La chapelle de Sainte Jeanne de France à Bourges

 

 

Le 3 avril dernier, à l’invitation de la Direction régionale des affaires culturelles du Centre-Val de Loire (Conservation régionale des monuments historiques) qui porte le programme de restauration, et de l’architecte du patrimoine, Martine Ramat, à qui a été confiée la maîtrise d’œuvre, les religieuses du monastère de Saint-Doulchard ont retrouvé (ou découvert), avec émotion, intérêt et curiosité, ce lieu privilégié, qui garde très présente la mémoire de leur fondatrice.

 

La visite conduite par Martine Ramat s’est déroulée en présence de Monseigneur Armand Maillard, archevêque de Bourges, de l’abbé Eric Vinçon, vicaire général, du Père Emmanuel Audat, prêtre référent de la Commission d’Art Sacré et de Mme Claude Mangeot, vice-présidente.

L’architecte, les agents de la DRAC, qui exercent le contrôle scientifique et technique de l’État sur ce chantier, les charpentiers et une restauratrice de peintures ont présenté cette opération envisagée en 2016 et aujourd’hui en voie d’achèvement. Ils ont tenté d’apporter des réponses précises aux nombreuses questions posées au cours de cette agréable matinée de découvertes et d’échanges.

 

L’église, à la distribution originale du fait de son double statut d’église conventuelle et de lieu de sépulture de sa fondatrice, était scindée en deux parties distinctes : la nef et son sanctuaire à l’est, le chœur des religieuses à l’ouest. Remis au vicariat des armées en 1961, l’édifice qui, depuis 1980, abrite le gisant en pierre de sainte Jeanne, sculpté au 18e siècle, a été interdit en 2012, en raison de l’évolution inquiétante des désordres structurels affectant la charpente de sa nef. Cette charpente apparente, lambrissée en berceau brisé et peinte est celle d’origine, posée en 1503. Le sectionnement des pièces principales des fermes maîtresses que sont les entraits (horizontaux), et les poinçons (verticaux), opéré en 1699, pour installer une fausse voûte peinte, et la surcharge apportée au 19e siècle, par des planchers intermédiaires, sont les causes directes des déformations et des ruptures observées sur certains éléments de cette charpente.

 

Un protocole établi entre les deux ministères de la Défense et de la Culture, a accordé à la CRMH d’Orléans la maîtrise d’ouvrage de l’opération qui n’a pu se faire que grâce à une volonté commune. Ce chantier complexe a exigé le savoir-faire d’artisans et d’entreprises très qualifiées. L’objectif était de consolider la charpente d’origine et de lui redonner sa stabilité, notamment en restituant les poinçons et les entraits à décor d’engoulants, très apprécié à la fin du Moyen Âge et au début de la Renaissance. S’inspirant des têtes menaçantes qui subsistent sur le seul entrait conservé, un sculpteur de talent a ressuscité ces animaux fantastiques qui avalent les extrémités des poutres. Les merrains qui formaient la voûte de bois, intégralement disparus, ont été rétablis .

 

Le parti pris de restitution de la charpente originelle a nécessité la dépose de celle de la fausse voûte peinte, installée dessous en 1699. Un unique et précieux fragment de plâtre, aux couleurs délavées, appartenant à cette fausse voûte, a été retrouvé dans le comble de l’église. Mais le sujet de cette grande composition réalisée par un peintre italien, Jean-Baptiste Sabattini. demeure pour l’instant inconnu.

 

Le plancher de travail a permis d’observer de très près la remarquable charpente de 1503. L’étude archéologique et l’analyse de la polychromie, qui ont accompagné la restauration, ont permis de compléter la connaissance de l’église et de guider la remise en peinture de sa charpente. Trois couleurs (un rouge vif, un rouge sombre et un bleu) recouvraient en alternance les faces et sous-faces des pièces moulurées. La restauration a consisté à poursuivre en complément la polychromie subsistante. La présence de certains indices a conduit à badigeonner en rouge sombre le lambris restitué. Les engoulants ont retrouvé leurs teintes vives d’origine.

 

Nous nous sommes dirigés ensuite vers le chœur des religieuses, aussi couvert de sa voûte originelle, en anse de panier et lambrissée, puis nous sommes montés dans son comble. La charpente, demeurée intacte, présente des similitudes avec celle de la nef, mais elle ne comporte ni  lambris ni peinture.

 

Notre visite s’est achevée sous la pluie, par un trop rapide aperçu des logis et des cours qui composent toujours l’enclos.

 

La restauration, dans ses dispositions du début du 16e siècle, de la charpente de l’église du couvent de Sainte-Jeanne offre une vision renouvelée de ce monument d’une très grande valeur historique. Dans la perspective d’une mise en vente prochaine du site, nous formons le vœu que cette belle opération incite à la réouverture au public de cette église du premier couvent de l’Ordre, devenue chapelle de garnison.

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