Soeur Marie du Cœur Immaculé

« Bienheureux les cœurs purs,

ils verront Dieu » (Mt 5,8)

 

 

C’est dans l’entre deux guerres, en cette belle région d’Amiens, qu’Odile Wargniez voit le jour au sein d’une famille unie, soudée, dont la foi chrétienne est solidement ancrée, une famille courageuse, travailleuse. En 1938, elle a dix ans. Le départ de sa soeur aînée, Janine, pour le monastère de l’Annonciade, à Thiais, en région parisienne, la marque en profondeur. Après sa scolarité, Odile travaille quelque temps dans une entreprise de confection de corsets. C’est aussi une musicienne, ayant appris le piano. Elle aime chanter. C’est une jeune ouverte sur le monde, aimant non seulement la musique, mais la lecture, la littérature, l’histoire etc. Cela la suivra durant toute sa vie.

Survient la seconde guerre mondiale et son lot de restrictions et de bombardements. Ces années de guerre sont certainement pour elle des années de profond questionnement et aussi de mûrissement. Certains membres de sa parenté font partie de la famille franciscaine. Son oncle prêtre est certainement un phare sur sa route. Et puis, sa soeur Janine poursuit son chemin au monastère de l’Annonciade. Tout cela ne peut qu’avoir sur la jeune fille une influence heureuse. Petit à petit, Odile se sent appelée à rejoindre sa grande soeur.

C’est le 8 septembre 1948, en ses 20 ans, qu’elle fait le pas et entre au postulat. L’année suivant, le 25 mars 1949, elle prend l’habit de l’Ordre et reçoit comme nom de religion soeur Marie du Coeur Immaculé. Elle prononce ses premiers vÅ“ux le 31 mars 1950 – année de la canonisation de sainte Jeanne de France. Sa soeur fait partie du groupe d’annonciades ayant la grande joie d’assister à cette cérémonie. Le 29 avril 1954, elle fait sa profession perpétuelle.

En 1959, la communauté la choisit comme assistante de la mère Ancelle, mère Marie de Saint-François d’Assise (1911-2005). Bras droit de son Ancelle, la soutenant dans sa tâche, proche de chacune de ses sœurs, soeur Marie du Cœur Immaculée est une assistante attentive, entièrement donnée, toujours partie prenante des projets communautaires. Son enthousiasme entraîne. Elle est aussi maîtresse de chant de la communauté. Dans les années postconciliaires, la communauté passe de l’office en latin à l’office en langue vernaculaire. À cette occasion, une collaboration s’instaure entre le père Maurice Fréchard (1928-2023), spiritain, soeur Marie du Cœur Immaculé et la communauté.

En 1988, en plus de sa charge d’assistante et de liturgiste, elle devient l’archiviste de la communauté. Pendant les années qu’elle passe aux archives, le fonds s’enrichit grâce aux contacts qu’elle sait nouer avec les services d’archives susceptibles de conserver des documents des anciens monastères de l’ordre. Elle n’hésite pas à ouvrir ses archives aux chercheurs, aux étudiants en histoire et en histoire franciscaine. En ces années, soeur Marie du CÅ“ur Immaculé aide également à l’imprimerie, secondant notamment soeur Marie-Pascale à l’impression de CAP 94. Elle s’est également occupé pendant un temps, avant qu’une soeur, en l’occurence soeur Marie de l’Eucharistie, prenne la charge, du  dépouillement du concours « Clair Foyer ». C’est une Assistante bien occupée, toute donnée à ses sÅ“urs.

En 1996, mère Marie de Saint-François remet sa charge d’Ancelle. Soeur Marie du Cœur Immaculé demande alors à ne plus être assistante, mais garde bien sûr son emploi d’archiviste et autres services.

Au début du 21è siècle, un nouveau chemin s’ouvre devant ses pas : sur une proposition de son ancelle, mère Marie du Christ, elle accepte de quitter Thiais pour le monastère de Brucourt. Là, elle devient assistante de la communauté, secondant mère Marie de la Nativité (1928-2025). En 2002, elle aide son ancelle dans l’organisation d’une journée d’étude à la maison diocésaine de Caen, dans le cadre du cinquième centenaire de la fondation de l’ordre : recherche d’intervenants, logistique de la journée etc. Quand mère Marie de la Nativité demande à être déchargée de sa charge en 2004, la communauté choisit soeur Marie du Cœur Immaculée comme nouvelle ancelle. En 2006, elle est atteinte d’un grave accroc de santé : un cancer avancé qui demandera, après l’opération nécessaire, un traitement lourd. La communauté décide alors de demander sa guérison à celle qu’elle a servie avec tant de dévouement, mère Marie de Saint-François, décédée en 2005. Une neuvaine est priée avec ferveur. Et contre toute attente, soeur Marie du Cœur Immaculé, guérie, n’aura pas besoin de traitement lourd et pourra reprendre sa charge d’ancelle du monastère de Brucourt.

En 2012, la communauté de Brucourt demande son rattachement au monastère de Thiais et décide de se transférer en un lieu plus adapté pour une vie monastique. Grentheville voit alors le jour. Soeur Marie du Cœur Immaculé, quant à elle, rejoint le monastère de Thiais. Tout naturellement, elle reprend sa place au milieu de ses sœurs, tout simplement, suivant d’un œil attentif et enthousiaste le dossier de béatification de Gabriel-Maria sur lequel Thiais travaille depuis 2003. Fragile du cœur, petit à petit ses forces diminuent. Mais elle ne perd pas pour autant sa joie de vivre, son enthousiasme, toujours partante pour tout projet communautaire. Elle aime sa vocation d’annonciade et la fait aimer. Le 21 février 2026, sa joie est immense quand elle apprend que le pape Léon XIV a promulgué le décret de béatification de Gabriel-Maria. Malheureusement, elle ne pourra participer à la messe d’action de grâce en l’honneur de cette béatification prévue pour le 18 octobre suivant. Le 12 septembre 2026, en la fête du Saint Nom de Marie, un arrêt cardiaque met fin brutalement à ses jours.

On peut dire qu’elle a marqué beaucoup de personne par son accueil et la pureté de ses sentiments. Elle était quelqu’un que l’on ne pouvait qu’aimer, un beau témoin de la joie d’être, tout simplement, de la joie aussi d’être consacrée au Seigneur dans l’ordre de la Vierge Marie.

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