Le reliquaire de Villeneuve-sur-Lot

Les  Annonciades du monastère de Villeneuve-sur-Lot  conservaient  un reliquaire provenant du monastère des Annonciades de Rodez.  Actuellement, ce reliquaire appartient au monastère de Grentheville, vu le transfert des sœurs de Villeneuve dans ce monastère en 2019.

En 1792, les Annonciades du monastère de Rodez sont chassées de leur couvent. Avant de se disperser, les sœurs ont confié à la famille de Cassan-Floyrac un reliquaire. Le 22 décembre [1921-1922] madame de Cassan-Floyrac écrit à l’évêque de Rodez afin de lui faire savoir qu’elle désire donner au diocèse ce reliquaire que sa famille détient depuis 1793. Dans cette lettre, on apprend que madame de Cassan-Floyrac a confié à un parent, Bernard Combes de Patris, les reliques conservées par sa famille depuis 1793. Avançant en âge, elle pense que le reliquaire en question serait plus en sécurité dans un lieu stable comme un évêché, qu’au sein de sa famille : l’existence des jeunes générations sont plu mobiles que celles de ses ascendants, ou de la sienne propre lui dit-elle.  Voila pourquoi, elle se tourne vers l’évêque de son diocèse.  On apprend aussi qu’elle a dû faire refaire le reliquaire car l’ancien tombait en poudre – le reliquaire étant  en bois, ayant la forme d’une petite caisse. Le nouveau a été refait à l’identique – petite caisse en bois – sauf que le couvercle est vitré, ce qui n’était pas le cas de l’ancien,  confié à sa famille en 1793.

Donc, en 1922, l’évêché de Rodez est en possession de l’ancien reliquaire des annonciades de Rodez. En 1923, le parent de Madame de Cassan-Floyrac,  monsieur Bernard Combes de Patris, a présenté devant la Société des Lettres, Sciences et Art de l’Aveyron, ce reliquaire. Sa communication est parue dans « Les procès verbaux des séances de la Société des Lettres, Sciences et Art de l’Aveyron, tome XXIX, années 1922-1923), ainsi que dans le Journal de l’Aveyron du 21 janvier 1923 sous le titre « Note sur un reliquaire provenant de l’ancien couvent de l’Annonciade de Rodez. » Il décrit le reliquaire, les reliques qui y sont conservées. Parmi les reliques authentiquées, des « débris » non identifiés.

À l’époque,  la mère Ancelle du monastère  de Villeneuve-sur-Lot, mère Marie de Saint-Paul († 1968), ainsi qu’un religieux de la Maison Saint-Joseph de Rodez, le frère Ildefonse-Gabriel, un  frère des Écoles chrétiennes, connaissent l’existence de ce reliquaire, donné au diocèse en 1921-1922. Preuve : une correspondance entre ces deux personnes concernant le reliquaire des Annonciades de Rodez était conservée au monastère de Villeneuve-sur-Lot – actuellement conservée au monastère de Grentheville.

En 1934, le frère Ildefonse-Gabriel ignore le lieu exact où est conservé le reliquaire. Ainsi, il écrit le 3 juillet 1934 à l’Ancelle de Villeneuve qu’il a essayé de savoir ce qu’était devenu depuis 1922 le reliquaire en question. Il n’a  pu retrouver sa trace….

Le frère a dû faire des recherche car le 2 novembre 1934, frère Ildefonse-Gabriel peut écrire à mère Marie de Saint-Paul qu’il a une heureuse nouvelle à lui  annoncer : le reliquaire se trouve à la sacristie du grand séminaire. C’est un don de  Monseigneur Charles Dupont de Ligonnès (1845-1925), évêque de Rodez. L’offrit-il au séminaire en 1923,  au moment où il venait de le recevoir de la famille de Cassan-Floyrac, ou plus tard ? On ne le sait pas.

