Notice
1624-1792
juridiction des Frères mineurs
La Fondation du monastère est due à la Dame de Lansac, épouse de Messire Guy de Lusignan de Saint-Gelais. Celle-ci a une forte dévotion envers la Vierge Marie, un fort dévouement envers l’Ordre de Saint François. Par exemple, elle pourvoit aux études et à l’entretien de deux religieux cordeliers du couvent d’Agen. Les annonciades d’Agen, justement, projettent de fonder un couvent en agennais. Le Père Villatte, franciscain, est député vers la Dame de Lansac par le provincial d’Aquitaine afin de l’intéresser au projet. Le 13 avril 1621, au château de Puycalvari est signé le contrat entre la Dame de Lansac, Antoinette Raffin et le franciscain, le père Courtin, délégué par la mère ancelle d’Agen et les religieuses. La Dame de Lansac est donc la fondatrice du couvent, ce qui entraine de la part des sœurs, certaines obligations : célébration exact de l’office divin, entretien du couvent afin que le service prescrit par la fondation ne tombe pas. A cet effet, la fondatrice et ses successeurs auront droit d’entrer dans le couvent pour le visiter, s’ils le jugent à propos. De plus, les messes établies par la fondation devront être célébrées selon la manière prescrite. Enfin, la fondatrice et ses successeurs devront avoir un banc et un prie dieu réservé dans la chapelle afin de pouvoir entendre ces messes.
A Villeneuve-sur-Lot, cette fondation est désirée. Demoiselle Dominique Dubernard, de Villeneuve, désire entrer dans l’ordre de la Vierge Marie, ayant obtenu le consentement du Père Dupuy, provincial franciscain et de la mère ancelle du couvent d’Agen. Elle désire entrer non à Agen mais à Villeneuve. De plus, en avril 1621, elle donne une certaine somme d’argent en vue de l’édification du monastère. En ce même mois d’avril 1621, deux autres demoiselles font une donation en faveur du futur couvent. La phase suivante est donc l’achat d’un terrain. Le 5 juin 1623, les conseillères du monastère d’Agen, autorisées par le provincial Jacques Gaucher, cordelier, commissaire du Père Gilles Grenier, provincial, donnent procuration à monsieur Jehan Branchut pour acheter à noble Grimond de Fauret, une maison, grange et jardin en vue de construire le couvent, près de la paroisse Saint-Etienne.
Le 13 décembre 1623, le provincial, Père Grenier, donne obédience à la mère Ysabeau de Saintout, pour aller fonder le monastère de Villeneuve avec trois autres religieuses : les sœurs Françoise de Lauricesque, Marguerite de Mauriac et Jehanne de Picart. Les derniers préparatifs sont achevés en mars 1624. Le 24 mars 1624 : départ d’Agen pour Villeneuve. Toute la communauté est réunie au chœur pour les prières de l’itinéraire ; c’est-à -dire des voyageurs, puis on conduit à la porte du monastère les quatre voyageuses. La mère ancelle les bénit puis toutes les sœurs les embrassent.
Celles-ci arrivent à Villeneuve où elles vont loger dans une humble maison car la construction du monastère n’est pas terminée. De 1624-1627, sous le supériorat de la Mère de Saintout, peu à peu le petit domaine s’agrandit grâce à des dons, aux dots des religieuses qui entrent. Par des achats successifs, les annonciades agrandissent leur monastère. En 1669, l’évêque Mgr Claude Joly permet l’érection de l’église. Dès 1637, la communauté compte 17 religieuses de chœur.
