covid s’est déclaré dans l’établissement et tout a été annulé. Déjà on sentait que, lentement, elle s’acheminait vers l’avenir de lumière promis par Celui à qui elle s’est donnée, dans l’enthousiasme de sa jeunesse.  Grâce à Marie-Germaine, sœur Marie du Saint Esprit a fait une avancée en eau profonde…

Le jour où ses sœurs fêtaient, en union avec toute la famille franciscaine, la Toussaint séraphique, le 29 novembre 2022, sœur Marie du Saint-Esprit s’en est allée, doucement, ayant fait un malaise pendant son repas de midi. Elle n’était pas seule. Une aide-soignante, Fernanda, était près d’elle à ce moment-là : selon son témoignage, sœur Marie du Saint-Esprit s’est éteinte paisiblement, comme une petite bougie.

Ainsi, une vie de fidélité éprouvée au creuset de l’épreuve a été accueillie dans la Lumière et la Paix de Celui qui est tout Bien.

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