En 1930, l’abbé Coste qui fait partie du personnel du séminaire, trouvant que le reliquaire n’est pas digne de son contenu, remplace la petite caisse en bois  par un joli tabernacle renaissance ancien qu’il  se propose de faire décorer.  En 1934, devenu économe du séminaire, il informe les annonciades de Villeneuve-sur-Lot de son intention de leur donner quelques parcelles de chacune des reliques du reliquaire sauf une, celle du manteau de saint Vincent Ferrier, dont le fragment est trop petit pour être divisé. Le frère Ildefonse-Gabriel conseille alors à la mère ancelle, non pas de demander le reliquaire renaissance mais le reliquaire mis de côté, c’est-à-dire, celui provenant de la famille de Cassan-Floyrac, construit exactement sur le modèle de l’ancien qui, en 1922, tombait en poudre comme il a été dit.  Quant aux reliques, il conseille d’en solliciter mais pas toutes, du moins dans un premier temps. Il lui conseille donc d’écrire sans tarder à l’abbé Coste, de lui dire  qu’elle a appris qu’il était en possession des anciennes reliques de Rodez, qu’elle  serait heureuse d’en recevoir des fragments en souvenir et même, si possible, le vieux reliquaire hors d’usage qui lui  rappellerait la forme du reliquaire primitif.

Le 14 décembre 1934, l’abbé Coste répond au courrier de la mère Marie de Saint-Paul qui l’a donc  contacté sur le conseil du frère Ildefonse-Gabriel. Après avoir pris conseil auprès du supérieur du séminaire, l’abbé Coste répond que toutes  les reliques des Annonciades lui seront remises en totalité. Toutefois, il en gardera quelques parcelles ainsi que le morceau du manteau de saint Vincent Ferrier qui figure parmi les reliques.  Les autres, celles qu’il destine aux annonciades de Villeneuve-sur-Lot, il promet de les enlever du reliquaire en forme de tabernacle renaissance où il les a placées et de les remettre dans l’ancien.  L’abbé Coste se rend lui-même au monastère de Villeneuve-sur-Lot le 6 mai 1934, avec le précieux reliquaire et ses reliques.

Le reliquaire provenant de la Famille de Cassan-Floyrac et donné aux Annonciades de Villeneuve-sur-Lot  en 1934 renferme les reliques suivantes :

  • Le fémur de S. Pie Ier, pape et martyr
  • Le radius de S. Victor de Marseille, martyr
  • Trois débris d’os non déterminés

Ce reliquaire est accompagné de deux authentiques :

Un authentique concerne la relique du pape saint Pie Ier, un autre celle de saint Victor. Ces deux reliques n’ont pas été attribuées à la même date. L’authentique de la relique de saint Pïe Ier avec laquelle se trouvent d’ailleurs d’autres reliques provenant des saints martyrs Probus, Innocentius, Victor, Clement,Theodoret et Faustina est daté du 27 août 1778 ; celui de la relique de saint Victor du 20 juin 1780. Chaque relique avait donc son reliquaire propre : une boîte en bois recouverte d’un carton ondulé entouré d’un lacet rouge, en soie ou en lin. Sur chacun des authentiques est inscrite une note :

Sur l’authentique de la relique de S. Pie Ier est écrit : « nous vicaire général avons ouvert la boite ci dessus désignée et l’avons trouvée conforme a tout ce qui y est dit, en conséquence nous permettons d’exposer les dites reliques à la vénération  des fidèles et permettons aux Dames religieuses de Sainte-Catherine de faire l’office etc. Cette note été écrite le  16 février 1779.

Sur l’authentique de la relique de saint Victor est écrit : « nous avons trouvé la présente boite parfaitement conforme a ce qui est dit ci-dessus et l’ayant ouverte avons permis et permettons d’exposer la dite relique a la vénération des fidèles etc. Cette note a été écrite le 22 septembre 1787. Cette relique appartenait-elle aussi aux « religieuses de Sainte-Catherine » ou aux Annonciades ? La note de le dit pas.