De 1624 à 1637, on compte 17 entrées au noviciat. De 1637 à 1659, 20. Les jeunes filles appartiennent soit à la noblesse du pays, à la noblesse de robe, d’autres à la bourgeoisie.  La vie religieuse de 1624-1790 ? Le monastère est gouverné d’une marnière sage et prudente quant au temporel. Le développement rapide du monastère laisse pressentir une vie régulière sérieuse. Les archives conservent la copie de Bulles, de Brefs pontificaux confirmant la règle de l’Ordre ou accordant des indulgences ou autres privilèges. Les sœurs avaient à leur usage la règle, celle de l’édition de 1627. Elles se sont servies également d’une édition de 1623, imprimée à Paris, et d’une autre imprimée à Rouen en 1652. Elles sont dues également se servir de celle de 1681 imprimée à Bourges. Les sœurs avaient aussi une traduction complète, imprimée à Paris en 1573 du concile de Trente. Ce livre aurait appartenu à l’une des premières ancelles, Françoise de Loricesque. On lisait aussi la vie des saints. La sœur du Barrousel, en effet, légua à la communauté une « Vie des Pères, des Martyrs et autres principaux saints » en 12 volumes. Cet ouvrage traduit de l’anglais avait été imprimé en 1765, à Villefranche de Rouergue. Mais dans le trousseau d’une religieuse, la sœur de Bourgon, en 1635, figure aussi une « Vie de Saints ». Les sœurs devaient lire aussi des commentaires de la doctrine chrétienne, ainsi que l’imitation de Jésus Christ, la connaissance de Jésus Christ par le Père Saint-Jure dans l’édition de 1644, la pratique de la perfection chrétienne, du Père de Rodriguez, jésuite, le traité de l’amour de Dieu, de Saint-François de Sales, les œuvres de Bossuet. D’autre part, la Mère de la Mothe a écrit une « Règle pour les postulantes, novices et jeunes professes pour passer saintement la journée ». Pour ce qui est de la vie liturgique, la communauté suit les usages propres à l’Église romaine, certes, mais aussi propres à l’Ordre de l’Annonciade. La communauté chante aussi les offices de première et deuxième classe de l’Ordre de Saint-François.
Jusqu’à sa fermeture les annonciades de Villeneuve sont restées sous le gouvernement des franciscains. En ce qui concerne la période révolutionnaire, les archives du monastère conservent un récit recueilli des lèvres même de contemporains digne d’être cité:
« Dispersées les religieuses ont dû quitter leur habit. Le confesseur de la communauté, un franciscain de l’observance, également. Il s’aperçoit alors que cet acte est considéré par les fidèles comme un acte d’apostasie. Alors il décide de réparer. Informées de son projet, trois religieuses veulent l’imiter. Un dimanche donc, à l’heure de la messe, on voit le religieux franciscain, et les trois annonciades se diriger vers l’église Sainte-Catherine, en habit religieux. Là , en son nom et au nom des trois religieuses, il prononce une profession de foi et proteste de son attachement à la sainte Église catholique, apostolique et romaine. Selon le récit, les religieux et les trois annonciades se livrent au tribunal révolutionnaire. Ils sont alors transférés dans les prisons d’Agen et exécutés. »
Les Sources
Les sources manuscrites et imprimées sont nombreuses.
-Les archives du monastère villeneuvois sont conservées au monastère des Annonciades de Grentheville.
-Le monastère des Annonciades de Thiais conserve également un fonds « Villeneuve ».
-Bien sûr, on peut consulter également les archives départementales et diocésaines où un fonds « Villeneuve » existe.
Restauration
1816-2019
Sous l’ordinaire du lieu
La restauration du monastère a lieu en 1814, une ancienne moniale de Villeneuve, Marie Thérèse Rosalie de Saint-Cyr de Cocquart désire relever Villeneuve. De 1814 à 1816, de concert avec une autre annonciade Marguerite de Cours, elle s’occupe de négocier le projet. Elle achète alors une propriété familiale, la maison de Coquart. Autour d’elle et de Madame de Cours viennent se regrouper d’autres annonciades, les sœurs Dastor de Villeneuve, de Laville et de Lalaurie, de Solange, Catherine Jannaut de Marmande et Jeanne Brunet de Bordeaux.
Le 22 avril 1816, la maison, située dans la rue du Bout du Pont, étant prête, la petite communauté s’y installe. Les religieuses sont au nombre de 13 car des postulantes n’ont pas tardé à se présenter. Le 22 juin suivant a lieu la bénédiction de la chapelle par le chanoine de Cours, délégué par l’Évêque d’Agen. On procède aux élections : la sœur Saint-Cyr est élue Ancelle ; assistante et maîtresse des novices la sœur de Cours ; portière la sœur Dastor ; la sœur de Laville, économe. Le 9 juillet suivant, deux postulantes prennent l’habit.
Le 27 octobre 1818, meurt la Mère de Saint-Cyr. Le monastère à cette époque n’est pas encore terminé d’être aménagé. Succède alors la Mère de Cours, puis de Laville. Ces deux dernières sont âgées. De plus, les nouvelles postulantes ne sont pas suffisamment formées. Si bien que l’œuvre, un instant, paraît compromise non dans sa vie mais dans l’observance de la Règle. Cependant, grâce à l’abbé Carrère, à ses enseignements, grâce à de bons prédicateurs choisis avec soin par les ancelles, la vie régulière de la communauté reprend. C’est à cette époque, sous le supériorat de Sophie Patel, et pendant que l’abbé Carrère est aumônier, que l’on pense à une fondation à Bourges. Quelques sœurs de Villeneuve partent donc à Bourges et vont loger au 12 rue Samson. Mais le projet n’est pas viable. Pas de ressources pour vivre. L’essai a duré du 28 août 1855 au 24 juin 1857.