Il y a donc deux reliquaires : un appartient aux religieuses de Sainte-Catherine ; l’autre est peut-être aussi la propriété de cette communauté, mais ce n’est pas certain ? Ces deux reliquaires, datant de la fin du 18è siècle, sont donc des reliquaires presque neufs au moment des événements révolutionnaires de 1792.

Le reliquaire de 1793 contient également « trois débris d’os indéterminés ». Avec les deux authentiques, il y a une note du 18è siècle rédigée ainsi : « Ces trois petites reliques nous sont parvenues de l’église des religieux de Bonaval. Ils en faisaient l’office mais quand on sortit les religieux en inventoriant les effets de leur sacristie on les mêla toutes ensemble, pour prendre le reliquaire, par conséquent on n’a pas su le nom. Tout qu’il y a qu’elles sont très assurées, elles nous ont été donnée en mille sept cents quatre vingt douze. »

« Bonaval » doit certainement se lire « Bonneval ». Les religieux de Bonneval sont des cisterciens. Leur abbaye, l’abbaye de Bonneval, est située à une quarantaine de kilomètres de Rodez. Pendant l’inventaire de leur sacristie, les officiers ont mis de côté un reliquaire, le dépouillant de ses reliques. Les religieux en s’en allant emportent avec eux leurs reliques et les confient aux Annonciades. Les religieuses de Sainte-Catherine font de même. Les Annonciades confient alors le tout à la famille Cassan-Floyrac.

L’actuel reliquaire, celui provenant des Annonciades de Rodez, qui était conservé au monastère de Villeneuve-sur-Lot et qui, aujourd’hui, se trouve  au monastère de Grentheville, est bien celui que madame de Cassan-Floyrac a fait refaire à l’identique dans les années 1920-1922 par une religieuse du monastère de la Visitation de Paris. Ce reliquaire contient, rappelons-le, le fémur de S. Pie Ier, pape et martyr, le radius de S. Victor de Marseille, martyr et les trois débris d’os non déterminés dont un est entouré d’un fil rouge.

Les conclusions que l’on peut tirer

Une impression se dégage : les religieux expulsés semblent être dans la précipitation. Ils doivent quitter leur couvent mais ils ne savent que faire de leurs reliques. Ils se tournent vers les Annonciades et leur confient leurs reliques. Ces dernières les regroupent dans un seul reliquaire en forme d’une caisse en bois, confiant le tout à la famille de Cassan-Floyrac.

La lettre de Madame de Cassan-Floyrac à l’évêque de Rodez dit explicitement que le reliquaire provient des Annonciades de Rodez. Mais les reliques qu’il contient n’appartiennent pas aux sœurs. Elles appartiennent d’une part aux religieuses  de Sainte-Catherine – un monastère de dominicaines proche de celui des Annonciades –  et d’autre part aux cisterciens de Bonneval.

Le reliquaire, cette petite caisse en bois, dans laquelle les annonciades déposent les reliques qui leur sont confiées ne devait pas être vide.

Un reliquaire, en forme d’une caisse en bois, existe bien aux Annonciades de Rodez, cela, depuis 1625, date à laquelle les restes vénérés de leur cofondateur, le père Gabriel-Maria, y  ont été déposés.

Les Annonciades avaient-elles deux reliquaires identiques en forme de caisse en bois ? Celui donné à la Famille de Cassan-Floyrac et celui de Gabriel-Maria ? Étonnant alors qu’elles aient confié à la Famille Cassan-Floyrac la caisse en bois renfermant des reliques qui, la plupart, ne leur appartiennent pas, et laissé de côté celle renfermant les reste de leur bienheureux père ? Ne faut-il par plutôt penser qu’elles ont mis dans la petite caisse en bois contenant les restes de Gabriel-Maria les reliques que les sœurs de Sainte-Catherine et les religieux de Bonneval leur confiaient, vu que les restes de Gabriel-Maria ne devaient pas être importants à cette date ?