Bientôt la maison de Cocquart devient trop petite car les vocations arrivent. Il faut songer à construire un nouveau monastère. En janvier 1858, l’abbé Salebert est aumônier de la communauté. Il va se charger de l’entreprise. A cette époque, le supérieur de la communauté est le chanoine Bordes, nommé par l’Évêque. Il faut signaler que la restauratrice, la Mère Saint-Cyr, aurait voulu remettre la direction de son monastère sous la juridiction des franciscains. Mais ceux-ci dispersés par la Révolution n’étaient pas encore à l’époque rentrés en France. En 1860, leur situation paraît précaire, à Rome. Si bien que Pie IX, par un décret du 13 janvier 1860, place les annonciades non seulement de Villeneuve, mais aussi tous les monastères qui pourront être fondés sous la juridiction des Ordinaires. Toutefois, les privilèges et indulgences de l’Ordre Séraphique accordés à l’Ordre de l’Annonciade sont maintenus. Les annonciades demeurent donc en communion de biens spirituels avec l’ordre de Saint-François. De plus, les supérieurs de la communauté ont fait appel aux religieux franciscains pour donner à la communauté des exercices spirituels. Citons le Père Léon de Clary, entre autres, puis au XXe siècle, le Père J.F Bonnefoy, aumônier de la communauté, et tant d’autres.
Le 20 octobre 1863, la communauté prend possession du nouveau monastère, rue Crochepierre. Une foule nombreuse se presse aux portes du monastère pour assister à l’entrée des moniales. Sont aussi présentes les autorités civiles, militaires et religieuses de la ville.
En 1905, les sœurs échappent aux expulsions des Lois Combes. C’est donc dans ce même lieu que la vie contemplative se poursuit.
En fidélité à la tradition de l’hospitalité monastique et conformément aux directives données par le Concile de Vatican II, les sœurs vont faciliter l’accueil des personnes désireuses d’approfondir leur foi dans un lieu de silence et de prière. Un foyer est aménagé où jeunes étudiantes ou travailleuses peuvent trouver un épanouissement personnel et social pendant leurs études ou à leur entrée dans la vie active. Une biscuiterie artisanale est montée pour subvenir aux besoins de la communauté. D’autres produits de fabrication monastique sont également vendus sur place. De par la situation du monastère au cœur de la ville, les contacts avec l’extérieur sont fréquents et ceux qui le souhaitent peuvent à tout moment entrer dans la chapelle, ou se joindre à la prière liturgique communautaire.
En octobre 2013, les sœurs célèbrent les 150 ans de la restauration de leur monastère, rue Crochepierre. Mais, les vocations se font rares. Après mûre réflexion menée dans la prière et dans un dialogue communautaire, les sœurs décident de fermer leur monastère. Cette fermeture a lieu en 2019. La plupart rejoignent le monastère de Grentheville, en Normandie, une celui de Thiais.
Après le départ des sœurs, le monastère devient l’école Sainte Jeanne de France. Des travaux et des rénovations sont menées à bien et aboutissent à un magnifique complexe scolaire pour primaire : belle réalisation qui a su préserver l’architecture propre du bâtiment. L’école a ouvert ses portes aux enfants pour la rentrée 2020. Depuis cette date, on attendait l’inauguration officielle des nouveaux locaux, reculée à cause de la pandémie. Elle a eu lieu en octobre 2021. Plusieurs sœurs annonciades étaient présentes, heureuses de retrouver tous leurs amis et de participer à l’évènement.
Ainsi la vie continue dans ces murs qui ont vu passer tant de sœurs. Une source toujours abondante y coule, pleine d’espoir et de promesses. Les enfants savent que des sœurs ont prié là , vécu une vie d’offrande silencieuse et féconde et, à leur tour, ils reçoivent les trésors de la tradition de la foi et de l’éducation.
Les Sources
Les sources manuscrites et imprimées sont nombreuses.
-Les archives du monastère villeneuvois sont conservées au monastère des Annonciades de Grentheville.
-Le monastère des Annonciades de Thiais conserve également un fonds « Villeneuve ».
-Bien sûr, on peut consulter également les archives départementales et diocésaines où un fonds « Villeneuve » existe.