De plus, dans le reliquaire donné aux Annonciades de Villeneuve en 1934 et qui maintenant se trouve au monastère de Grentheville, une des trois reliques non identifiées est un reste de maxillaire : est-elle une des reliques provenant des religieux de Bonneval ou bien serait-elle une parcelle des restes vénérés de Gabriel-Maria ? Car, encore une fois, les reliques semblent bien avoir été mélangées. Les trois reliques non identifiées  peuvent donc ne pas avoir la même origine – religieux Bonneval et autre. C’est une hypothèse.

En 1625, lors de la seconde exhumation du corps de Gabriel-Maria, on a retrouvé une partie du crâne. On a même distribué des reliques – l’os du menton entre autres. On apprend aussi que les restes de Gabriel-Maria, lors de la première sépulture (1532-1544), reposaient dans un endroit humide. Or, une datation au carbone 14 a été demandée récemment pour la parcelle de maxillaire. Malheureusement, la datation n’a pu avoir lieu car la parcelle est abîmé par l’humidité et dans ce cas une datation au catonne 14 n’est pas possible d’après l’expert contacté…  D’autre part, il paraît intéressant de dire que ce morceau de maxillaire est entouré d’un fil rouge. Ce n’est pas la marque d’une relique authentiquée puisque les trois « parcelles » du reliquaire sont dites  « non identifiées » ou « non déterminées ». Cette particularité peut faire penser que ces trois débris « non déterminés » n’auraient pas la même origine ? Ou bien est-ce le fait de la sœur visitandine  qui a refait en 1920-1922 le reliquaire à l’identique ? Ou bien est-ce les Annonciades de Rodez elles-mêmes afin de signifier que cette relique  leur appartenait ? Dans ce cas, n’est-on pas devant un reste vénéré de Gabriel-Maria ? Le fait que ce reste soit un morceau de maxillaire et l’humidité constatée par l’expert peuvent  le faire penser….

Donc, ce qui pousse à croire que le reliquaire de la Famille de Cassan-Floyrac, redonné à l’Annonciade en 1934, pourrait être celui où étaient conservés les restes vénérés de Gabriel-Maria c’est d’une part sa forme – une petit caisse en bois – et d’autre part son contenu : les reliques déposées n’appartiennent pas aux annonciades. En 1792, au moment où les reliques ci-dessus mentionnées y ont été déposées, cette petite caisse en bois, encore une fois, ne devait pas être vide…. Comment ne pas penser alors qu’Il devait y avoir tout simplement les restes vénérés de Gabriel-Maria, sous forme de «  parcelles d’os » ? On sait que  des « parcelles »  n’ont pas été redonnées aux Annonciades villeneuvoises en 1934 mais sont restées dans le reliquaire en forme de tabernacle renaissance avec, comme il a été dit, la relique de saint Vincent Ferrier, d’après la correspondance citée plus haut.

Pour terminer, deux remarques

Si le reliquaire de Villeneuve-sur-Lot provenant de la Famille Cassan-FLoyrac s’avère être la petite caisse en bois contenant les restes de Gabriel-Maria, alors, comme possibilité de retrouver quelque chose de Gabriel-Maria, il reste deux  hypothèses :  le morceau de maxillaire entouré  d’un fil rouge serait peut-être un reste vénéré de Gabriel-Maria   ou bien dans le reliquaire en forme de tabernacle renaissance se trouvant soit à la cathédrale de Rodez soit à l’évêché, et contenant la relique de saint Vincent Ferrier, les parcelles d’os non identifiées en seraient peut-être aussi ?

Si  ce reliquaire confié en 1792 à la Famille de Cassan-Floyrac par les Annonciades de Rodez est bien  celui contenant les restes vénérés de Gabriel-Maria avec les reliques confiées par les sœurs de Sainte-Catherine et les religieux de Bonneval, on comprend qu’il puisse tomber en poudre au début du 20è siècle….

Voilà ce que l’on peut dire sur l’histoire de la sépulture du bienheureux père Gabriel-Maria. Il reste maintenant à retrouver ce reliquaire en forme de tabernacle renaissance … C’est dire que l’enquête reste ouverte !

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